Dialogue : Des politiciens demandent le départ d'Edem Kodjo et le retour de Monsengwo

Publié le par Jean-Cornelis Nlandu-Tsasa

Le facilitateur du dialogue congolais, Edem Kodjo, en difficulté
Le facilitateur du dialogue congolais, Edem Kodjo, en difficulté

Bruxelles, 23/05 - Contesté de toutes parts et critiqué par d'autres, le facilitateur du Dialogue congolais, Edem Kodjo, n'a vraiment plus bonne presse à Kinshasa. Normal lorsque l'on connaît les appétits mais aussi la versatilité des politiciens congolais depuis des lustres, capables de donner leur parole d'honneur le matin, et se rétracter le soir.

Pour Justin Bitakwira, porte-parole de l’Opposition citoyenne, la plate-forme de Kengo wa Dondo, ignorée par le facilitateur du dialogue, Edem Kodjo a prouvé son incapacité. Il doit maintenant " faire ses valises et retourner à Lomé", capitale de son pays, le Togo, a-t-il martelé au cours d’un point de presse animé le samedi 21 mai au siège de son parti, qui sera lancé incessamment.

Il a proposé comme facilitateur le cardinal Monsengwo qui, en son temps, avait fait ses preuves dans la conduite de la Conférence nationale souveraine. Le prélat catholique maîtrise mieux les réalités politiques congolaises que l’ancien Premier ministre togolais, qui fait du sur-place depuis sa désignation comme facilitateur par l’Union africaine, a clamé le porte-parole de l’Opposition citoyenne.

« J’étais élu deux fois dans ma circonscription électorale d’Uvira, dans la province du Sud-Kivu. Kodjo ne peut pas m’ignorer et dire que je ne représente rien », a-t-il tonné. Il a rappelé que lui et ses compagnons du G5 ont défendu, contre vents et marées, le dialogue comme l’unique alternative pour sortir de la crise qui secoue la République, en dépit des critiques acerbes de leurs collègues de l’opposition ». Pour lui : " si la majorité que dirige le président de la République se rend au dialogue confectionné par Edem Kodjo, ce serait une trahison".

Une kyrielle de coaches étrangers depuis 1990

Le Dialogue politique national inclusif, censé déboucher sur un consensus autour de l'organisation des élections de 2016, avait été convoqué le samedi 28 novembre 2015 par le président Joseph Kabila, après des consultations entamées le 1er juin 2015 avec les hommes politiques de tous bords et les membres de la Société civile dont les confessions religieuses. Un comité préparatoire était annoncé pour la semaine suivante en vue de "régler tous les aspects liés à son organisation", aux termes de l'ordonnance présidentielle. Rien de cela près d'une année plus tard.

Le 14 janvier 2016, la présidente de la commission de l'Union africaine, Dr Nkosazana Dlamini Zuma, nommait l’ancien Premier ministre togolais Edem Kodjo en qualité de facilitateur du dialogue national en RDC. Celui-ci avait annoncé avoir arraché l'accord du parti de l'opposant historique Étienne Tshisekedi, convaincu que "le dialogue serait sans objet sans la participation de l’UDPS et de son président".

Mais l'UDPS, qui exige le respect de la Constitution ainsi que des dispositions de la résolution 2277 du Conseil de Sécurité de l’ONU et de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba, n'a toujours pas transmis la liste des participants de l'opposition. L'arrêt de la Cour constitutionnelle autorisant Joseph Kabila à glisser au-delà du 19 décembre 2016, date de la passation de pouvoir avec le nouveau président élu, ne vient que compliquer l'équation de plus belle.

Face à "l’incapacité maladive des acteurs politiques à résoudre leur différend par eux-mêmes", selon le constat du premier facilitateur, l'ancien président sénégalais Abdoulaye Wade, l'actualité politique de la RDC a été rythmée sans discontinuer depuis 1990 par un "coaching extérieur", où se sont relayés Wade, le diplomate algérien Lakhtar Brahimi, l'ex-président botswanais Ketumile Masire, l'ancien Premier ministre sénégalais Moustapha Niasse, le diplomate algérien envoyé spécial des Nations Unies Saïd Djinnit et même les présidents Nelson Mandela, Dos Santos et Sassou Ngouesso, avant Edem Kodjo, avec des fortunes divers. Wade, version 2016, pourrait ainsi être amené à la même conclusion sur la classe politique congolaise. Un constat tendant à prouver que l’on vieillit sans nécessairement grandir.

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