RDC/Justice : Pourquoi Eve Bazaiba ne sera pas inquiétée par la plainte des "jeunes kabilistes"

Publié le par Jean-Cornelis Nlandu-Tsasa

Mme Eve Bazaiba, la Dame de fer de l'opposition congolaise
Mme Eve Bazaiba, la Dame de fer de l'opposition congolaise

Bruxelles, 31/05 - La secrétaire générale du Mouvement de Libération du Congo (MLC), Eve Bazaiba, vient de faire l'objet d'une plainte de la part d'un groupe se réclamant de "Jeunes leaders du PPRD", au motif que la Dame de fer aurait tenu "des propos outrageux et désobligeants envers le président de la république" dans une vidéo sur les réseaux sociaux.

Mme Eve Bazaiba, c'est presque la "Jeanne d'Arc congolaise". Cette opposante, débordante d'énergie et d'intelligence, est partout où l'opposition doit mener des actions : dans les séances de travail, sur les plateaux de télévision et jusque dans la rue pour les manifestions. C'est d'ailleurs depuis la rue que Mme Bazaiba va aujourd'hui monopoliser l'actualité, après sa blessure à la jambe à la suite de la violence policière lors de la manifestation de jeudi dernier.

Qu'une vidéo sur les réseaux sociaux, où un leader politique donne son point de vue sur le déroulement d'une manifestation, puisse être constitutive d'une infraction, plusieurs journalistes proches du PPRD ont également franchi ce pas. Ils seraient, en effet, aux anges que la Dame de fer du MLC soit derrière les barreaux, parce qu'ils n'ont que faire d'une analyse politique qui pourrait même servir leur propre cause. "Nous avons raison, c'est tout, même dans nos erreurs", croient-ils naïvement.

Et que des jeunes gens puissent jouer à la dénonciation, ces journalistes proches du PPRD et leurs vuvuzelateurs sur le net croient que cela suffit à mettre Mme Eve Bazaiba en prison, estimant que la Justice congolaise leur appartient à eux seuls.

Erreur. Cette même justice comporte aussi des personnes qui savent discerner, et qui savent qu'ils ne peuvent indéfiniment enfoncer Joseph Kabila dans l'embarras où il se trouve aujourd'hui, surtout après ces accusations multiples de "violations des droits et libertés des Congolais, particulièrement les questions sur la liberté d’expression et les manifestations publiques" et de "rétrécissement de l’espace politique en usant des moyens de l’État".

En clair, à la lecture de la plainte, ces "Jeunes leaders du PPRD", qui fondent leur plainte sur un mensonge selon lequel Mme Bazaiba se serait blessée toute seule, ne sont nullement lésés, de l'entendement de la loi. Selon la même loi, le président Kabila étant majeur, quitte à lui, s'il s'estime lésé, de porter plainte. Ces "Jeunes leaders du PPRD" n'ont aucune qualité de pouvoir agir en lieu et place du chef de l’État. Sinon ce serait facile de passer toute sa journée devant les réseaux sociaux, d’inventorier toutes les infractions et de porter sûrement une cinquantaine de plaintes par jour. Nous ne sommes pas encore dans la république des idiots.

La plainte doit être jugée irrecevable, pour vice de procédure, et ne peut en aucun cas constituer une "initiative citoyenne", telle que les auteurs le prétendent, mais une dénonciation dans l'intention de nuire. Sinon, si ils étaient champions en matière d'"initiative citoyenne", pourquoi n'ont-ils pas dénoncé le général Kanyama et ses policiers qui a fait irruption à l'ISTA et ont pillé ordinateurs portables, téléphones mobiles et autres biens privés ? Alors que tous les réseaux sociaux en parlent ?

Un gang paramilitaire qui se permet tout

Les "jeunes kabilistes" constituent un genre nouveau de Cader du temps du parti-État, qui se comporte comme un gang paramilitaire, menaçant tout ce qui, à leur entendement, peut nuire à l'image du PPRD et de ses cadres, avec la complicité de la Police régulière.

J'ai personnellement fait l'amère expérience de ce gang en mai 2015, au croisement du Boulevard Triomphal et de l'avenue des Huileries à Kinshasa où, sachant que la prise de photos en public a été autorisée en RDC, je me suis hasardé à photographier "la Maison des Jeunes kabilistes" de Kasa-Vubu, située sur Huileries, avec une effigie géante du président Kabila suspendue à l'entrée .

A peine le flash allumé, j'ai vu un groupe de quatre malabars surgir de l'immeuble et tenter de se saisir de moi, avec l'aide d'un policier en faction. Motif : "Non respect de l'effigie du chef de l’État". La contravention ne concernait même pas le chef de l’État lui-même, mais son effigie. Une fois qu'ils avaient réussi à m'emmener à l'intérieur, ils m'ont ravi mon appareil photo, puis ma carte de presse belge, allant jusqu'à m'accuser de "combattant".

Mais comme ils avaient oublié d'arracher mon téléphone, j'ai pris le soin d'alerter un confrère, le journaliste Emile Lolo Luasu, que je devais rejoindre un peu plus loin en vue d'une discussion. Mais, lorsque j'ai constaté que mes ravisseurs en faisaient à leur tête, menaçant même de m'expédier à l'ANR, j'ai alors décidé d'utiliser la manière forte.

J'ai réfléchi : Dois-je appeler un général, qui était mon voisin à Saint-Josse à Bruxelles, ou un ami conseiller principal du président Kabila, ou alors commencer par plus bas : par cet autre ami journaliste devenu rapporteur du Sénat, en l’occurrence le patron du journal Le Potentiel ? J'ai opté pour cette dernière solution. Mon sauveur a juste tonné sur le plus gradé des "jeunes kabilistes" et je fus immédiatement libéré, sans la carte mémoire de mon appareil, mais la vie sauve.

----------------------------------------------------------------------------------------Le Signal du Continent est une réalisation de l'asbl Info Europe Afrique. Il existe depuis 2007, avec 3 collaborateurs et un correspondant en Afrique. Parmi les premiers blogs du genre sur la RDC, il est devenu le livre de chevet de plusieurs lecteurs. Pour appuyer cette initiative totalement bénévole, nous avons besoin de soutien financier de minimum 5 euro ou équivalent, qui peut être versé sur le compte de l'asbl BE66 7506 4181 8143 EUR avec mention "Le Signal", selon le principe de crowdfunding. Vous pouvez aussi nous contacter via le blog.

1. La plainte des "Jeunes leaders du PPRD" - 2. La manif de l'opposition. Ici sur 24 Novembre à Lingwala1. La plainte des "Jeunes leaders du PPRD" - 2. La manif de l'opposition. Ici sur 24 Novembre à Lingwala

1. La plainte des "Jeunes leaders du PPRD" - 2. La manif de l'opposition. Ici sur 24 Novembre à Lingwala

Commenter cet article