Les marches de l'opposition jeudi : De la bagarre, des interpellations, des blessés et deux morts

Publié le par Jean-Cornelis Nlandu-Tsasa

Une vue des manifestants à Kinshasa
Une vue des manifestants à Kinshasa

Bruxelles, 27/05 - Compte tenu de la manie des agents de l'ordre congolais qui considèrent que les civils sont des ennemis, on s’attendait au pire, qui a été finalement évité. A Kinshasa, où la marche de protestation contre l’Arrêt de la Cour Constitutionnelle et de solidarité avec les victimes des massacres dans le territoire de Beni avait été autorisée, la marche est partie de l’avenue de l’Enseignement, dans la commune de Kasa-Vubu, devant le siège du Mouvement de libération du Congo (MLC), envahi par de nombreux militants des partis membres de la Dynamique de l’Opposition, munis de banderoles et calicots portant des messages exigeant le respect de la Constitution et une meilleure prise en charge de la sécurité des compatriotes vivant dans le territoire de Beni.

Les leaders de la Dynamique étaient tous présents au rendez-vous : Gilbert Kiakwama, Vital Kamerhe, Fabrice Puela, Jean-Claude Vuemba, Eve Bazaiba, Martin Fayulu, Franck Diongo, Jean-Lucien Bussa, Lumeya, Claudel Lubaya, Gabriel Mokia, Lusamba Tatcher et d'autres.

A 10 heures, le go est donné. La colonne s’est ébranlée vers l’avenue Kasa-Vubu, au rythme des fanfares, tambours, sifflets, chansons et slogans, direction Pont Kasa-Vubu, Sendwe et Triomphal et Palais du Peuple. C'est au croisement de l’avenue des Huileries et le boulevard Triomphal que les choses vont se corser. Pour les leaders de la Dynamique, il fallait respecter l’itinéraire imposé par l’Hôtel de Ville, c’est-à-dire s’engager sur Huileries pour s’arrêter au rond point Huileries, Kabambare et Nyangwe. Pour la foule, il fallait rester sur le boulevard Triomphal, prendre 24 novembre et progresser jusqu’à la Maison Schengen.

Faute de consensus, deux colonnes se sont formées spontanément, l’une pour l’axe Triomphal-24 Novembre, et l’autre pour celui des Huileries. De part et d’autre, des jeunes de Lingwala, Kinshasa et d’ailleurs, pour la plupart des sans-emplois, voire des étudiants de l’Académie des Beaux-Arts, de l’IBTP et de l’ISC se sont joints aux manifestants, au fur et à mesure de leur progression. Au rond point Huileries-Kabambare-Nyangwe, les manifestants sont stoppés par une barrière, qu'ils forcent aisément. Mais sur 24 novembre, les manifestants sont dispersés d’abord par des tirs de sommation en l’air puis des gaz lacrymogènes, auxquels la foule répond par des jets de pierres.

Tension maximale également dans les autres villes

A Kananga et Tshikapa, des escouades de la police déployées à travers les coins sensibles ont réussi à étouffer la marche interdite par les autorités urbaines. En dépit de la brutalité déplorée, les opposants ont réussi à déposer leur mémorandum à la Monsuco Kananga. A Tshikapa, sept combattants de l’UDPS ont été interpellés et acheminés dans les locaux de l’ANR, selon la Dynamique.

A Goma, où le maire avait également interdit la manifestation et où on a déploré un mort et huit blessés, des témoins ont signalé des regroupements et des barricades, avant la dispersion. La police parle d’un accident qui a provoqué la mort d’un civil et dément avoir tiré à l’arme automatique. Selon le gouverneur Paluku, un policier en faction devant une coopérative financière aurait été agressé par un homme qui a cherché à s’emparer de son arme. L’homme a été tué. Au moins 32 personnes, la plupart des jeunes gens, ont été interpellées au cours de la marche et se trouveraient dans les différents cachots de la police. Selon un responsable, plusieurs policiers se sont aussi faits attaquer par les manifestants.

A Butembo où la police était déployée très tôt pour empêcher les rassemblements, un accident s’est produit dans un mouvement de panique où un véhicule civil a heurté un jeune homme à moto, étudiant de son état, qui est décédé, confirme la Société civile locale contrairement à ce qui était allégué hier.

A Beni et à Bunia, les activités étaient à l’arrêt. Les quelques courageux qui tenaient de marcher malgré le quadrillage de la ville par les éléments de la police ont été dispersés avec des tirs de gaz lacrymogène, après seulement quelques minutes de marche.
Forte présence policière à Lubumbashi

A Lubumbashi, ville spécialement militarisée et où le pouvoir veut anéantir l'emprise de l'opposition, la police a été déployée tôt dans les points chauds de la ville afin de contrer toute velléité de rassemblement. Les organisateurs évoquent une forte présence des éléments de la Police pour justifier la non-tenue de leur manifestation. Selon le porte-parole de la Dynamique de l’opposition dans l’ex-Katanga, les forces de l’ordre étaient visibles au centre-ville à des endroits comme la grande place de la poste, la place de la gare, le rond-point Tunnel et le Carrefour.

Certains observateurs rapportent que des véhicules de la police avec des gyrophares faisaient la ronde de la ville pour dissuader ceux qui voudraient braver la décision du maire, interdisant la marche, qui n’a donc pas eu lieu.

A Kisangani, un important dispositif policier a été planté tôt le matin devant les domiciles de certains leaders locaux. Le rassemblement a été dispersé, en dépit du respect de l’itinéraire par les manifestants.

A Bukavu, la manifestation autorisée s’est déroulée sous un encadrement policier impeccable et, donc, sans incident. Comme quoi, la démocratie est assurément plus belle que la dictature.

A Mbandaka, les manifestants ont bien débuté la marche avant de rencontrer un mur de la police quelques deux kilomètres plus loin. Ils ont brièvement tenté de résister, avant de céder face à l'armada et à la détermination des policiers. Plusieurs personnes ont été brièvement interpellées.

Les chiffres

Au niveau des chiffres, Human Rights RDC a compté 26 manifestations, dont 9 interdites, 59 personnes arrêtées, 1 civil et 1 policier tués, 4 personnes blessées à travers toute la RDC, dont la secrétaire générale du MLC, Eve Bazaiba, touchée à la jambe à Kinshasa. Les manifestants, eux, brandissent un chiffre plus élevé de blessés.

A Kinshasa, « à peu près 2 000 personnes ont pu se mobiliser », soutient-on du côté du pouvoir, « plus de 5 000 personnes», selon les Opposants. Mais tout le monde s'accorde à reconnaître que la capitale Kinshasa a présenté le visage d'une ville fantôme, les commerces, banques, entreprises publiques et écoles étant restés fermés, tandis que les bus Transco assurant les liaisons entre les communes périphériques et le centre-ville circulaient avec des chaises vides. Comme qui dirait un désaveu général du pouvoir en place et un pari gagné pour les organisateurs qui ont parfois poussé le pouvoir à la faute.

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L'étudiant à moto décédé à Butembo

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