Dialogue inter-burundais en Ouganda sur fond de banditisme électoral du président Nkurunziza

Publié le par Jean-Cornelis Nlandu-Tsasa

Les militaires dans les rue au Burundi. Le calme ?
Les militaires dans les rue au Burundi. Le calme ?

Bruxelles/Kinshasa, 28/12 - Le dialogue inter-burundais devra s’ouvrir ce lundi à la State House d'Entebbe en Ouganda, la médiation ougandaise de l'Union africaine, qui va recevoir plusieurs dizaines de participants, devant trouver une voie de sortie à la crise qui secoue le Burundi depuis la réélection contestée du président Nkurunziza à un troisième mandat, en faisant fi des textes régissant son pays et explosant une paix déjà fragile.

Selon l’ACP qui reprend une information reçue dimanche, l’Ouganda fait face à un défi de taille, celui d’organiser ce dialogue important pour le Burundi en moins de dix jours. Sur place, on constate que la préparation est quelque peu approximative, compliquée de plus belle par la venue des participants comme ceux provenant de la diaspora.

A deux jours de l'ouverture de la médiation, le gouvernement burundais envenimait encore la situation, en refusant que le Cnared soit représenté à la table des négociations en tant qu'organisation. Et pourtant, cette "plateforme contre le troisième mandat de Pierre Nkurunziza" a déjà confirmé sa venue et sa participation aux discussions.

Le rendez-vous qui débute ce lundi n’est qu'un préambule à une nouvelle étape dans la médiation, la seconde phase du dialogue devant vite se délocaliser à Arusha, en Tanzanie.

Pour le pouvoir, " le pays est calme"

Alors que l'Union Africaine annonçait le déploiement de la Maprobu - la force de l'union africaine au Burundi - le ministère de l'Intérieur organisait une manifestation dans les rues de Bujumbura pour dire «non» à cette intervention. Pire et sans rire, le pouvoir rassurait que "le pays est calme, qu'"il n'y aura pas de génocide au Burundi" et que "les forces de défense burundaises qui participent aux opérations de maintien de la paix sont aussi capables de protéger leur propre population".

Comble du sadisme, alors que tout le monde est capable d'évaluer le degré de violences occasionnées par le passage en force du pouvoir spirituel de Nkurunziza. L'UA a d'ailleurs annoncé une enquête sur les violations des droits de l'homme au Burundi, où on fait également état de restrictions drastiques du droit d'expression mais aussi de trafic d'êtres humains. L’organisation panafricaine, qui s’alarme de la multiplication des assassinats et des exécutions, rappelle par ailleurs à ceux qui ont l'esprit lent à Bujumbura que l’origine de la crise remonte à la tenue d'élections « non inclusives et non consensuelles », remportées sans panache par Pierre Nkurunziza.

Si la population a répondu à ce banditisme électoral par des manifestations, la police et l'armée burundaises ont opposé un terrorisme d’État d'une rare bestialité, qui fait craindre à la communauté internationale une possibilité de génocide. En effet, la tension reste vive, avec chaque jour des enlèvements et assassinats ciblés parmi les civils et les opposants, tel le décès de l’opposante (MSD) et militante anti-corruption Charlotte Umugwaneza, portée disparue avant que son corps ne soit repêché dans une rivière.

Mais aussi ces violences qui ont fait une dizaine de morts parmi les civils et au cours desquelles le cameraman Christophe Nkezabahizi de la télévision nationale ainsi que sa femme, leur fille de 16 ans et un garçon de 14 ans ont été abattus « de sang froid », selon un communiqué de l’ambassade américaine. On ne peut non plus ignorer les perquisitions menées sans mandat à travers le pays, dont celle de la maison d’Alice Hakizimana, une journaliste burundaise s’exprimant sur le net.

Mais malgré cet arsenal de violations des droits humains et restrictions du droit d'expression, le pouvoir en place estime que "la situation est calme", comme si pour Bujumbura, la mort des opposants et d'autres civils ne compte pas dans les statistiques et ne devrait émarger que dans les faits divers. Et pourtant, pour Gandhi, “on peut juger de la grandeur d'une nation par la façon dont les animaux y sont traités”. A fortiori les humains.

A gauche l’opposante Umugwaneza, à droite le cameraman Nkezabahizi, tous deux assassinésA gauche l’opposante Umugwaneza, à droite le cameraman Nkezabahizi, tous deux assassinés

A gauche l’opposante Umugwaneza, à droite le cameraman Nkezabahizi, tous deux assassinés

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