Convocation du dialogue national : Des zones d'ombre subsistent

Publié le par Jean-Cornelis Nlandu-Tsasa

Le président Joseph Kabila
Le président Joseph Kabila

Bruxelles/Kinshasa, 30/11 - Le président Joseph Kabila Kabange a annoncé la convocation d’un dialogue politique national et pris de mesures individuelles de grâce, dans son discours prononcé samedi, à la Cité de l’Union africaine à Kinshasa, après avoir recueilli des avis et considérations des représentants des partis politiques de tous bords, de la société civile, de l’autorité coutumière et du Congo profond, ainsi que des institutions, au cours des consultations qu’il a menées il y a près de six mois.

Dans ce long discours, le président congolais ne précise ni la date d’ouverture, ni même la durée des assises. Ce qui suppose, lorsque l’on connaît l’appétit des politiciens congolais, que le dialogue va s’étendre en longueur et, à coup sûr, empiéter sur le calendrier électoral, au sujet duquel le président ne dit d’ailleurs presque rien, laissant les observateurs interpréter ce non-dit dans des sens divers.

Par ailleurs, l’occasion pouvait être propice pour lever certaines suspicions. Il n’en a été rien. Ainsi, on ne connaît toujours rien au sujet de ses intentions post novembre 2016, date où il aura consommé son 2ème mandat et où va débuter la période d’incertitude à tous les niveaux, puisqu’il faudra ensuite soit, en gentlemen, respecter la Constitution, soit alors cracher dessus et tomber dans l’illégalité ou le banditisme politique. Surtout que le dialogue est convoqué presqu’en fin mandat, sans un seul garde-fous quant à sa durée et autres.

Annonce d’un comité préparatoire

Le chef de l’Etat congolais a aussi, dans son discours, décidé de la mise en place d’un comité préparatoire appelé à régler tous les aspects liés à l’organisation de ce forum. Ici non plus, sans autre précision quant au lancement de la phase préparatoire, à sa durée et au financement des travaux et surtout du per diem, quand Kinshasa clame haut et fort qu’il n’y a pas d’argent pour les élections.

« Après toutes les consultations menées et après avoir donné le temps aux pessimistes de proposer des voies alternatives crédibles, au-delà des affirmations péremptoires de rejet par principe de ce que le bon sens commande, nous sommes arrivés à la conclusion que seul le dialogue peut, une fois de plus, permettre à notre nation de prévenir une crise pouvant surgir du fait de la non résolution, en toute responsabilité, des problèmes posés », a-t-il dit.

Il a, par ailleurs, souligné la nécessité de recueillir un consensus responsable pour donner la chance à la relance du processus électoral, en lui conférant toutes ses lettres de noblesse, à savoir : la conformité aux standards internationaux notamment, sa crédibilité, son inclusivité et surtout son apaisement.

« C’est aussi à travers cette voie que nous garantirons la stabilité et la paix chèrement acquises, avant, pendant et après ce processus, par-delà nos divergences d’opinion », a-t-il déclaré, estimant que c’est seulement de cette façon que les Congolais assureront enfin leur héritage commun, à savoir la République démocratique du Congo, « toujours exposée, hier comme aujourd’hui, à une menace constante de déstabilisation ».

Une facilitation internationale

Il a en outre défini la tâche de la co-modération de ces assises, qui pourront bénéficier de l’accompagnement d’une facilitation internationale qui aura, a-t-il précisé, à offrir ses bons offices en cas de difficulté majeure.

Aux délégués à ces assises, il a demandé de s’assumer, en échangeant librement, en toute fraternité et franchise, sur toutes les questions vitales qui les préoccupent, conscients du devoir de leurs charges liés au destin de la nation congolaise.

Pour la réussite et le succès de ces assises, Joseph Kabila a exprimé le souhait de voir la nation toute entière accompagner les différents délégués à ce dialogue national par des conseils avisés et surtout par des prières ferventes, en ce moment particulier de l’histoire de la nation, afin qu’il en sorte des résolutions qui rassurent et engagent le pays dans un avenir radieux, à la hauteur des espérances communes des Congolaises et Congolais.

Le calendrier électoral est non opérationnel, selon Kabila

A ceux qui hésitent encore, le chef des l’Etat a lancé un appel ultime afin qu’ils répondent à l’appel pathétique de la patrie. Aussi a-t-il fait état du fichier électoral dont la levée consensuelle de certaines options à ce sujet, selon lui, s’impose. S’agissant du calendrier électoral, il a indiqué qu’il en existe un, certes voulu global, mais rendu non opérationnel à ce jour suite aux multiples voix discordantes au sein de la classe politique.

Quant à la sécurisation du processus électoral, le président congolais s’est posé une série de questions, afin que les élections qui se profilent à l’horizon ne puissent plus être émaillées de beaucoup de violences, à l’instar de celles de 2016 et de 2011.

Un scrutin indirect pour l’élection du président ?

Au sujet du financement du processus électoral, la capacité de mobilisation actuelle des recettes du pays ne permettant pas de couvrir toutes les dépenses relatives à l’organisation de ces scrutins, le président congolais a appelé les uns et les autre à engager, dès à présent, une réflexion sur un système électoral avec des modalités de vote peu couteuses, comme c’est le cas dans d’autres pays. Le président congolais fait ici allusion au scrutin indirect, sans le nommer, c’est-à-dire un président élu par des grands électeurs (qui sont-ils ?) et non par la population.

Parlant du rôle des partenaires extérieurs, il a suggéré que des options soient levées sur ce qui est compatible aussi bien avec l’intérêt national qu’avec le principe d’interdépendance dans un monde globalisé, afin d’éviter que l’apport extérieur attendu n’ouvre grandement la porte à un droit d’ingérence ou d’interférence dans nos affaires intérieures.

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