Le président Kabila exacerbe le flou décrié en déclarant « être prêt à aller aux élections »

Publié le par Jean-Cornelis Nlandu-Tsasa

Le président Kabila
Le président Kabila

Bruxelles, 7/10 - Le président Joseph Kabila a affirmé, dimanche, qu'il était prêt pour les élections et que la révision constitutionnelle était un simple procès d'intention, au cours de la réunion qu’il a tenue dans sa ferme de Kingakati, en banlieue de Kinshasa, considérée par d’aucuns comme un rappel et un décompte des troupes restés fidèles à sa ligne.

En effet, la rencontre intervenait deux semaines après la « fronde du G7 » et six jours après la fracassante déclaration de Moïse Katumbi, quittant le parti présidentiel, le PPRD, au motif que tout ce qui est concocté à Kinshasa concourt au non-respect de la Constitution et des délais constitutionnels et que le président Kabila conduisait son camp politique à un « suicide collectif » en entretenant le flou sur la fin de son mandat en 2016.

Alors que les observateurs croyaient l’heure enfin venue d’être éclairés sur les interrogations de l’heure, la réunion de Kingakati a, au contraire, exacerbé le flou tant décrié par les frondeurs et tous ceux qui sont intéressés à l’actualité congolaise.

Devant un parterre de 315 députés et 47 sénateurs venus répondre à l’invitation, le chef de l’Etat congolais a pris soin d’éviter d’évoquer la question de la défection des sept partis du G7 et celle du bouillant gouverneur de l’ex-Katanga Moïse Katumbi, se contentant de calmer ses fidèles, en affirmant qu’il ne voit aucune force le battre.

« Je suis prêt pour les élections, même demain. Je ne vous ai jamais demandé de réviser la constitution. Pourquoi les gens ont peur de moi ? » Il ajoute : « La majorité doit être prête pour les affronter (les élections) et je ne peux donc pas amener la majorité à un suicide collectif », a-t-il assuré en substance. Il n’en dira pas plus dans son bref message à ses fidèles venus en nombre.

Que faut-il lire entre les lignes lorsqu’il affirme qu’il est « prêt pour les élections » ? Est-il candidat à un 3ème mandat que lui interdit la Constitution et dont les frondeurs ont d’ailleurs réclamé « le respect absolu » ? Ceux, nombreux, qui l’accusent à ce propos n’en sauront jamais plus, le message ayant dit quelque chose et son contraire.

L’opposition réagit au message de Kingakati

L’opposition n’a pas manqué de réagir au message du président Kabila. Pour le secrétaire général de l'Union pour la nation congolaise (UNC), Jean-Bertrand Ewanga, « Joseph Kabila a laissé planer le flou sur son troisième mandat », ajoutant, au lendemain de Kingakati, que « Ces propos ne nous rassurent pas parce que les actes posés par la Majorité présidentielle (MP) sont de nature à compromettre le processus électoral ».

A ce sujet, le secrétaire général de l'UNC a notamment évoqué la publication du livre du professeur Evariste Boshab intitulé "Entre la révision constitutionnelle et l'inanition de la nation" ainsi que l'adoption de la loi électorale « qui a causé beaucoup de morts en janvier dernier ». « Ce sont ces actes qui parlent et que la volonté de M. Kabila et son groupe est de provoquer un glissement vers un troisième mandat », a ajouté Jean-Bertrand Ewanga.

Le secrétaire général de l'UNC s’est également dit surpris que Joseph Kabila dise qu'il est prêt pour les élections. « Lui n'est pas concerné », insiste Ewanga qui reproche aussi à Joseph Kabila le cadre choisi pour passer ce message à intérêt national. « Il doit s'adresser dans une institution, par exemple au Congrès, en disant : Moi, Joseph Kabila, en tant que garant de la nation, je communique officiellement que je ne suis pas candidat et je demande à la Majorité de se choisir un candidat que je vais soutenir ».

Kinshasa évoque un procès Moïse Katumbi

Au sujet de la défection de Moïse Katumbi, qui ne cesse de provoquer des remous à Kinshasa, un revanchard de la Majorité présidentielle, à savoir le ministre Lambert Mende, non habitué aux propos conciliants, a cru bon d’aller jusqu’à proposer, sûrement en représailles, une enquête judiciaire sur la gestion de la province du Katanga.

Mais même, quand croit-il que le procès pourrait avoir lieu, au moment où des dossiers antérieurs ne sont pas encore élucidés, parmi lesquels celui du détournement de 30 millions de dollars de la SNEL où un cacique, Evariste Boshab, avait été nommément cité par les médias locaux, sans oublier les plaintes déposées par le président Kabila pour corruption et détournements à l’encontre de gouverneurs de provinces, de ministres et de responsables de régies financières et dont la presse a également révélé les noms ?

Comme quoi, la gestion de la chose publique ne relève que des personnes ayant une grandeur d’esprit et qui peuvent prendre de la hauteur face aux aléas, et non celles qui sont plutôt sujettes à des réactions épidermiques.

Prochainement notre commentaire intitulé « Majorité présidentielle : Poker menteur et discordance des voix»

Une vue des participants à la messe de Kingakati

Une vue des participants à la messe de Kingakati

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