Mohamed Ali, le plus grand boxeur de tous les temps, s'en est allé

Publié le par Jean-Cornelis Nlandu-Tsasa

Mohamed Ali et le président Mobutu, à Kinshasa
Mohamed Ali et le président Mobutu, à Kinshasa

Bruxelles/Kinshasa, 05/06 - Mohamed Ali, reconnu comme le plus grand boxeur de tous les temps, s’est éteint à l’âge de 74 ans, dans un hôpital de la région de Phoenix, en Arizona, en raison de problèmes respiratoires.

C’est plus qu’un grand sportif qui s’est éteint dans la nuit du vendredi 3 au samedi 4 juin. C’est une icône du sport qui vient de mourir. Mohamed Ali, multiple champion du monde des poids lourds, s’en est allé à l’âge de 74 ans, avec ses 56 victoires en 61 combats. « Après un combat de 32 ans contre la maladie de Parkinson, Mohamed Ali est décédé », a annoncé son porte-parole, Bob Gunnell.

L’Américain, qui s’était converti à l’Islam, a marqué l’histoire du sport par ses combats épiques, ses multiples titres, ses déclarations parfois provocantes ainsi que ses engagements politiques, qui lui ont valu une condamnation.

Le boxeur, qui se nomme Cassius Marcellus Clay Junior, est né le 17 janvier 1942 à Louisville, dans le modeste État du Kentucky. Il abandonnera son nom après sa conversion à l’islam. A l’âge de 12 ans, le futur Mohamed Ali rencontre Joe Martin, policier et coach de boxe. il vient de se faire voler son vélo et promet une raclée au coupable. Martin suggère alors au gamin de revenir apprendre quelques rudiments de boxe tout d’abord. Ce que le gamin fait. La légende est en marche. En 1960, à 18 ans seulement, le jeune amateur remporte la médaille d’or aux Jeux olympiques de Rome.

Il refuse d'aller combattre au Vietnam

A l’époque, ce sont encore ses exploits sportifs qui font la une des journaux. Passé professionnel chez les poids lourds, Mohamed Ali défie et bat par KO au septième round l'incontestable champion du monde d'alors, Sonny Liston, le 25 février 1964. Dans la foulée, celui qui se proclame « le roi du monde », révèle être proche de l’organisation politique et religieuse Nation of Islam. Il s'exhibe alors aux côtés des leaders tels Malcolm X et Elijah Muhammad.

Durant les trois années qui suivent, Mohamed Ali domine sa catégorie. Rien ne l’arrête. Si ce n’est son refus d’effectuer le service militaire. En 1966, il se pose en objecteur de conscience et refuse de prendre part à la guerre au Vietnam, au nom de sa foi et de ses convictions. « Aucun Vietnamien ne m'a jamais traité de nègre », lâche-t-il notamment. En 1967, il est condamné. Mohamed Ali n'ira pas en prison, mais sa licence de boxeur lui est retirée.

Privé de ses titres, il doit attendre 1971 et une décision de la Cour suprême des États-Unis pour reprendre le fil de sa carrière. Quelques semaines plus tôt, pourtant, le 8 mars 1971, Mohamed Ali défie Joe Frazier, passé maître de la catégorie en son absence, au Madison Square Garden de New York. Frazier l’emporte aux points, dans ce qu’on surnommera « le combat du siècle ». C’est la première défaite de Mohamed Ali chez les pros.

Pour retrouver les sommets, il se lance alors dans une frénésie de combats qui déboucheront notamment sur une mâchoire brisée face à Ken Norton, en 1973. « The greatest » ayant par la suite pris sa revanche sur Norton et retrouvé son meilleur niveau « Ali-Frazier II » peut avoir lieu, le 28 janvier 2014 à Manille, où Mohamed Ali s’impose aux points.

La rivalité entre les deux hommes atteint alors des sommets. Ali, adepte, des bons mots et du « trash talking » (« langage ordurier », ndlr), n’hésite jamais à égratigner Joe Frazier. Les deux en viennent même aux mains, lors d’une émission de télévision. Un troisième combat tournera à l’avantage d’Ali, en octobre 1975.

Rumble in the jungle à Kinshasa

Dans l'entre-temps, George Foreman est au sommet. Ce colosse qui a facilement battu Joe Frazier début 1973, est le nouveau défi de Mohamed Ali. Il est jeune, fort et terrasse ses adversaires en moins de rounds. Flairant le bon filon, le promoteur Don King et le président zaïrois Mobutu Sese Seko organisent un combat à Kinshasa, le « Rumble in the jungle » qui est immortalisé dans le documentaire "When We Were Kings", primé aux Oscars de 1996.
L’événement est planétaire. Le président Mobutu, qui paiera 5 millions de dollars à chaque boxeur, s’offre un sacré coup de publicité en faisant également venir des artistes comme James Brown, BB King, Manu Dibango, Celia Cruz ou Miriam Makeba, lors du festival musical en marge du combat.

Côté ring, Mohamed Ali oppose la grande force de Foreman à sa technique éprouvée pour profiter de la faible endurance de l'adversaire. Pendant plusieurs jours, Ali s’entraîne en courant dans les rues de la banlieue de Kinshasa, gagnant un peu plus l’amour des Zaïrois qui crient « Ali boma ye » (« Ali, tue-le ») demeuré célèbre.

Le combat a lieu le 30 octobre 1974 sur le ring installé au stade du 20 Mai de Kinshasa. Mohamed Ali profitera des cordes tout au long des rounds - une technique nouvelle digne de son talent - décochant au passage plusieurs directs à la face de Foreman, qui finissent par miner progressivement le colosse. Il attend patiemment que son adversaire s’essouffle. Mohamed Ali l'assomme au 8ème round, d'un enchaînement crochets-directs. Le colosse s'écroule et Ali remonte au sommet.

Le commandant Simon Diasolua, qui a accompagné Mohamed Ali dans son périple africain, lui a consacré un chapitre émouvant dans son lire "Entre ciel et terre : Les confidences d'un pilote de ligne congolais". Durant les trois années qui suivront, Mohamed Ali maintient son règne tant bien que mal. Mais en 1984, on lui diagnostique la maladie Parkinson. Il se retire progressivement de la scène.

Le président Mobutu présentant les boxeurs à la population au Stade du 20 mai

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