Le Congrès international de la Diaspora congolaise s’arrête sur le charnier découvert à Maluku

Publié le par Jean-Cornelis Nlandu-Tsasa

Le Congrès international de la Diaspora congolaise s’arrête sur le charnier découvert à Maluku

Le samedi 11 avril 2015, à l'initiative du RIDC, Réseau International de la DIAspora Congolaise, une nouvelle structure qui tente de mettre à profit les compétences et disponibilités des Congolais vivant hors le territoire national.

Prévu pour s'étaler sur 2 jours (samedi 11 et dimanche 12), les organisateurs ont décidé judicieusement de concentrer l'assise sur le seul premier jour.

Il est rare qu'il soit nécessaire de disposer d'une accréditation établie en bonne et due forme pour accéder et opérer en tant que journaliste dans les manifestations congolaises (sauf lorsque des problèmes de sécurité ou de contrôle d'accès sont évoqués par ceux qui redoutent les contradicteurs, rien de cela ici).

C'est à 16h00 seulement, soit 1h30 après l'heure prévue, que l'efficace maître de cérémonie Damien Twambi a ouvert la rencontre, par l'habituel Debout congolais suivi d'une justifiée minute de silence pour une pensée sur l'incroyable scandale du charnier mis au jour à Maluku à Kinshasa.

De quoi allait-on parler ? Pour le RIDC, la diaspora congolaise est traversée aujourd'hui par 4 tendances:

- Ceux qui soutiennent la participation aux élections;

-Les tenants du soulèvement populaire;

- Ceux qui prônent le dialogue comme préalable;

- et enfin la frange qui pense que ceux qui ont soutenu l'installation du pouvoir actuel sont aussi ceux qui peuvent facilement le défaire (la diplomatie comme piste d'action).

En bon équilibriste, et sans prendre partie pour aucun des 4 préférences possibles, les organisateurs ont invité l'assistance à trouver "COMMENT LA DIASPORA PEUT AGIR POUR QUE CHACUN DES 4 TENDANCES SOIT EFFICACE, SANS SE TIRER DESSUS LES UNS LES AUTRES". L'objectif étant d'aboutir à des mécanismes véritablement opérationnels, en vue de FAIRE DE LA DIASPORA UNE FORCE POLITIQUE.

Ont alors défilés à la tribune les orateurs préalablement inscrits:

Dieudonné Kalombo, président de ARDC, a commencé par décrire ce qui nous unit, notre pays la RDC, et ce qui nous divise et nous condamne à l'échec. Pour lui, les multiples concertations et conférences nationales ont démontré combien nous sommes impuissants devant de grands enjeux. Elles se sont déroulés avec les Congolais du pays, mais il n'est pas rassuré par ce qu'il voit aujourd'hui chez les jeunes, de la diaspora soient-ils. Si pour lui une force politique est un groupement qui a la capacité de mobiliser, il se mesure aussi par la capacité de se faire prendre en considération. Tout le monde dit qu'il est difficile de réunir les Congolais, c'est peut-être par ce que nous ne le méritons pas, a-t-il conclu.

J'étais assez surpris de voir Laurent Mutambayi N inscrit parmi les orateurs. Le conseiller du ministre N-VA Théo Franken pense qu'avant de chercher à être une force politique au Congo, il faudrait d'abord commencer par l'être ici où nous vivons. Or le Congolais ne fait pas confiance au Congolais. Le conseiller N-VA affirme ne pas croire à la théorie du complot selon laquelle les problèmes du Congo c'est le Rwanda, la Belgique, les Etats-unis, l'Angleterre, la France, etc.

Le combattant Jacko Darhein Sayala s'est présenté au nom de son organisation VPC, la VOIX DU PEUPLE CONGOLAIS. Pour l'ancien co-initiateur du mouvement PEUPLE MOKONZI, seul le SOULEVEMENT POPULAIRE est la stratégie indiquée pour la situation actuelle de la RDC, où non seulement "KANAMBE" DOIT DEGAGER, mais lui avec ses forces occultes. Les élections ne permettront pas d'apporter le résultat complet que nécessite le nettoyage de l'ensemble de la classe politico-militaire. Pour lui, les événements des 19, 20 et 21 janvier dernier ont démontré que le soulèvement populaire était possible. En tout cas pour lui, les ELECTIONS et le DIALOGUE ne vont pas libérer le Congo.

L'activiste-combattant Diego Bodu, venu de Suède, s'est exprimé au nom du CMDC, CONSEIL MONDIAL DE LA DIASPORA CONGOLAISE. Il a d'abord relevé que le mouvement des combattants s'était mis en place justement à cause de tout ce qui n'allait pas. Mais le Combat a souffert de l'absence d'une idéologie. Il s'est tenu pour cela les CONCLAVEs de février 2014 à Bruxelles, puis de mai 2014 à Paris (qui s'est suivi de discidences des partisans de l'IMPERIUM et de ceux qui n'en voulaient pas), et enfin en décembre 2014 une rencontre qui a mis en place le CMDC, structure qui rassemble des combattants qui ne se placent derrière aucun homme politique ni aucun gourou. En mars 2015, une rencontre s'est tenue au Danemark pour finaliser les documents statutaires. Le CMDC va implanter une représentation de la diaspora au Congo.

Le colonel Moke a rappelé qu'à l'avènement de Kabila père, il y avait eu un fort retour des membres de la diaspora, lequel s'est avéré un échec cuisant. Aujourd’hui, la diaspora est une force politique, mais le fait qu'elle soit dispersée l'empêche d'être une menace, encore moins un danger. Les politiques ont signé en Afrique du Sud des accords pour ramener les militaires "Rwandais", alors que "nous" les avions battus en 1998, affirme-t-il. Seul un soulèvement populaire couplé à une action armée des FARDC libres est de nature à sortir la RDC des problèmes actuels. Il y a, selon monsieur Moke, un double consensus à établir: sur le type de lutte à mener (et pour lui ce serait le soulèvement populaire couplé à des actions armées) et sur le type de régime constitutionnel clair et stable. Il propose que l'on maintienne l'actuelle constitution, tout en demandant à la Cour constitutionnelle de constater l'occupation militaire, l'existence de troupes étrangères, et donc d'invalider les mandats des chambres.

Le prophète Mukungubila s'est invité au Congrès via l'entremise de son porte-parole Christian Bamba. Pour lui, les enjeux aujourd'hui c'est non seulement les élections, mais aussi le départ inconditionnel de "Kanambe". Toutefois, il n'y a pas de victoire sans leader charismatique, patriote, irréprochable et puissant. Et pour lui, seul Mukungubila remplit ces conditions.

Le juriste Louis D'or Kapitene, président de Berco a clairement affirmé que la diaspora ne peut constituer une force politique. Elle peut par contre se constituer en force économique, financière, sociale, etc. Pour que nous soyons vraiment une force, il faut un encadrement de nos représentations consulaires, encadrement qui fait cruellement défaut.

Le dernier intervenant, Alfred Mubiala Nsilim, a surtout relevé un certain nombre de points critiques, qui sont de vrais problèmes en RDC: la maîtrise de la démographie, la difficulté de savoir qui réside où, très mauvaise qualité de l'enseignement (on ne peut espérer avoir de bons élèves si les enseignants sont en majorité médiocres), détournements et difficulté de collecter l'impôt, l'impunité, etc. En termes d'utilisation d'énergie, il a préconisé que la RDC se penche sur des solutions simples, plutôt que de miser sur de grands projets dont elle n'a pas la maîtrise. Exemple: on peut facilement distribuer à la population des lampes solaires rechargeables, ... Et en termes de nouvelles technologies, miser sur la fibre optique est un leurre, vues les dimensions continentales du Congo. A la place il prône l'acquisition et l'exploitation d'un satellite.

Le débat, toujours en plénière, a été tout aussi riche. Messieurs Tunga, Franck Ekoli, Roger Dikuu, Jacques Keli, Tumba wa Ntumba (secrétaire Benelux de RCK), Henri Matona (de ARP d'Emmanuel Ilunga), Essous, Adonis Iyoko, Pat Patoma, et bien d'autres, ont contribué à enrichir la problématique.

Dans la dernière partie, l'assemblée s'est partagée en deux ateliers où devraient s'approfondir les réponses à donner sur la manière dont la diaspora pourrait agir pour rendre efficace les 4 pistes d'actions, fusionnées deux par deux. D'une part le soulèvement populaire et les questions de stratégie, de l'autre les élections et le dialogue.

Je ne me permets pas de faire le compte-rendu d'un des ateliers auquel j'ai participé, considérant les organisateurs de l'événement prioritaires pour la diffusion de leur propres écrits.

Ce colloque (plutôt que de l'appeler Congrès) a bénéficié d'une belle organisation, efficacement animé par Damien Twambi, secondé par un duo mixte (dont une journaliste sorti de l’Ifasic) pour la prise de notes, ainsi qu’une armée de collaborateurs dévoués. Pour une première, le RIDC s'est montré vraiment convaincant.

Texte de Pat Patoma, Journaliste

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Photo de Marco Batanga (Kongo Sukali).

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