Moïse Katumbi évacué pour des soins en Afrique du Sud

Publié le par Jean-Cornelis Nlandu-Tsasa

Moïse Katumbi dans l'avion médicalisé
Moïse Katumbi dans l'avion médicalisé

Bruxelles, 22/05 - L'ex gouverneur de l’ancienne province du Katanga, Moïse Katumbi, a été évacué dans un avion médicalisé, vendredi 20 mai soir, vers l’Afrique du Sud pour des soins appropriés après des violences policières subies à Lubumbashi il y a une semaine alors qu'il se rendait à une audition du parquet général.

Hospitalisé depuis quelques jours, le candidat déclaré à l'élection présidentielle prévue normalement pour le 27 novembre 2016 a été inculpé pour «atteinte à la sûreté intérieure et extérieure de l’État» et placé sous mandat d’arrêt provisoire par le parquet général de Lubumbashi dans une affaire de "recrutement des mercenaires pour déstabiliser le régime en place", que l'intéressé nie en bloc.

L’évacuation de M. Katumbi fait suite à l’autorisation accordée par le Procureur général de la République, Flory Kabange Numbi, vendredi 20 mai. Il répondait à une requête en expatriation pour raisons de soins médicaux en Afrique du Sud, introduite par le bâtonnier Jean Joseph Mukendi wa Mulumba, l’un des avocats du prévenu.

Mais le procureur général de la République fait observer que Moïse Katumbi, inculpé et placé sous mandat d’arrêt provisoire, « est astreint au devoir de réserve en ce qui concerne les faits ayant donné lieu à l’instruction du dossier judiciaire en cours». Le non-respect de cette condition « l’amènera à retirer l’autorisation accordée à Moïse Katumbi », précise Flory Kabange Numbi.

Kinshasa viole le secret de l'instruction en toute impunité

Le procureur général de la République qui astreint Moïse Katumbi au "devoir de réserve en ce qui concerne les faits ayant donné lieu à l’instruction du dossier judiciaire en cours" fait lui-même montre d'une partialité de bas étage, car Kinshasa vient de violer le secret d’instruction, moins de 24 heures après les consignes, sans que le procureur ne lève le petit doigt.

En effet, deux journaux très proches du pouvoir, à savoir Le Soft du ministre Kin-Kiey Mulumba dans " L’affaire Moïse Katumbi : ce que la justice recherche" et L'Avenir, propriété du député de la Majorité Pius Mwabilu Mbayu Mukala, dans « Dossier des mercenaires américains recrutés par Moïse Katumbi : faits et évidences », publient des procès-verbaux des auditions du parquet dans les moindres détails, sans aucune retenue et sans menace d'astreinte.

Est-ce un hasard si le parquet a fait fuiter les détails du dossier judiciaire à travers ces seuls journaux de la Majorité, alors même que l'instruction est justement encore en cours ? N'est-ce pas là "une violation du secret de l'instruction", punissable aussi bien dans le chef du procureur, des magistrats du parquet que des deux hommes politiques éditeurs propriétaires ? A moins que le procureur général ne livre là la preuve supplémentaire d'une justice à deux vitesses en RDC.

Aucune trace de recrutement de mercenaires ni de camp d'entraînement

Par ailleurs, malgré toute la bonne volonté affichée par les deux journaux mangeoires pour "couler" Moïse Katumbi, jusqu'à se permettre des digressions hors sujet, rien dans le dossier abondamment exposé ne permet de conclure à un "recrutement des mercenaires", encore moins à l'existence d'un camp d'entraînement, qui demeurent une invention de Kinshasa et dans laquelle le jugement des magistrats, nommés par et inféodés au gouvernement, ne constitue qu'un copier-coller de la conclusion du ministre Thambwe. La décision de la Cour constitutionnelle autorisant le glissement, nous l'avons écrit, procède par ailleurs de la même logique.

Au finish, l'unique contravention pouvant être retenue contre l'ancien homme fort du Katanga, comme le souligne innocemment Le Soft, est : "le recrutement d’anciens militaires américains aux États-Unis d’Amérique et leur mise au service d’un individu", selon la loi congolaise que Kin-Kiey Mulumba, à travers un pseudonyme, cite en ces termes : " Alors, que dit la loi congolaise ? Interdiction formelle de la présence dans une société de gardiennage de personnes de nationalité étrangère; interdiction de recourir à une personne ne justifiant pas d’un séjour de cinq ans au pays sans interruption; interdiction d’embauche d’anciens soldats, d’anciens policiers, d’anciens agents des services de sécurité, de toute personne ayant appartenu à un groupe armé ou à une rébellion".

Une loi inique car discriminatoire. En effet, dans le cas contraire, son application provoquerait un véritable séisme à Kinshasa, où les étrangers de toutes les nationalités et d'anciens rebelles se recrutent dans toutes les institutions officielles sans exception. Le ministre de la Justice, Alexis Thambwe Mwamba, est lui-même ancien rebelle (RCD puis MLC), comme l'un des auteurs de la fuite, Kin-Kiey Mulumba. Et la liste est kilométrique. Il est même de notoriété publique que le gouvernement congolais a une fois compté parmi ses ministres un ancien policier américain, nullement inquiété tant qu'il ne fait pas d'ombre.

Et que dire des policiers et militaires postés devant des établissements privés tels Congo Futur, Complexe Oasis, Mama Poto ainsi que divers hôtels et commerces à Kinshasa et ailleurs à travers le pays ? N'est-ce pas un détournement du personnel de l’État, aux termes de la même loi invoquée ?

Ci-après le lien vers l'article du Soft : http://www.lesoftonline.net/articles/l%E2%80%99affaire-mo%C3%AFse-katumbi-ce-que-la-justice-recherche

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1. Moïse Katumbi et partisans face à la brutalité policière - 2. Soutien à Katumbi à travers la RDC1. Moïse Katumbi et partisans face à la brutalité policière - 2. Soutien à Katumbi à travers la RDC

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Cornelis Nlandu 29/05/2016 11:23

Excusez de la distraction, Jérôme. Et merci pour le commentaire, qui démontre ton assiduité

Jérôme DIAMONEKA 22/05/2016 12:10

Merci pour ces synthèses dont les compatriotes distraits par la bière ont besoin pour rester "branchés" sur le vrai. Merci aussi pour l'UK qui fête non ses 20 ans mais ses 25/26 ans puisque crée le 22 juillet 1990.