Etienne Tshisekedi superstar le 27 juillet prochain à Kinshasa

Publié le par Jean-Cornelis Nlandu-Tsasa

Bain de foule d'Eienne Tshisekedi (Archives)
Bain de foule d'Eienne Tshisekedi (Archives)

Bruxelles, 14/07 - L'histoire va une fois de plus se répéter. Étienne Tsjhisekedi, le leader charismatique de l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), vient d'annoncer, à Bruxelles, qu'il regagne Kinshasa le 27 juillet 2016, soit quatre jours avant le grand meeting qu'il doit présider le 31 du même mois.

Si tout le monde est d'avis que la popularité de l'opposant historique ne peut faire l'objet d'aucun doute, son retour dans la capitale congolaise drainera une foule plus immense encore depuis l'aéroport de N'Djili jusqu'à sa résidence de Limete, en passant par le boulevard Lumumba longeant les quartiers populaires de Kimbanseke et Masina.

L'affluence attendue sera d'autant décuplée que Tshisekedi est aujourd'hui à la tête du Comité des sages du "Rassemblement des Forces politiques et sociales acquises au changement", né du conclave de Genval en Belgique, tenu du 8 au 10 juin 2016, avec la participation de la quasi totalité des partis de l'opposition congolaise.

Ainsi, avec l’unité retrouvée de l’Opposition, Étienne Tshisekedi s’est refait une santé politique pour ceux qui voulaient déjà l'enterrer parce que malade et vieillissant, mais aussi une visibilité aveuglante car devant désormais focaliser toutes les attentions, même celle du pouvoir qui peine à organiser son dialogue, préalable à des élections apaisées et qui a plutôt mis à contribution tous les professeurs de son obédience pour cogiter et mettre en place tous les stratagèmes devant garantir le maintien du président Kabila au-delà des délais constitutionnels.

Le leader de l'UDPS sera sans conteste la superstar du monde politique à partir du 27 juillet. Mais cette position ne doit en aucun cas enivrer le président du Comité des sages du Rassemblement, au risque de faire le lit à une troisième voie et rater définitivement le coche

Les leçons de l'histoire

Le succès annoncé du retour à Kinshasa, le 27 juillet prochain, du président de l'UDPS n'est pas sans rappeler "le retour triomphal" du Maréchal Mobutu Sese Seko, alors président du Zaïre, le 17 décembre 1996, après quatre mois passés en Europe à faire soigner un cancer de la prostate, salué par des dizaines de milliers de sympathisants tant à l'aéroport international que sur le long du parcours de son cortège. Tshisekedi, lui, regagnera Kinshasa après une absence de près de deux ans passés en Europe pour des raisons de santé.

Le maréchal-président, après des années d'impopularité née de l'annonce du multipartisme le 24 avril 1990 et la tenue de la Conférence nationale, renouait une fois de plus avec les honneurs et la liesse populaire qui lui avaient tourné le dos depuis des lustres. Coiffé de sa légendaire toque de léopard, il avait été accueilli par une foule en délire à l'aéroport de N'Djili comme le long des avenues des quartiers populaires jusqu'à sa résidence du camp militaire Tshatshi, distante de quelque 25 km de l'aéroport.

Oubliant du coup la crise politique, économique et sociale qui avait gagné son pays, le Maréchal Mobutu, dans un discours radiodiffusé, s'était contenté de dénoncer les « ennemis de la démocratie » qui « ont profité de sa maladie pour le poignarder dans le dos », avant de lancer un appel en vue de la reconquête des territoires de l'Est du Zaïre soumis à une rébellion de Tutsis organisée par ses voisins du Rwanda, du Burundi et de l'Ouganda, alors même que son armée a dû battre en retraite devant le feu des ennemis

Le président Mobutu avait du coup manqué l'occasion historique de lâcher du lest en faveur des opposants et de quitter le pouvoir en toute dignité. Il avait été leurré par l’hystérie collective qu'avait provoquée son retour auprès d'une population traumatisée par les bruits des armes qui retentissaient à l'est du Zaïre depuis l'invasion rwandaise, plus tard masquée par la création de l'AFDL, pour se réaffirmer comme le « symbole de l'unité nationale et le garant de la Nation » zaïroise, depuis inexistante. Cinq mois plus tard exactement, on brûlait son effigie partout à travers le Zaïre.

Mutatis mutandis, le retour d’Étienne Tshisekedi s'effectue dans des conditions analogues. Il devra donc retenir les leçons de l'histoire et ne pas se laisser récupérer par les radicaux de l'UDPS qui ne rêvent que de l'isoler de ses nouveaux alliés acquis à Genval. Une crainte légitime lorsque l'on connaît l'incapacité des politiciens congolais à surmonter la frénésie de la liesse populaire, qu'ils confondent d'emblée avec le gage de la réussite finale qui, elle, suppose non seulement une stratégie éprouvée mais aussi une union des forces dans la loyauté.

Le retour triomphal du Maréchal Mobutu (Archives)

Le retour triomphal du Maréchal Mobutu (Archives)

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