RDC/Election présidentielle : Kabila ne décolère pas et empêche Katumbi d'être candidat

Publié le par Jean-Cornelis Nlandu-Tsasa

Moïse Katumbi, "l'homme à abattre" pour le pouvoir
Moïse Katumbi, "l'homme à abattre" pour le pouvoir

Bruxelles, 24/06 - La justice congolaise vient de condamner Moïse Katumbi à trois mois de prison et, du coup, inéligible à l'élection présidentielle prévue en novembre 2016, à laquelle il avait déclaré sa candidature. Il n'a fallu que quelques heures de procès dans une "surprenante affaire de spoliation" d'un immeuble, où 'ancien gouverneur du Katanga a pourtant habité depuis l'école primaire, pour que la sentence tombe contre "l'homme à abattre", pour paraphraser l'ex-allié de Kabila passé à l'opposition.

En effet, le 30 avril déjà, soit quelque jours avant la déclaration de sa candidature, Moïse Katumbi avait déclaré : "Je suis devenu l'homme à abattre pour le pouvoir". Il ne croyait pas si bien dire. Le pouvoir avait pour cela une précieuse alliée, sa justice. Un Brésilien avait prévenu : " Il ne faut plus d'armée pour asseoir une dictature. Aujourd'hui, une justice corrompue suffit". La RDC est en train d'en faire les frais. En effet, l'acharnement sur un homme et surtout la rapidité dans l'exécution des jugements le concernant confortent les observateurs dans la certitude que la justice congolaise n'est plus exempte de tout reproche.

Non seulement le pouvoir empêchait le candidat à tenir son meeting, en dépêchant un impressionnant dispositif de policiers armés jusqu'aux dents, mais pire, le ministre de la Justice, Alexis Thambwe Mwamba, en personne diligentait une enquête ultra-rapide et un procès expéditif pour "recrutement et utilisation de mercenaires". Il dénombre 600 mercenaires venus essentiellement des États-Unis et d'Afrique du Sud. Puis le chiffre tombe à 12 hommes et quelques jours plus tard, le ministre ne retient plus qu'un seul mercenaire, l'Américain Darryl Lewis, aujourd'hui relâché sur pression de Washington. Mais le mal était fait pour "l'homme à abattre", qui est au passage "inculpé pour atteinte à la sécurité intérieure". "Un crime passible de la peine de mort", précise Thamwe Mwamba au cours d'une interview.

Convaincu à présent que ce dossier risque d'être vide comme la défense le soutient, Kinshasa vient de mijoter une autre histoire mais congolo-congolaise cette fois, la première ayant été balayée par les Américains, également concernés. C'est pour une histoire de spoliation que Moïse Katumbi est convoqué et condamné par le parquet de Lubumbashi. Trois ans de prison, soit une peine suffisante pour l'empêcher de briguer les hypothétiques suffrages de novembre 2016, que Kinshasa a échoué à organiser, avant d'obtenir de la Cour constitutionnelle la prolongation du mandat de Joseph Kabila, interdit de candidature par la Constitution après deux mandats.

Procès politique selon l'opposition

Comme nous l'avons relevé, l'acharnement et la célérité de la Justice congolaise sur le challenger de Kabila font aussi dire à l'opposition qu'il s'agit là d'un procès strictement politique, nul et non avenu. Pour Olivier Kamitatu du G7 soutenant Katumbi, "il y a eu le dossier des mercenaires, il y a aujourd'hui le dossier de spoliation rocambolesque. Si ça ne suffit pas, le clan Kabila en construira d'autres. Notre justice est bafouée. La majorité présidentielle se moque des institutions de notre pays".

Surtout que, pour Raphaël Katebe Katoto, le frère de Moïse, interrogé par La Libre Belgique : Katumbi "n'a aucun lien avec ce bien. C'est moi qui en suis propriétaire depuis 1976. J'ai tous les documents qui l'attestent. La propriétaire a quitté le pays (RDC) au début des années 70 ... J'ai loué ce bien dans lequel ma famille, y compris Moïse qui devait avoir 6 ou 7 ans, a vécu. En 1976, en tant que locataire, j'ai utilisé mon droit de préemption pour l'acheter auprès de la SONAS à qui la propriétaire a confié la vente. Cela fait quarante ans et il n'y a jamais eu la moindre contestation". Alors pourquoi seulement aujourd'hui ? Même les enfants du primaire ne peuvent échouer à apporter la réponse exacte.

Pour le pouvoir pourtant, "le droit s'applique à tout le monde et M. Katumbi doit répondre de ses actes". Alors que tout le monde sait, même au sein du pouvoir, que le droit ne s'applique pas aux gens du pouvoir, intouchables aux yeux de la justice congolaise au regard du nombre d'infractions y relevées, sans qu'aucun procès ne soit diligenté. Même le procureur de la République, compétent pour traquer les entorses à la loi, ne s'est jamais saisi d'un seul cas parmi les dossiers documentés de corruption et détournements de deniers publics portés à sa connaissance par Joseph Kabila lui-même. Parce que mettant en cause les gens du pouvoir, notamment des ministres, des gouverneurs de province et des hauts fonctionnaires de l’État. De quelle loi nous parle-t-on là ?

La majorité présidentielle, actuellement dans le collimateur de la communauté internationale qui la menace de sanctions, a multiplié ces derniers jours faits et déclarations restreignant les libertés politiques dans l'optique de contourner la Constitution et permettre à son chef de s'accrocher indéfiniment au pouvoir.

Le dernier conclave de l'opposition, tenu le 8 et 9 juin 2016 à Genval, en Belgique, et qui a pris acte de " la fin du deuxième et dernier mandat de Monsieur Joseph Kabila Kabange le 19 décembre 2016 à minuit" et salué " son départ du pouvoir le 20 décembre 2016 à 0h00"
n'est pas non plus de nature à permettre aux tenants du pouvoir de dormir sur leurs lauriers.

Le Rassemblement de l'opposition autour du ticket Tshisekedi-Katumbi

Le Rassemblement de l'opposition autour du ticket Tshisekedi-Katumbi

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