Etienne Tshisekedi de plus en plus contesté au sein de l’UDPS

Publié le par Jean-Cornelis Nlandu-Tsasa

Le lider maximo Etienne Tshisekedi
Le lider maximo Etienne Tshisekedi

Bruxelles 19/08 - Vingt-cinq membres et cadres du premier parti congolais d'opposition en termes de parlementaires, l'Union pour la Démocratie et le Progrès social (UDPS), dont la plupart vivent en exil en Europe ou au Canada, ont directement mis en cause le leadership du président et opposant historique Etienne Tshisekedi, dans une virulente déclaration adressée samedi à l'agence Belga.

"L'UDPS traverse en ce moment une grave crise causée par différents actes et comportements répréhensibles et condamnables posés par le président du parti", Etienne Tshisekedi, affirment-ils dans cette "déclaration politique" datée de Bruxelles.

"La crise actuelle a pour nom « Etienne Tshisekedi » et pour prénom "l'attentisme des cadres de l'UDPS qui ont peur et refusent de voir cette réalité en face. Il y a des manquements graves qui constituent les causes multiples et profondes de la crise" que le parti traverse depuis janvier 2013, lors de la publication de nouveaux statuts du statuts de l'UDPS par le président, sans approbation par un congrès.

Les signataires invoquent l'"'indisponibilité du président du parti", les "tripatouillages et la falsification des statuts par Etienne Tshisekedi", l'"ingérence de la famille biologique du président dans les affaires du parti" - visant ainsi directement son fils, Félix - et "le manque de transparence et la mauvaise gestion des finances du parti".

Premier parti de l'opposition au Parlement depuis les élections législatives de novembre 2011, l'UDPS est minée par des dissensions internes et n'est plus que l'ombre d'elle-même en l'absence de son chef historique, Étienne Tshisekedi wa Mulumba, en convalescence depuis un an à Bruxelles.

C'est la première fois que des cadres de l'UDPS mettent aussi clairement en cause la personnalité du président du parti, qu'il a fondé en 1982 en compagnie de onze autres parlementaires, dont Frédéric Kibassa Maliba, Mbwankiem, Lihau et autres, comme parti d'opposition au maréchal Mobutu Sese Seko.

Selon les 25 signataires de la déclaration, dont un ancien conseiller particulier de M. Tshisekedi, Raphaël Kashala, "le président a modifié les objectifs du parti et transformé ce dernier en un groupe de pression ou un syndicat familial, tout en s'arrogeant tous les pouvoirs".

Ils annoncent la tenue d'un "mini-conclave à la mi-septembre" à Bruxelles, qui sera suivi d'un "conclave plus inclusif à Kinshasa", pour "préparer le parti à affronter efficacement les prochaines échéances politiques", alors que la République démocratique du Congo (RDC) doit organiser - en principe entre octobre prochain et novembre 2016 - un cycle électoral complet, fait de sept scrutins à tous les niveaux de pouvoir.
"Ce conclave proposera notamment la mise en place de structures organisationnelles appropriées. Un leadership intérimaire et responsable sera désigné pour conduire la période de transition nous menant vers le Congrès", ajoute le texte.

M. Tshisekedi, 82 ans, est en convalescence en Belgique - au départ pour "quelques semaines" selon son fils, Félix - depuis la mi-août 2014. Celui que ses partisans appellent le "sphynx de Limete" ou le "leader maximo" est un vétéran de la politique congolaise - il avait été ministre de la Justice en 1960, peu après l'indépendance de l'ex-Congo belge avant de devenir opposant au maréchal Mobutu puis à Laurent-Désiré Kabila. Il s'est autoproclamé vainqueur de l'élection présidentielle de novembre 2011 et ses partisans en parlent comme du "président élu" de la RDC. Mais les résultats officiels de ce scrutin controversé et entaché de fraudes avaient donné la victoire au président sortant Joseph Kabila.

Les présidents fédéraux de l'UDPS à l'étranger affirment, eux, soutenir Tshisekedi

Par contre, dans un deuxième communiqué reçu mardi toujours par l’Agence Belga, les "fédérations à l'extérieur" de l’UDPS ont exprimé leur soutien au président de cette formation, Etienne Tshisekedi, dont le leadership a été remis en cause par une série de membres et de cadres.

"Les Fédérations de l'UDPS à l'extérieur dont nous sommes les gestionnaires restent rangées derrière la philosophie de notre président, son excellence Etienne Tshisekedi Wa Mulumba, et le soutiennent dans la voie du dialogue (avec le pouvoir de Kinshasa, ndlr) comme moyen de sortie de notre pays de la crise de légitimité qu'il traverse depuis le hold-up électoral de novembre 2011", affirment ces 21 représentants dans un communiqué adressé à l'agence Belga.

Ils font référence à l'élection présidentielle contestée de 2011, remportée, selon les résultats officiels, par le président Joseph Kabila devant M. Tshisekedi, qui s'estime toutefois "président élu".

"L'UDPS est un parti politique bien structuré. Elle est dirigée à l'étranger par les présidents fédéraux que nous sommes. Seuls les animateurs de nos structures officielles sont habilités à parler au nom de celui-ci et au besoin, à l'engager auprès de tiers", ajoute le texte.

Les représentants de l'UDPS dans une quinzaine de pays hors République démocratique du Congo (RDC) répondent ainsi à la virulente déclaration faite par 25 membres et cadres du parti qui ont directement mis en cause le leadership du président, l'opposant historique Etienne Tshisekedi.

Pour les présidents fédéraux de l'UDPS, "ne figurant sur aucune liste officielle de notre parti, par conséquent, les signataires de la déclaration qui conteste Tshisekedi n'ont ni qualité, ni mandat de parler au nom de l'UDPS, moins encore de s'exprimer comme membre".

Ainsi, les torchons brûlent au sein de ce parti, exacerbés par la volonté de son leader de prendre langue avec la majorité au pouvoir dans un dialogue dont les contours restent flous, alors même que le collectif de l’opposition à laquelle fait partie l’UDPS ne veulent pas en entendre parler, estimant qu’il s’agit là d’une énième subterfuge devant conduire si pas au 3ème mandat de Joseph Kabila, au moins au glissement de son mandat présidentiel qui devra prendre fin en 2016.

L’UDPS fut créée en 1982 par 13 parlementaires élus en 1977 et signataires de la « Lettre ouverte au président Mobutu » qui dénonçait, sur 139 pages, les travers et déviations du MPR. Ces parlementaires sont : Tshisekedi wa Mulumba, Ngalula Pandanjila, Makanda Mpinga Shambuyi, Kapita Shabangi, Kyungu wa Kumwanza, Lumbu Maloba, Kanana Tshongo, Lusamba Ngiele, Kasala Kalamba, Biringanine Mugaruka, Dia Onken Ombel, Ngoyi Mukendi et Mbombo Lona, auxquels se sont jointes des personnalités comme Marcel Lihau, Frédéric Kibassa Maliba, Mbwankiem Niaroliem et autres.

Félix Tshisekedi en haut à gauche - Le sphynx de Limete à droite - En bas, Etienne Tshisekedi, ministre de la Justice, puis de l'Intérieur sous MobutuFélix Tshisekedi en haut à gauche - Le sphynx de Limete à droite - En bas, Etienne Tshisekedi, ministre de la Justice, puis de l'Intérieur sous Mobutu
Félix Tshisekedi en haut à gauche - Le sphynx de Limete à droite - En bas, Etienne Tshisekedi, ministre de la Justice, puis de l'Intérieur sous Mobutu

Félix Tshisekedi en haut à gauche - Le sphynx de Limete à droite - En bas, Etienne Tshisekedi, ministre de la Justice, puis de l'Intérieur sous Mobutu

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