Brazzaville : Sassou Ngouesso décide de boycotter sa Constitution pour briguer un 3ème mandat

Publié le par Jean-Cornelis Nlandu-Tsasa

Le président Denis Sassou Ngouesso
Le président Denis Sassou Ngouesso

Kinshasa-Bruxelles, 24/09 - Le président de la République du Congo, Denis Sassou Nguesso, a annoncé officiellement mardi vouloir saborder la Constitution de son pays et organiser un référendum sur un nouveau texte devant lui permettre de briguer un 3ème mandat, apprend-on jeudi

Le chef de l’Etat congolais a déclaré dans un message à la radio et à la télévision nationales :"J'ai décidé de donner la parole directement au peuple afin qu'il se prononce sur le projet de loi énonçant les principes fondamentaux de la république et fixant les nouvelles formes d'organisation et les nouvelles règles de fonctionnement de l'État".

Bien que n’ayant pas précisé la date de ce référendum, le président Sassou a annoncé la mise en place d'une commission chargée d'adopter un projet de Constitution et la convocation du référendum dans un avenir proche, sans autre détail.

L’opposition est monté au créneau, M. Clément Miérassa, dirigeant d'un parti d'opposition, membre du Front républicain pour le respect de l'ordre constitutionnel et l'alternance démocratique (FROCAD), estimant que la démarche du président congolais risquait de plonger le pays dans une crise grave.

Une vraie maladie chez les présidents africains

M. Sassou a dirigé le Congo Brazza sous un régime de parti unique, de 1979 jusqu'aux élections pluralistes de 1992, qu'il avait perdues au profit de Pascal Lissouba. Revenu au pouvoir en 1997 à l'issue d'une guerre civile particulièrement meurtrière ayant contraint à l’exil le président élu Lissouba le 15 octobre 1997, Denis Sassou Ngouesso est élu en août 2002 puis réélu en 2009 et ne peut, en conséquence, se présenter à la prochaine présidentielle prévue mi-2016, aux termes d’une Constitution qui limite à deux le nombre de mandats du président.

En Afrique, le président en exercice a toujours refusé d’être battu aux élections et, pire, d’organiser celles-ci pour passer la main. Ainsi, au Bourkina Faso, Blaise Compaore a dû enjamber 30 cadavres de ses concitoyens et 660 blessés avant d’être chassé du pouvoir le 31 octobre 2014 par un soulèvement populaire.

Au Burundi, le président Pierre Nkuruziza, que beaucoup commençaient à apprécier à l’intérieur comme à l’étranger, va voir son crédit maigrir lorsqu’il refuse d’appliquer la Constitution après ses deux mandats. En effet, élu le 19 août 2005 et en juin 2010, il va s’illustrer par de pires atrocités sur les populations des communes contestataires contre son 3ème mandat illégal. Après un grand nombre de gens portés disparus et plus de 100 personnes tuées identifiées, il parvient à ses fins égoïstes en juillet 2015.

Dans ces pays, la constante est la même : chaque fois, il faut une "drôle d'armée" face aux frondeurs pour défendre la "drôle de démocratie". Comme quoi, nos « garants de la Constitution » africains sont les premiers voyous et les plus grands inciviques à marcher sur le texte qu'ils ont confectionné à grands frais. Après Sassou, à qui le tour ?

Cornelis Nlandu, avec l'ACP

Une "drôle d'armée" face aux manifestants au Bourkina - A dr, une "drôle de police" au BurundiUne "drôle d'armée" face aux manifestants au Bourkina - A dr, une "drôle de police" au Burundi

Une "drôle d'armée" face aux manifestants au Bourkina - A dr, une "drôle de police" au Burundi

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