Annonce de Kabila en Ouganda : Mathématiquement, l'élection présidentielle pas avant 2019

Publié le par Jean-Cornelis Nlandu-Tsasa

Joseph Kabila en conférence de presse
Joseph Kabila en conférence de presse

Bruxelles, 08/08 - La classe politique s'est littéralement enflammée à Kinshasa après l'annonce par le président Joseph Kabila, en Ouganda, que les élections ne pourraient avoir lieu qu’après les opérations d’enrôlement des électeurs. C’était, comme nous l'avons annoncé, au cours d’une conférence de presse qu’il a animée fin de l semaine dernière conjointement avec son homologue ougandais Yoweri Museveni, dans la localité de Kasese.

« Ce n’est pas la CENI (Commission électorale nationale Indépendante) mais bel et bien le Président de la République, Joseph Kabila, qui a procédé à l'annonce, alors que l'on sait que la CENI ne devrait pas être sous les bottes de la présidence de la République», s'étonne-t-on à Kinshasa.

Les politiciens s'en sont allés également chacun avec sa calculette. Aussi, quand on pense que la Centrale électorale ne peut techniquement boucler la révision du fichier électoral en moins de 16 mois, soit en septembre 2017 selon le président de la CENI Corneille Naanga, le calcul donne que l’élection présidentielle ne peut être organisée avant 2018. Mais encore, si le cycle électoral doit obéir au diktat de la Majorité présidentielle, à savoir en tenant compte du calendrier global publié en février 2015, prévoyant les élections locales comme « tête de liste », le scrutin présidentiel pour sa part ne pourrait intervenir, au mieux, qu’en 2019 et pas avant. Voilà pour les projections.

Ce qui agace l'opposition, c'est que le « glissement » tant décrié et que Kabila et sa famille politique ont échoué à arracher ni par le référendum constitutionnel, ni par la révision de la loi électorale, ni par la révision de la Constitution serait maintenant dans la poche, obtenu en douceur et sans éveiller le moindre soupçon. Dans ce cas de figure, pour paraphraser un confrère, « mathématiquement parlant, le mandat du président de la République est automatiquement prolongé d’au moins trois ans ».

Le mandat des députés porté à 8 ans et celui des sénateurs à 13 ans

Toujours selon le même scénario, les députés nationaux verraient la durée de leur mandat portée à 8 ans, si il faut tenir compte du nouveau bonus de 3 ans, alors que les députés provinciaux, les sénateurs et certains gouverneurs de provinces, dont celui du Kongo Central, vont bénéficier de 13 ans. Mais est-ce là la thérapie à la crise politique qui mine la RDC ? Sûrement pas.

Et comme le soulignent bon nombre de politicien, la sortie médiatique de Joseph Kabila, d'habitude muet à l'intérieur du pays, a vidé le dialogue national de sa substance. En d'autres mots, Kabila est contre Kabila, puisque c'est lui et son camp qui exigent la tenue de ce forum, jusqu'à débourser des millions à cet effet, notamment pour amadouer l'UDPS d’Étienne Tshisekedi, notamment avec le flirt à Venise (Italie) et Ibiza (Espagne) et à Nice, en France.

Parallèlement, à quoi servent encore le « facilitateur » Edem Kodjo et le Groupe de soutien des Nations Unies, de l’Union Européenne, de l’Union Africaine et de l’Organisation Internationale de la Francophonie, qui auront alors perdu leur temps depuis décembre 2015 pour tnter d'éviter à la RDC un « glissement » de calendrier électoral. Sinon, « l’objectif du dialogue serait-il de prévenir le chaos ou de l’accompagner ? » comme s'interrogeait un député.

Le discours de Kabila aura au moins l'avantage de rajouter de l'huile sur le feu et de raviver la contestation de la légitimité des animateurs des institutions de la République. " Le sentiment de non respect de la Constitution par Joseph Kabila et son camp politique en matière de fin de mandat présidentiel et par ricochet d’alternance démocratique au sommet de l’État risque d’être si fort que le fossé de la méfiance va s’élargir davantage entre la Majorité présidentielle et l’Opposition", pense un confrère. Par le temps qui court, la RD Congo a-t-elle besoin d’une nouvelle division de ses fils et filles ou de l’apaisement des cœurs et des esprits à travers un compromis politique autour du processus électoral ? »

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