Dialogue/Ouverture des travaux préparatoires : Les dessous de table

Publié le par Jean-Cornelis Nlandu-Tsasa

Edem Kodjo à l'ouverture des travaux préparatoires
Edem Kodjo à l'ouverture des travaux préparatoires

Bruxelles, 24/08 - Le facilitateur Edem Kodjo a finalement mis son projet à exécution. Malgré la journée ville morte décrétée par le "Rassemblement" de l'opposition congolaise le même jour, les travaux préparatoires au Dialogue politique ont démarré mardi à Kinshasa, après neuf mois de retard depuis sa convocation par le président Joseph Kabila, en présence des délégués de la Majorité présidentielle, de certains opposants pro-dialogue et d'une partie de la Société civile. La cérémonie a eu lieu à l’hôtel Béatrice, non loin du boulevard du 30 Juin.

Pour la composante Opposition, on a remarqué, en dehors de ceux de l'UNC de Vital Kamhere et alliés, la présence souvent des opposants limogés, à savoir Bruno Mavungu, ex-secrétaire de l'UDPS, Albert Moleka, ex porte-parole déchu d’Étienne Tshisekedi, Samy Badibanga, ex UDPS et parlementaire, mais aussi José Makila, gouverneur du Sud Ubangi, le sénateur Mokonda Bonza, ancien directeur de cabinet de Mobutu et candidat à la présidentielle passée et à venir. Que de menus fretins donc, venus davantage embellir le décor que pour représenter l'opposition.

Entouré notamment des représentants de la Communauté économique des pays de l’Afrique australe (SADC) et de l’ONU, Edem Kodjo, facilitateur de l’Union africaine, a martelé, sans convaincre, que « pour ce processus de dialogue qui se tiendra conformément à la Constitution congolaise et à la résolution 2277 du 30 mars 2006 du Conseil de sécurité des Nations unies, les questions de fond seront traitées lors des pourparlers proprement dits entre les parties prenantes ».

Le facilitateur chahuté par la Société civile

Mais d'emblée, le facilitateur n'a pas réussi à faire l'unanimité, preuve de la précipitation dans l'organisation des assises, sûrement par crainte qu'il ne soit démissionné, comme le réclame une partie des politiciens. Des délégués de la Société civile, notamment, ont ainsi chahuté le facilitateur Edem Kodjo alors qu’il s’adressait encore à l’assistance.

M. Joseph Zagabe, qui s'exprimait dans une grande colère après avoir constaté que les personnes qui représentent la Société civile ne sont pas les bonnes, mais choisies selon des critères inconnus d'elle, n’a pas reçu la réponse du facilitateur, la séance s'étant clôturée dans une indescriptible cohue.

"Edem Kodjo a confectionné des listes fantaisistes. La société civile, qui demande sa démission, se rend compte que la facilitation dispose des listes de l'Opposition et de la Majorité, mais pour la Société civile, les gens ont été choisis par la majorité. Kodjo génère des conflits. Ce n'est pas un facilitateur. Kodjo n'agit que par lui-même. Il a inscrit d'autres noms sur ,notre quota. il est corrompu, il est manipulé. Ce dialogue est nul", a martelé ce représentant de la Société civile, ajoutant : "Nous le récusons comme l'a fait le Rassemblement de l'opposition".

Dialogue non conforme à l'ordonnance le convoquant

Néanmoins, plusieurs partis et personnalités de l’opposition regroupés au sein du « Rassemblement » autour d'Étienne Tshisekedi, président de son Comité des sages, ont boudé les travaux préparatoires de ces pourparlers, soupçonnant l’ancien Premier ministre togolais de jouer le jeu du pouvoir.

De même, le Mouvement de libération du Congo (MLC) de Jean-Pierre Bemba s’est déclaré « non concerné » par le dialogue tel que convoqué par le président Joseph Kabila. L’Opposition républicaine (OR), regroupement politique de Léon Kengo wa Dondo, lui a également emboîté les pas. « L’Opposition républicaine n’est absolument pas représentée aux travaux préparatoires du dialogue », a affirmé Franck Mwe Di Malila, proche de Kengo et vice-ministre de la Coopération internationale et de l’Intégration régionale, qui précise :« Nous ne sommes favorables à un dialogue que si ce dernier est inclusif ».

Dans leur entendement, le "Dialogue inclusif" implique nécessairement la participation des formations et regroupements politiques tels que la Majorité présidentielle (MP), le Parti lumumbiste unifié (PALU), l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), le Mouvement de libération du Congo (MLC), le G7, l’Union pour la Nation congolaise (UNC) ainsi que l’OR, afin de se conformer à l’esprit de l’ordonnance du président de la République le convoquant, et la Résolution 2277 du Conseil de Sécurité de l’ONU. Or, les travaux du Comité préparatoire qui ont été lancés hier, de l’avis du député Bofassa, ne tiennent pas compte de tous ces préalables. C’est pourquoi, l’OR ne se sent pas concernée par ce processus ».

L'UNC bien présente mais sans son n° 2

Par contre, sont bien présents les délégués des l’Union pour la nation congolaise (UNC) de Vital Kamerhe et ses alliés. Aussi, Jeannot Mwenze Kongolo, Lusenge Bonane et Pierre Kangudia étaient bien présents comme délégués du parti de Vital Kamerhe, ravivant de plus belle le débat sur "le véritable statut" de ce parti et de son chef Vital Kamerhe. Jean-Bertrand Ewanga, quant à lui, a boudé la cérémonie en raison, précise-t-il, du mot d’ordre de ville morte.

« Je vous confirme que je n’irai pas aux travaux du comité préparatoire mardi. Je considère que j’appartiens à une grande famille de l’opposition. Comme il y aura ville morte, on ne verra pas ma tête à la réunion du comité préparatoire. Pour le prochain jour, on va voir », a rassuré le N°2 de l’UNC, qui a finalement pris l'habitude de se démarquer de son président Kamerhe. On l'avait déjà remarqué lors des assises de Genval, où il s'était présenté en électron libre, c'est-à-dire non mandaté par l'UNC son parti, qui avait refusé d'y participer.

On a même aperçu Bruno Mavungu, limogé de l'UDPS le mercredi 10 août se présenter pour le compte de L’Union des Démocrates pour la renaissance du Congo, son nouveau parti créé il y a moins de 15 jours à peine et qui ne représente que le fondateur et son épouse. On se demande comment le facilitateur s'y est pris pour l'inclure. Mystère en tout cas

Prochain épisode jeudi

Mandataire du RCD/Goma, Azarias Ruberwa, présent à la cérémonie, a regretté l’absence d’une partie de l’opposition à l’ouverture des travaux, appelant à un dialogue inclusif élargi à toute l’opposition. « L’absence d’une partie de l’opposition fait que le dialogue ne soit pas suffisamment inclusif. Il est vrai que ce n’est pas l’unanimité qui est derrière la notion d’«inclusivité» mais il faut que toutes les parties soient suffisamment représentatives», a-t-il estimé.

Pour le ministre Alexis Thambwe Mwamba de la MP, ceux qui veulent rejoindre le dialogue « peuvent venir à tout moment ». Après un bref huis clos, les participants ont reçu chacun une ébauche de la feuille de route préparée par la facilitation. Les délégués se réuniront à nouveau jeudi pour débattre de ce document avant son adoption.

Les militants du PPRD et de l'UNC côte à côte - Des opposants présentsLes militants du PPRD et de l'UNC côte à côte - Des opposants présents

Les militants du PPRD et de l'UNC côte à côte - Des opposants présents

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