Intéressant carnet de voyage d'un Congolais revenu de la RDC

Publié le par Jean-Cornelis Nlandu-Tsasa

La nouvelle aérogare à Kinshasa
La nouvelle aérogare à Kinshasa

Dans une correspondance particulière, Monsieur Mundi Nyunyi, fraichement revenu de son pays natal, la République démocratique du Congo, relate ce qu'il a vécu. Dans un résumé qui est parvenu samedi à la rédaction du Signal du Continent sous le titre " Quelqu'un nous dit ce qu'il vient de vivre en RDC", le voyageur dit livrer en quelques points (mis en gras par nous) les faits saillants qui ont marqué son esprit. Nous livrons l'intégralité de ce témoignage, que nous compléterons parfois par une Ndr (note de la rédaction).

- L’aérogare de N'Djili est arrangée. Il était temps car il y a belle lurette qu’on a instauré une taxe de 50 $ lors de l’embarquement pour améliorer cet aéroport.
Ndr : La nouvelle aérogare modulaire a été inaugurée le 25 juin dernier, simultanément avec la nouvelle tour de contrôle. D'une superficie de 10 000 m2 et d’une capacité annuelle d’environ 1 million de passagers, elle dispose de 17 points d’enregistrement au départ et de 2 carrousels de livraison bagages. Mais les 50 $ perçus aux départs internationaux et les 10 $ pour les vols intérieurs n'y ont rien pu faire. Les travaux, lancés en juillet 2011, ont été financés par la Banque africaine de développement (BAD) à hauteur de 86%, le gouvernement congolais n'intervenant que pour 14 %. Deux ministres ont d'ailleurs été cités pour malversation dans ce dossier (voir nos articles antérieurs).

- Les artères du Bld Lumumba, 30 Juin et Sendwe ont été réaménagées . A partir de l’aéroport de N'Djili jusque a l’échangeur de Limete, le boulevard Lumumba est éclairé à l'aide de panneaux solaires. Est-ce que le réseau routier de Kin se limite à ces quelques 4 ou 5 artères retouchées ? Du tape-à-l’œil pour les étrangers, on utilise des panneaux solaires a 300 km du plus grand barrage hydroélectrique d'Afrique !!!. Cela sent la maffia à la Kimbuta. En dehors des artères citées, il n’existe plus d’éclairage public a Kinshasa. Ceci est vrai dans la vingtaine des communes.
Ndr : L'ex-avenue du 24 novembre a également été réaménagée sur 4 bandes, du boulevard du 30 juin au Rond-point Bandalungwa, et totalement éclairée, comme d'ailleurs le boulevard Triomphal le long du Stade des Martyrs. Les autres avenues sont des laisser pour compte, même l'artère nouvellement bétonné entre Mariano (av. Elengesa) et le Bld Lumumba, en passant par Mompono (Yolo) et le quartier Mombele.

- Il y a pas mal de buildings en construction. Quand vous vous renseignez sur le propriétaire du bâtiment, vous constatez que c’est généralement des étrangers. Vous finissez par comprendre que le blanchiment d’argent est monnaie courante en RDC.

- Le délestage électrique ainsi que le manque d’eau font partie de la vie kinoise. Conséquence : Toutes les PME sont pratiquement à l’arrêt : Chambres froides, petites minoteries, petites boulangeries, etc.
Ndr : Un ami nous a même rapporté qu'il a dû attendre une semaine pour avoir un document d'Etat civil à la maison communale de Matete, trois jours étant perdus parce que "il n'y a pas de courant" pour imprimer le document avant la signature du bourgmestre.

Au Katanga , c’est pire : il manque +/- 600 GW. Pourquoi ce manque d’énergie ? Il ne faut pas être un expert pour deviner le pourquoi. Le pouvoir doit +/- 80 millions de $ à la Snel et ne veut pas les payer pour asphyxier l'entreprise et du coup asphyxier le réseau macroéconomique du pays.
Ndr : Sans compter les 30 millions manquants et dont un dignitaire du régime a été accusé de détournement, sans être inquiété par la justice. Au contraire, le délinquant a bénéficié d'une belle promotion.

- Au Congo, toutes les entreprises publiques sont en faillite : Snel, Regideso, Onatra (devenu SCPT), Miba, Kilo-Moto, Gécamines, SNCC, etc. Vous trouvez cela normal ? Tous ces gestionnaires sont des incompétents !!!
Quand on observe bien, on comprend une réalité : le pouvoir veut fragiliser tous les Congolais. Il suit le stratagème de Ngbanda durant le régime Mobutu. Même le découpage territorial, non budgétisé, répond à cette philosophie.
Le Premier ministre Matata avait prétendu que le chômage était tombé a 60 %. Il a été contredit par Adolphe Muzito, son prédécesseur, qui soutient que le chômage est toujours supérieur a 90 % car le budget du Congo n’est pas un budget d’investissement. Il ne voit pas alors comment on peut résorber ce chômage.
Matata est allé à Kasumbalesa, au Katanga, changer tous les fonctionnaires qui obéissaient à Moïse Katumbi (Ndr : le gouverneur en disgrâce), mais il les a juste remplacés par l’équipe de Janet et Zoe Kabila. Matata prétend que le taux de croissance du Congo a atteint les 2 chiffres. C’est vrai . Mais c’est dû à l’exportation du cuivre brut et non pas du cuivre métal. Or, cette voie n’offre pas suffisamment d’emplois que celle de la production du cuivre métal.
Notre cuivre métal est donc produit en Zambie, en RSA, en Chine, en Inde… offrant là-bas des emplois qui auraient pu changer le social des Congolais. Notez que les Occidentaux apprécient beaucoup Kabila à cause de cette hausse d'exportation des minéraux : Cuivre, coltan , etc

- J'ai visité l'Unikin (Ndr : Université de Kinshasa) : quel désastre ! Pour quelqu'un qui a évolué à Lovaniun, c'est plus qu'un choc ! Aux homes, les étudiants ont construit chacun sa toilette comme on en voyait dans la commune populaire de Kinshasa. Les restaus sont cloisonnés et transformes en auditoires. Les sous-sols sont devenus des camps des réfugiés avec femmes et enfants... Un vrai bordel ! Pas une goutte d'eau courante même au plateau (résidence des profs) ! Sans parler de délestage...

- Les militaires rwandais sont partout même dans des localités où on ne pouvait pas y penser : Moanda dans le Kongo central, Mbuji-Mayi au Kasai, etc.

- Au Congo, il existe un génocide qui ne dit pas son nom : Génocide général, avec tous ces hôpitaux sans médicaments où médecins et infirmiers sont souvent en grève.... Combien de patients meurent par jour ???? Génocide intellectuel, avec ces universités qui n’ont d’université que le nom. Enfin, génocide économique, avec la fragilisation de la Snel et les mafiosi dans le
secteur minier. J’ai remarqué qu’on engage beaucoup d’étrangers, notamment des Sénégalais, à la Regideso et dans des banques. A suivre.

Sé/Mundi

Une latrine à Kinshasa - A dr, les moineaux, chargés de puiser l'eau à l'UnikinUne latrine à Kinshasa - A dr, les moineaux, chargés de puiser l'eau à l'Unikin

Une latrine à Kinshasa - A dr, les moineaux, chargés de puiser l'eau à l'Unikin

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