Meeting de l'Opposition et de la Majorité à Kinshasa : Inégale démonstration des forces

Publié le par Jean-Cornelis Nlandu-Tsasa

Impressionnante démonstration de force de l'opposition le 24 avril
Impressionnante démonstration de force de l'opposition le 24 avril

Meeting par-ci, meeting par-là. Le PPRD à la Place de l’Échangeur à Limete, l’UDPS d’Etienne Tshisekedi à son siège dans la même commune, la Dynamique de l’Opposition à l’espace compris entre le boulevard Triomphal et l’avenue de l’Enseignement dans la Commune de Kasa-Vubu. Ainsi, la Majorité présidentielle comme l’Opposition ont, chacune à sa manière mais avec des résultats différents, tenu à commémorer le 26ème anniversaire du processus de démocratisation, amorcé par le Maréchal Mobutu Sese Seko dans un discours historique, le samedi le 24 avril 1990 à N'Sele.

La Dynamique de l’opposition a tenu son meeting, quoiqu’interdit par le gouvernement provincial, le dimanche 24 avril devant le Stade des Martyrs à Kinshasa, indique Radio Okapi. Les intervenants ont donné deux messages à l’assistance : élection présidentielle en novembre 2016 et alternance au pouvoir. Les différentes interventions des leaders de la Dynamique de l’opposition étaient entrecoupées par des slogans du public appelant à l’alternance politique.

Les élections doivent être organisées en novembre et il doit y avoir alternance au pouvoir, avaient en effet martelé les intervenants. A cette occasion, ces derniers ont également appelé à plus d’indépendance la Cour constitutionnelle, récemment saisie par la Majorité présidentielle en interprétation notamment de l’article 70 de la Constitution qui limite le mandat du chef de l’Etat.

Vital Kamerhe, président de l’Union pour la nation congolaise (UNC), a déclaré : « Nous disons aux juges de la Cour constitutionnelle, ils sont neuf au total, qu’ils fassent attention, qu’ils ne se substituent pas à l’ensemble du peuple congolais pour donner au président de la République et à sa Majorité un référendum déguisé. Nous sommes donc venus pour dire au peuple : soyez vigilants! Mettre la pression sur la Cour constitutionnelle, mettre la pression sur le président de la République et sa Majorité présidentielle pour lui dire qu’il n’y a rien qui soit au-dessus de la Constitution, de la volonté du peuple. »

Et 7/7.cd d'ajouter : « Après que chaque leader ait pris la parole, la foule avait entonné une chanson d’au revoir au président Kabila pour son dernier mandat.

L’espace des libertés individuelles et publiques s’est rétréci considérablement en RDC après 26 années d’ouverture démocratique, débutée en 1990 par le Maréchal Mobutu. Les autorités ont délivré toutes sortes de messages menaçants pour décourager la population à se rendre nombreux au meeting de l’Opposition. Ces restrictions ne vont pas aider à la tenue du Dialogue politique.

La tâche du facilitateur Edem Kodjo se complique davantage, l’Opposition accusant le régime de ne pas jouer franc jeu. Le G7, en guise de solidarité, avait délégué un de ses cadres. Car ses ténors étaient tous à Lubumbashi » où Moïse Katumbi, le candidat de cette plate-forme à la présidentielle, avait programmé un rassemblement populaire de ses partisans.

Mais contrairement à la mobilisation de janvier 2015 contre la loi électorale, cette manifestation s’est déroulée sans heurt et sans provocation extérieure. A Goma et Bukavu, dans l’est du Congo, des manifestations similaires se sont également déroulées sans incident.

Mais à Lubumbashi, le rassemblement du G7 a dégénéré

C'est à Lubumbashi que le pouvoir avait le plus peur de voir se concrétiser la démonstration de force de Moïse Katumbi. Le meeting de la commune de Kenya, prévu le même dimanche 24 avril à 14h, a rapidement été dispersé par la police au moyen de gaz lacrymogène. C’est au moment où Moïse Katumbi tentait de rejoindre le cortège à pied pour se rendre sur le lieu du meeting, que le police a commencé à tirer des bombes lacrymogènes sur les manifestants. Certains témoins parlent de tirs de balles en caoutchouc. Ce qu'a démenti dans la soirée par le chef de la police du Haut-Katanga. Le patron du TP Mazembe a dû rebrousser chemin, alors que son chauffeur et ses gardes du corps étaient interpelés par les forces de sécurité.

Après cette manifestation avortée, qui a tout de même rassemblé quelques milliers de personnes dans les rues de la capitale katangaise, la pression de Kinshasa semble s’être resserrée sur Moïse Katumbi, pour en faire l’unique cible de sa répression politique, depuis qu'il est de notoriété publique qu'il est le candidat - unique ? -.de l'opposition face à X, puisque M. Atundu, porte-parole de la Majorité, ne cesse de marteler à qui veut l'entendre que sa plate-forme respectera in extenso la Constitution.

Plusieurs arrestations ont été opérées par les services de sécurité. Mais Moïse Katumbi a promis de récidiver, avant de rppeler son attachement au respect de la Constitution. Katumbi, en affirmant qu’on à tiré sur lui et sur la population à balles réelles, met en difficulté Kabila devant les Lushois et devant la communauté internationale. Entre les deux hommes, la lutte pour la conquête du pouvoir pour l’un et la conservation pour l’autre, s’annonce impitoyable.

La Majorité à l'Echangeur

La Majorité présidentielle, sous la bannière du PPRD, a tenu son meeting du 24 avril à l’Echangeur de Limete. Henri Mova, le secrétaire général du PPRD, a exhorté les jeunes à défendre leur démocratie. « Tout Congolais a le devoir de faire échec à tout individu ou groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force ou qui l’exerce en violation des dispositions de la présente Constitution, stipule l’article 64 », a-t-il expliqué faisant allusion à l'opposition qui, elle aussi, s'appuie sur la même disposition.

Devant un public monstre pour les partisans de ce camp, plutôt clairsemé selon l'opposition, mais en présence de plusieurs ténors du PPRD dont Néhémie Mwilanya, Directeur de cabinet du chef de l’État et des membres du gouvernement, Henri Mova Sakanyi s'est surpassé pour haranguer son assistance.

La veille pour l'UDPS avec un message personnel de Tshisekedi

Le meeting de l'UDPS, organisé la veille, a été centré sur le message délivré aux militants par le président national de l’UDPS, Etienne Tshisekedi wa Mulumba, en soins depuis 2014 en Belgique, et lu par le Secrétaire général de ce parti, Bruno Mavungu. Pour Tshisekedi, « seul le dialogue politique répondant aux attentes de notre peuple, nous permettra de dégager un indispensable consensus pour résoudre la crise et tenir les élections transparentes, crédibles et apaisées dans le respect de notre charte fondamentale ».

Etienne Tshisekedi, qui a annoncé son retour à Kinshasa « dans quelques jours », ajoute qu'il faut qu’ensemble « nous puissions mettre tout en œuvre en vue de consolider les acquis démocratiques de notre longue lutte et faire obstacle à toute tentative de conservation de pouvoir au profit d’un groupe décidé à pérenniser le règne de défi ». Allusion faite à la Majorité présidentielle.

Pour le Secrétaire général Mavungu, le président national de l’UDPS n’a pas tourné le dos au dialogue mais invité le peuple congolais à s’approprier ce forum afin de prévenir tout glissement, toute violation de la Constitution et toute trahison de la lutte pour l’alternance au sommet de l’État à l’horizon 2016.

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Foule à Lubumbashi pour le meeting de Moïse Katumbi

Foule à Lubumbashi pour le meeting de Moïse Katumbi

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Cornelis Nlandu 26/04/2016 17:10

Pour vous servir. Cornelis Nlandu

Paul 26/04/2016 16:46

Merci pour ces informations!