Lucha : « Grâce présidentielle ? Non, merci » - Le ministre de la Justice : « Ils seront évacués par la force »

Publié le par Jean-Cornelis Nlandu-Tsasa

Des militants de LUCHA
Des militants de LUCHA

Bruxelles, 25/07 - Drôle de bras de fer entre le mouvement « Lutte pour le changement » (Lucha), dont six militants venaient de bénéficier de la grâce présidentielle, qu'ils ont immédiatement rejetée et décidé de rester en prison.

Dans une correspondance adressée au président Kabila, le samedi 23 juillet 2016 depuis la prison centrale de Goma (Munzenze), Rebecca Kabugho, Melka Kamundo, John Balibisire Alipenda, Ghislain Kasereka Muhiwa et Serge Kambale Sivyavugha ont fait savoir qu’en solidarité avec leurs camarades et tous les concitoyens injustement privés de liberté, ils préfèrent rester en prison. Quitte à aller jusqu’au bout de cette peine indue qui, de toutes manières, est presqu’entièrement consommée. C’est cela aussi notre liberté et notre dignité », ont-ils signé.

Dans la classe politique, cette décision a provoqué un véritable coup de tonnerre, alors que personne ne s'attendait à pareille réaction de ces jeunes gens, endurcis par le harcèlement subi des années durant de la part du pouvoir. En effet, ont-ils encore expliqué, la mesure de grâce présidentielle accordée par Joseph Kabila est, à leurs yeux, une reconnaissance du caractère « arbitraire, injuste et politique » de leur arrestation et condamnation il y a cinq mois.

A son actif, néanmoins, ils y voient un premier pas encourageant vers la décrispation réelle et complète de l’espace démocratique et la fin de la répression des libertés publiques, y compris la liberté d’opinion, d’expression, d’association, et de manifestation publique.

Tout en invitant le président Joseph Kabila à aller plus loin en ordonnant l’abandon des poursuites contre d’autres prisonniers d’opinion, les jeunes militants ont précisé que la largesse doit toucher autant ceux qui sont en détention préventive qu'en attente d’un jugement définitif. Dans le lot, ils citent leurs camarades Fred Bauma et Yves Makwambala, détenus à Kinshasa depuis près de 17 mois, sans procès, Bienvenu Matumo, Héritier Kapitene et Victor Tesongo, arrêtés à Kinshasa au même moment qu’eux à Goma, les activistes Christopher Ngoy, Jean-Marie Kalonji, Jean de Dieu Kilima du mouvement Filimbi ainsi que des opposants tels que Eugène Diomi Ndongala, le bâtonnier Jean-Claude Muyambo et bien d'autres.

La décision des militants Lucha de prolonger volontairement leur séjour carcéral a surpris plus d’un au sein de l’opinion nationale et internationale, au moment où d’autres personnes s’empresseraient de sauter sur l’occasion pour recouvrer la liberté. Eux, au contraire ont dit "niet", réclamant plutôt la libération d’autres militants à travers le pays.

Tout aussi surpris, le pouvoir de Kinshasa qui est l'auteur de la relaxation. Ce qui a mis son ministre de la Justice Thambwe Mwamba dans tous ses états. « S’ils ne quittent pas Makala comme prévu, ils seront évacués par la force », a réagi le garde des Sceaux à la lettre des intéressés, lui qui est passé champion dans la fabrication de procès devant condamner ceux qui ne partagent pas le point de vue de son camp politique.

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