Le dialogue selon l'UDPS : Pas un jour de plus à Joseph Kabila

Publié le par Jean-Cornelis Nlandu-Tsasa

Un meeting de l'UDPS
Un meeting de l'UDPS

Bruxelles, 19/04 - Il est connu de tous que Kinshasa a usé de tous ses cartouches pour que l'UDPS accepte de prendre part au Dialogue. La Majorité présidentielle avait multiplié les tentatives pour attirer ce parti dans son escarcelle, courtisant ses leaders tant à l'intérieur du pays qu'à l'extérieur. Kinshasa n'avait lésiné sur aucun moyen financier, surtout qu'il n'avait qu'à piocher allègrement dans les caisses de l’État, dans ce pays où le contrôle financier est une notion inconnue. De l'entendement de la Majorité, sans l'UDPS, un parti réputé très grincheux, le forum n'avait en effet, aucun sens.

Les tenants de la Majorité présidentielle, mais également le facilitateur Eden Kodjo, ont d'emblée sablé le champagne, sûrs d'avoir réussi leur coup dès qu’Étienne Tshisekedi, en personne, avait donné son quitus. Même si l'autre frange, à savoir le G7 ainsi que le Collectif de l'Opposition, avec l'UNC de Vital Kamerhe et le MLC de Jean-Pierre Bemba notamment, piloté de main de maître par la vaillante Eve Bazaiba, demeurait à l'écart, l'essentiel était acquis, dans l'entendement de la classe politique soutenant le président Joseph Kabila. Mais elle avait oublié de retenir les leçons de l'Histoire, qui renseigne que le parti de Limete, qui se réclame à juste titre de l'Opposition radicale, est capable de tous les scénarios possibles.

Aussi, consciente de sa position de force dans la tenue des assises, l'UDPS a d'emblée ravi à la Majorité le bâton de chef d'orchestre. On en aura la preuve à l'issue de l'audience que le facilitateur a accordée, le lundi 11 avril 2016, à une délégation dépêchée par le patriarche Etienne Tshisekedi et composée de gros calibres du parti, à savoir Bruno Mavungu Puati, secrétaire général, Bruno Tshibala, secrétaire général adjoint et porte-parole, et Félix Tshilombo Tshisekedi, secrétaire national aux Relations extérieures.

Dans son communiqué du 14 avril 2016, l'UDPS livre sa vision : Le dialogue auquel l'UDPS va prendre part doit être celui qui respecte la Constitution et les délais prescrits pour la tenue des élections présidentielle et législatives en novembre 2016 ainsi que celui qui doit organiser la passation pacifique du pouvoir à l’issue des élections crédibles et apaisées de novembre 2016. Et donc pas question d'accorder un jour de plus à Joseph Kabila d'occuper le fauteuil tant convoité.

L'UDPS n'y va d'ailleurs pas par quatre chemins, allant jusqu'à mentionner les dates contenues dans les prescrits de la Constitution congolaise et qui donnent des cauchemars aux tenants du pouvoir. Ce qui laisse présager que les joutes seront très spectaculaires au cours du Dialogue avec ces partisans du glissement.

Ci-après, in extenso, le point fort du communiqué :

" A l’occasion de cette audience, la délégation de l’UDPS a tenu à porter à la connaissance de Monsieur Edem Kodjo que le dialogue politique qu’il est appelé à conduire et auquel l’UDPS pourrait prendre part est un dialogue politique qui répond aux exigences, ci-après :
1. Un dialogue politique, transparent et associant toutes les parties prenantes congolaises ;
2. Un dialogue politique qui respecte la Constitution et les délais qu’elle prescrit pour que les élections présidentielles et législatives aient lieu en novembre 2016,
3. Un dialogue politique qui organise la passation pacifique du pouvoir à l’issue des élections crédibles et apaisées de novembre 2016,
4. Un dialogue politique qui tire son fondement, outre notre Constitution, dans les instruments internationaux, aussi bien l’Accord-cadre d’Addis-Abeba du 24 novembre 2013 que la Résolution 2277 du Conseil de sécurité des Nations Unies du 30 mars 2016.
5. En outre, la délégation a tenu à souligner qu’elle était investie officiellement et constituait le seul canal de transmission de tout engagement liant le parti dans le cadre de préparation, de l’organisation ou de la tenue éventuelle dudit dialogue.
6. Il va de soi que tout autre échange ou contact avant la désignation officielle du Facilitateur, c’est-à-dire, lors de sa mission de consultation, soit avant le 06 avril 2016, ne constitue que des échanges informels dont le parti ne se sent nullement obligé.
7. La délégation de l’UDPS, après avoir fait état du mandat reçu du Président du Parti, mandat qui court jusqu’au 24 avril 2016, a prévenu Monsieur Edem Kodjo qu’à cet
te étape de sa mission.

Le communiqué conclut que l'UDPS, dont les délégués ont par ailleurs demandé à Eden Kodjo d’" apporter formellement la réponse à chacune des préoccupations ", ne remettra sa liste des participants à "un éventuel comité préparatoire du dialogue" que lorsqu'elle aura reçu du facilitateur " un vade mecum clair où il propose le cadre précis de travail qu’il entend mener en toute neutralité et impartialité ".

Comme il est aisé de le comprendre, l'UDPS, avec son radicalisme légendaire, ne laisse aucune marge de manœuvre au facilitateur, encore moins au camp de la Majorité présidentielle, qui s'est pourtant empressée de récolter les signatures lui permettant d'officialiser le glissement par la Cour constitutionnelle. Aussi, chacun devant aller à ce dialogue avec sa propre logique, celle de son propre camp politique, rien ne peut encore être pris pour argent comptant. Les surprises restent à venir.

La Rédaction

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