Sanctions américaines contre des personnalités congolaises : Le général Kanyama le premier à être frappé

Publié le par Jean-Cornelis Nlandu-Tsasa

Le général Kanyama dit « Esprit de mort »
Le général Kanyama dit « Esprit de mort »

Bruxelles, 24/06 - Les États-Unis sont passés à l’action, le jeudi 23 juin 2016, dans les sanctions contre les autorités congolaises, en gelant les avoirs du général Célestin Kanyama, commissaire provincial de la police pour la ville de Kinshasa, communément appelé « Esprit de mort » à Kinshasa.

Selon John Smith, directeur du Bureau de Contrôle des avoirs des étrangers au Département du Trésor, les avoirs de cet officier supérieur de la Police congolaise « basés aux États-Unis ou en possession des citoyens américains sont gelés». Le communiqué qu’il a fait parvenir aux médias indique que « tous les citoyens américains ont interdiction d’effectuer des transactions avec lui ».

Alors même que la Chambre des Représentants n’a pas encore voté sa Résolution 780 exigeant des sanctions ciblées contre des responsables congolais, à l’initiative de quatre Congressmen, les Américains ont voulu envoyer un signal fort en sanctionnant le n° 1 des répressions à Kinshasa, parmi la liste présumée de plus d’une trentaine de « personæ non gratæ ».

Le communiqué américain indique que le général Kanyama est épinglé à la suite de son implication dans les dérapages de l’opération « Likofi », lancé en novembre 2013 contre des gangs urbains communément appelés Kuluna, mais aussi dans la répression violente des manifestations politiques pacifiques à Kinshasa. Washington estime en effet que sa personne est étroitement mêlée notamment aux arrestations, violences et tueries enregistrées lors des manifestations de janvier 2015 à Kinshasa, lors de la contestation par l’opposition ainsi que de nombreux Kinois et Kinoises de l’incise controversée de la loi électorale conditionnant la tenue des élections au recensement préalable de la population.

A ce sujet, le directeur du contrôle des avoirs étrangers au Département du Trésor souligne : « Alors que le dernier mandat constitutionnel du président Kabila approche de sa fin, en décembre 2016, le régime est engagé dans un schéma répressif, avec des arrestations d’opposants et la répression violente des manifestations politiques, afin d’éviter la programmation des élections nationales ». Signe s'il en faut que les Américains ne relâchent pas la pression sur le respect des délais constitutionnels dans l'organisation de la présidentielle et sur le départ de Joseph Kabila à la date prévue.

S’agissant des événements de janvier 2015, on peut lire que « plus de 40 personnes ont été tuées…dont au moins 20 par arme à feu et par les forces de sécurité… Les manifestants protestaient contre des modifications de la loi électorale, dont de nombreux Congolais pensaient qu’elles allaient permettre le "glissement" du mandat du président Kabila et l'autoriser à rester au-delà de la limite de deux mandats constitutionnels » autorisés.

Mende et Kikaya protestent

Réagissant à la décision américaine de geler les avoirs du général Kanyama aux États-Unis, Lambert Mende, ministre de la Communication et Médias, a exprimé sa vive protestation contre ce qu’il considère comme "une tentative de substitution de la souveraineté de la RDC par sa mise sous tutelle américaine". Il a estimé qu’"un gouvernement étranger n’a pas le droit de sanctionner un fonctionnaire congolais, quelle que soit la gravité des faits mis à sa charge".

Soulignant qu’aucun Congolais ne devrait tolérer pareille initiative, il a fait savoir, dans la foulée, que le conseiller diplomatique du chef de l’État congolais, Barnabé Kikaya, était en instance de se rendre à Washington, afin d’aller protester, de vive voix, auprès des autorités américaines, contre la décision prise à l’endroit du général Kanyama. Quant à Kikaya lui-même, il a relevé que l’acte que venaient de poser les États-Unis était inamical et de nature à empoisonner les relations entre ceux-ci et la République démocratique du Congo ».

Mais Kikaya ne comprend pas que "quelle que soit la gravité des faits mis à sa charge", la justice a aussi le devoir sacré de diligenter une enquête à charge du contrevenant. Surtout que, comme on le sait, le général Kanyama avait été reconnu par Kinshasa lui-même coupable de certains faits fin février 2016 et suspendu de ses fonctions, sans qu'aucune suite judiciaire ne soit réservée aux infractions commises par lui. Ce qui s'apparente à de la connivence de la part du pouvoir et, surtout, à un encouragement à persévérer dans la répression et le rétrécissement de l'espace politique.

En outre, consécutivement aux pressions internationales, le rapport de l'Inspection générale de la police congolaise, après plus d'un an et demi de tergiversation, a finalement été publié il y a quelques jours, reconnaissant 16 disparitions et deux exécutions sommaires, mais aussi un certain nombre de violations et de manquements.

Le cas du général Kanyama est si symptomatique qu'il a la manie de commander personnellement les opérations sur le terrain, même les plus banales, comme le passage en trombe de la dépouille de la vedette de la chanson religieuse Marie Misamu et des Léopards après leur succès à la Coupe d'Afrique en février dernier, alors que la population était venue en nombre aux abords des routes pour acclamer, décuplant ainsi son coefficient méfiance et détraction.

Aussi, cette action à l'encontre de l'« Esprit de mort » démontre la détermination des USA d'aller jusqu’au bout de leur logique, en sanctionnant des personnalités congolaises en raison de leur implication dans le blocage du processus électoral pour les unes et les atteintes aux droits humains pour d’autres. A qui le prochain tour ?

La police congolaise dans ses oeuvresLa police congolaise dans ses oeuvresLa police congolaise dans ses oeuvres

La police congolaise dans ses oeuvres

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