Discours du 30 juin : Et si Joseph Kabila annonçait qu'il n'est pas candidat ?

Publié le par Jean-Cornelis Nlandu-Tsasa

Un discours de Joseph Kabila (Archives)
Un discours de Joseph Kabila (Archives)

Bruxelles, 28/06 - L'histoire a une vilaine habitude, celle de se répéter. Le 30 juin, c'est dans deux jours. Et comme à l'accoutumée, le président Joseph Kabila va s’adresser au peuple congolais en ce le jour de la commémoration de l’indépendance. Que dira-t-il à cette occasion, alors que la situation politique de la RDC n'a jamais été aussi délétère ?

Ce qui est certain, c'est que le discours de Joseph Kabila est attendu dans tous les états-majors, même le sien. Car le président congolais, en poste depuis 2001, a parfois surpris par des positions tranchant avec les idées souvent extrémistes de ses partisans. Va-t-il encore surprendre cette fois-ci en rappelant qu'il est le garant de la Constitution, qu'il la respectera et .... C'est cette corrélation des faits que son camp a toujours redoutée.

En effet, alors qu'il prend le pouvoir à l'assassinat de Mzee Kabila, et que le pays est régi par trois gouvernements - Kinshasa, Goma et Gbadolite - Joseph Kabila surprend en acceptant le Dialogue de Sun City sensé mettre fin aux rébellions et réunifier le pays. La position des faucons n'avaient pourtant pas changé d'une virgule, expliquant que le pouvoir leur appartenait à eux seuls. Mais Joseph Kabila acceptera, contre leur avis, de partager le pouvoir avec le RCD Goma, le MLC de Gbadolite, l'opposition intérieure et la Société civile, dans ce qui fut dénommé "1+4". Le président avait compris qu'en dehors d'un climat apaisé, d'autres allaient lui arracher le pouvoir de force.

Plus près de nous, en septembre 2013, alors que les violences post-électorales de 2011 et les revendications politiques de tous genres avaient replongé la RDC dans le marasme, le président Kabila va se faire violence et convoquer les Concertations nationales en vue de « consolider la cohésion nationale pour assurer la victoire sur toutes les forces d’agression », mettre fin « au cycle infernal de violences à répétition principalement dans le Nord et le Sud-Kivu et en Ituri » et « renforcer l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire national » pour le paraphraser. Nul ne peut aujourd'hui affirmer qu'un seul de ces objectifs a été atteint.

Une véritable guerre des tranchées

Aujourd'hui encore, la RDC se retrouve à la croisée des chemins. Et les mêmes causes produisant les mêmes effets, l'histoire a voulu se répéter avec la convocation, le lundi 30 novembre 2015, du «dialogue politique national inclusif » sensé décrisper une fois encore une situation politique complètement volatile, en donnant « sa chance à la relance du processus électoral ». Mais, très peu prédisent un quelconque avenir à ce forum, qui n'a jamais bougé d'un pouce.

Le dialogue fut d'emblée chahuté par une bonne partie de l'opposition craignant qu'il puisse avaliser le glissement du mandat du président actuel, qui prend fin le 19 décembre 2016, aux termes de la Constitution en vigueur. Le gros contingent des opposants, réunis les 8 et 9 juin à Genval, en Belgique en "Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement", a quant à lui rejeté d'un revers de la main « le Dialogue politique tel que convoqué par le président Joseph Kabila ».

Au contraire, alors que certains partisans du camp présidentiel s'agitent pour appeler à la modification de la Constitution afin de permettre à Joseph Kabila de briguer un 3ème mandat interdit par la loi fondamentale, ces opposants ont décidé de « faire échec à toutes velléités de renversement de l’ordre constitutionnel » et de « prendre acte de la fin du deuxième et dernier mandat de M. Joseph Kabila Kabange le 19 décembre 2016 à minuit », avant de saluer « son départ du pouvoir le 20 décembre 2016 à 0h00 ».

On voit clairement que dans cette guerre des tranchées, Kabila est pris entre deux feux. Soit devra-t-il opérer un passage en force et endosser seul ou en commun les conséquences que ce banditisme d’État peut engendrer, soit alors agir de la même manière qu'en 2003 et 2013, c'est-à-dire en tentant de décrisper la situation d'une façon ou d'une autre. Mais sa marge de manœuvre est aujourd'hui très étroite, après le refus du dialogue tel qu'il l'a conçu par une bonne frange de la population. Aussi, si par chance Joseph Kabila annonçait dans son discours ne pas être candidat à la prochaine présidentielle, l'objectif serait largement atteint.

L'annonce serait un coup de massue pour la Majorité

Mais dans son camp, une telle annonce sonnerait comme un véritable coup de massue. Ainsi, va-t-il se complaire à demeurer prisonnier de ses propres faucons, prêts à sortir l'armement lourd comme en février 2015 lorsque son camp a voulu modifier la loi ? Tous les scénarios restent plausibles. Néanmoins, au cas où il se décidait enfin de se faire violence, il confondrait ces professeurs d'université qui, rangeant leurs syllabus au placard, ont pondu des idées incongrues telle "Kabila désir" pour en faire un président à vie, ou débité des énormités du genre "on ne prend pas sa retraite à 45 ans". Alors que même les joueurs de football, sûrement plus intelligents encore que ces intellectuels, savent, sans avoir défendu une seule thèse de doctorat, qu'envisager une reconversion est l'aboutissement logique d'une carrière.

En effet, sans Joseph Kabila à la tête de l’État, très peu peuvent encore miser un cent sur l'avenir du PPRD comme celui de la Majorité présidentielle, dont l'audience risque de fondre comme peau de chagrin. Le sort du MPR parti-État à la fuite de Mobutu est éloquent. Car on voit difficilement des politiciens de ces camps se ranger derrière un secrétaire général, en l'occurrence Henri Mova Sakanyi, incapable de tenir des propos cohérents et prenant plutôt plaisir à pousser Kabila à la faute, ou derrière Aubin Minaku, originaire du Bandundu, alors que l'épicentre du pouvoir est visiblement ailleurs.

En tournée dans l’ancienne province du Katanga, Joseph Kabila a rassuré que les élections seront organisées à tous les niveaux et que le processus allait bientôt débuter avec l’enrôlement des électeurs. De même, un message du président de la Commission électorale nationale indépendante a fait savoir que la Centrale électorale a décidé de créer un nouveau fichier électoral. Ainsi, pour Corneille Nangaa, il n’est plus question de nettoyer le fichier de 2011, en le débarrassant de doublons, de morts et autres, ni d’y incorporer les nouveaux majeurs et les Congolais de la diaspora.

Conjuguées aux pressions intérieures et extérieures d'une violence jamais encore orchestrée, ces nouvelles orientations constituent-elles des signes précurseurs ou alors un tremplin pour une grande déclaration dans un avenir très proche ? Le discours du 30 juin 2016 offrant le cadre idéal pour un président d'habitude muet dans toutes les langues, Kabila définira-t-il à cette occasion son avenir ? Bien malin celui qui apportera une réponse à ces interrogations.

L'assistance - Les officiels lors du discours présidentielL'assistance - Les officiels lors du discours présidentiel

L'assistance - Les officiels lors du discours présidentiel

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