Kinshasa déclare une guerre tous azimuts et dans toutes les directions

Publié le par Jean-Cornelis Nlandu-Tsasa

La Cour constitutionnelle et les politiciens qui ont mis de l'huile sur le feu
La Cour constitutionnelle et les politiciens qui ont mis de l'huile sur le feu

Le parti présidentiel accuse "les impérialistes" de vouloir déstabiliser le pays

Bruxelles, 18/05 - Le parti du président congolais Joseph Kabila a accusé mardi "les impérialistes" occidentaux de chercher à déstabiliser la République démocratique du Congo (RDC), à l'occasion de l'anniversaire de la prise de pouvoir par Laurent Désiré Kabila, annonce une dépêche de l'agence Belga.

"Qui sont-ils pour imposer un système de légitimité en RDC? Il n'appartient pas aux Belges, aux Français, et aux autres d'interpréter les lois congolaises dans le but de détruire ce pays (...)", a lancé Henri Mova Sakanyi, secrétaire général du PPRD, lors de cette réunion politique à Kinshasa. "Nous disons non à la balkanisation de la RDC, non à l'intrusion étrangère, non aux impérialistes", a poursuivi M. Mova dans un langage strictement marxiste-léniniste emprunté au temps révolu de la guerre froide et diamétralement opposé au modernisme.

C'est comme si les Congolais, lorsqu'ils sont au pouvoir, cessent définitivement de raisonner. Pour Mova, il ne faut pas "un système de légitimité" en RDC. Même une dictature est donc bonne de l'avis de notre ancien ambassadeur en Belgique, surtout depuis qu'il est secrétaire général du PPRD et que son cerveau s'est du coup obscurci.

Même si les lois sont interprétées de manière cavalière, cela ne doit poser aucun problème pour Mova qui dit "non à l'intrusion étrangère", sauf rwandaise, puisqu'il n'avait pas levé le plus petit doigt lorsqu'un politicien avait permis à l'armée rwandaise, dont l'humanité entière connaît pourtant la bestialité, à s'introduire en RDC sans l'avis ni du Parlement, encore moins de l'état-major de l'armée congolaise.

Qui veut donc "détruire la RDC" pour paraphraser Henri Mova ? Ceux qui sont amnésiques ou ceux qui essaient de raisonner ? Lorsqu'un pays est conduit par des aveugles, personne ne voit le gouffre tout proche. Pourtant, nous avons connu Henri Mova assez posé dans ses déclarations lorsqu'il était à Bruxelles. Le fait d'entrer dans l'appareil du parti rend-il amnésique et ôte-t-il la faculté de raisonner ?

Bras de fer entre Thambwe Mwamba et les Américains

Tout avait commencé avec le ministre de la Justice Alexis Thambwe Mwamba qui avait réussi à irriter les Américains, en débitant des mensonges sur le dos de l'ambassade des États-Unis à Kinshasa après l'arrestation à Lubumbashi d'un prétendu "mercenaire", M Lewis Daryl, au service de l'opposant Moïse Katumbi, devenu trop encombrant pour Kinshasa.

L'audition de M Lewis Daryl a eu lieu en présence du Chargé d’affaire et du Consul de l’ambassade américaine, alors que ses complices congolais étaient assistés de leurs avocats, avait affirmé le ministre Thambwe Mwamba, le torse bombé, lors d'un point de presse mais sans allusion aux autres membres du gang américain et sans la moindre ligne sur les activités de mercenaire reprochées au prévenu.

Le consulat américain avait d'emblée opposé un démenti cinglant : « L’ambassade des États-Unis est profondément préoccupée par les accusations d’activités de mercenariat qui auraient été faites pendant la conférence de presse du ministre de la Justice Alexis Thambwe Mwamba, le 4 mai, et que nous croyons sont fausses.

Nous sommes au courant de la détention le 24 avril d’un citoyen américain qui travaillait au Katanga comme conseiller en sécurité. M. Darryl Lewis n’était pas armé et les allégations selon lesquelles il était impliqué dans des activités mercenaires sont fausses. Nous comprenons qu’il travaille dans une société privée américaine qui fournit des services de consultation à des clients à travers le monde entier ».

Thambwe Mwamba, lui-même ancien rebelle (RCD puis MLC) et ancien mobutiste, avait cru bon de réaliser un remake des nombreux « coups montés et manqués » concoctés sous le régime du Maréchal Mobutu pour les besoins de la cause.

Un climat politique délétère à Kinshasa

Tout ce lever de boucliers a lieu alors que le climat politique à Kinshasa est délétère, exacerbé encore par l'arrêt de la Cour constitutionnelle, le 11 mai, autorisant Joseph Kabila, qui épuise bientôt son quota de mandats, à rester en fonction au-delà du terme si l'élection présidentielle, à laquelle la Constitution lui interdit de se présenter, n'est pas organisée avant le 20 décembre.

L'opposition a qualifié cette décision "d'imposture", alors que plusieurs dirigeants de la majorité réclament, eux, une transition de deux à quatre ans, question de poursuivre la gabegie financière entamée en toute impunité.

Les Occidentaux et l'ONU déplorent depuis plusieurs mois une tendance accrue à la répression en RDC. La saga montée par Thambwe Mwamba autour de Moïse Katumbi n'est pas non plus de nature à calme les esprits. Au contraire.

Ainsi, ajoutés aux frasques quasi-quotidiennes du porte-parole du gouvernement Lambert Mende, qui officie comme un simple propagandiste, allant jusqu'à oublier qu'il est tenu à un certain degré de probité, les propos d'Henri Mova, qui met en cause des "impérialistes occidentaux", et ceux de Thambwe Mwamba, qui se met à dos l'ambassade américaine, risquent de servir d’accélérateur à un feu qui couve lentement et qui risque de consumer même ceux qui se croient privilégiés ou à l'abri.

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La RDC sur un volcan, de Lubumbashi à KinshasaLa RDC sur un volcan, de Lubumbashi à KinshasaLa RDC sur un volcan, de Lubumbashi à Kinshasa

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