Massacres à Beni : Faute d'Etat en RDC, la Société civile prend ses responsabilités pour "briser le silence"

Publié le par Jean-Cornelis Nlandu-Tsasa

L'est de la RDC abandonné à des factions armées sans foi ni loi
L'est de la RDC abandonné à des factions armées sans foi ni loi

Bruxelles, 24/05 - L’État congolais restant silencieux dans toutes les langues, la Nouvelle société civile congolaise (NSCC) vient de décider de lancer sa propre campagne « Brisons le silence, on tue les innocents », à la suite de la détérioration de la situation sécuritaire à Beni (Nord-Kivu).

Au cours d’une conférence de presse conjointe, vendredi dernier au siège de la NSCC, ses animateurs et ceux de l’Ong Nouvelle génération pour l’émergence du Congo (NOGEC) », tous de noir vêtus en signe du deuil, ont rejoint dans son indignation la société civile de Beni, qui a décrété un deuil de trois jours, du vendredi 20 au dimanche 23 mai 2016, pour fustiger les tueries des civils dans ce territoire du Nord-Kivu, depuis octobre 2014.

Pour la société civile de Kinshasa, un « génocide est en cours à Beni », lequel peut « déboucher sur la balkanisation de la RDC », selon les termes du coordonnateur national de la NSCC, Jonas Thiombela Kabiena

La campagne « Massacres à Beni, Brisons le silence, on tue les innocents » consiste à « mobiliser l’opinion publique pour que justice soit faite et protection soit assurée à la population de cette partie du pays », a expliqué Jonas Thiombela.

Par ailleurs, la NSCC tout comme certains observateurs, se posent plusieurs questions sur les massacres récurrents dans cette partie du territoire national. « A qui profite ces massacres des innocents ? Pourquoi l’absence de toute enquête susceptible d’éclairer l’opinion sur les véritables auteurs de ces massacres et vérifier les accusations graves et persistantes qui pèsent sur certains éléments des forces armées congolaises jusqu'aux officiers supérieurs ? », lit-on dans un communiqué de la NSCC publié le weekend dernier.

1 116 morts et 1 470 personnes enlevées et portées disparues en moins de deux ans

Dans sa Lettre overte au président de la République, datée du 14 mai 2016, la Société civile du Nord-Kivu dressait un bilan macabre de la situation vécue par les populations du Territoire de Beni et de Lubero, des villes de Beni et de Butembo, dans l'indifférence coupable et complice des instances judiciaires tant congolaises qu’internationales, notamment :

- Plus de 1 116 personnes tuées sauvagement entre Octobre 2014 et Mai 2016, soit une moyenne de 60 personnes tuées par mois, ou encore une moyenne de 2 personnes tuées par jour ;
- Plus de 1 470 personnes enlevées et portées disparues ;
- Plus de 1 750 maisons incendiées avec, parfois, des personnes et biens calcinés ;
- Au moins 13 centres de Santé incendiés parfois avec des malades et du personnel soignant à l’intérieur ;
- Plus de 27 écoles détruites, d’autres abandonnées, d’autres encore occupées soit par des déplacés, soit par des dépendants des militaires, soit par des groupes armés ;
- Plusieurs villages entièrement occupés par les groupes armés : c’est le cas des villages de Kyuto, Katundula, Ivimbo, Mwekwe, Mukeberwa, Fungulamacho, etc en Territoire de Lubero. Plus grave encore, à Kyuto, les FDLR ont procédé à l’installation de leur chef coutumier et se sont même arrogé le pouvoir de créer et de percevoir des taxes et d’occupation.
- Plusieurs femmes et enfants violés ;
- Plus de 34 297 ménages en déplacement forcé et dispersés ;
- Plusieurs cas d’enfants en état d’abandon scolaire ;
- Des pillages systématiques des ressources naturelles et destructions méchantes des biens de la population ;
- Des déplacements collectifs et suspects des populations mono-ethniques et monolingues d’origine indéterminée avec une intension à peine voilée d’occupation des terres et de balkanisation;
- La connivence de certains commandants et éléments d’Unités FARDC avec les forces négatives et avec certains déserteurs qu’ils sont censés combattre.

Pendant ce temps, les autorités congolaises dansent à Kinshasa, agglutinés dans des terrasses en costume-cravate, sans une once de honte. Il y en a même un, ministre de surcroit, qui prenait plaisir à se masturber carrément, sous l’œil du président Joseph Kabila en portrait suspendu à son bureau officiel. Lire http://lesignalducontinent.over-blog.com/2016/04/rdc-scandale-sexuel-au-gouvernement.html.

Et que dire de cette forte militarisation de la ville de Kinshasa, alors que c'est au Sud-Kivu que doivent être envoyés les renforts militaires qui tournent les pouces dans la capitale. C'est avec raison qu'une Burundaise, Kadja Nin, avait déclaré un jour à un journal : "Les politiciens africains sont des gens qui ne comprennent rien à la politique".

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