Ouverture du Dialogue sans l'opposition : Qu'est-ce qui se passera après ? Analyse de Jean-Cornelis Nlandu

Publié le par Jean-Cornelis Nlandu-Tsasa

Jean Cornelis Nlandu, Rédacteur en chef du Signal
Jean Cornelis Nlandu, Rédacteur en chef du Signal

Bruxelles, 25/08 - Le Dialogue politique s'est ouvert à Kinshasa, mardi, après avoir peiné neuf mois durant à se mettre en branle, à cause de diverses tergiversations principalement de la part de l'opposition congolaise dans sa pluralité. Il a donc fallu autant de mois au Facilitateur Edem Kodjo pour pouvoir arrondir les différents angles de la quadrature du cercle, sans succès d'ailleurs.

Le forum, sensé être inclusif, c'est-à-dire réunir les diverses tendances politiques et la Société civile sans exclusive, s'est ouvert sans les gros bras de l'opposition et sans "la vraie société civile", à entendre les cris de protestations qui ont entaché la séance inaugurale, clôturée d'ailleurs dans un désordre de foire.

La Majorité présidentielle, à savoir le PPRD et alliés, y est présente, tout comme certains menus fretins de l'opposition, immédiatement révoqués par leurs regroupements. Même les modérés de l'Opposition républicaine (OR), poche de Kengo wa Dondo, ont boudé la réunion pour absence d'inclusivité justement. Ainsi, l'ordonnance convoquant les assises n'est finalement pas respecté. La logique voudrait que cette réunion soit déclarée " illégale". Mais ça, c'est la logique mathématique. Et dans un pays où rien n'est plus logique ....

La RDC de plain pied dans une zone de turbulence

Après cette séance d'ouverture chahutée, de par la précipitation qui a caractérisé sa convocation, qu'est-ce qui va se passer ? Il faut vraiment être un devin pour répondre correctement à cette interrogation. Néanmoins, des devins, il y en a dans la majorité présidentielle, qui prédisent que "rien ne va se passer".

Pas si sûr en tout cas, de l'avis de ceux qui ont encore les pieds sur terre. Les observateurs les plus lucides estiment, en effet, qu'à partir de la "Journée ville morte", sanctionnée par une réussite relative - ce qui est déjà un excellent résultat car montée sans les grands moyens de propagande dont use et abuse le gouvernement - journée qui a coïncidé avec l'ouverture des travaux préparatoires au dialogue, la RDC entre de plain pied dans une zone de forte turbulence. Les premiers signes ne sont d'ailleurs pas trompeurs.

Le bras de fer entre le pouvoir et l'opposition est aujourd'hui engagé, l'un et l'autre restant campés sur leurs positions. Chaque camp dispose de solides alliés : le pouvoir jouissant des armes, des gaz lacrymogènes et tout l'arsenal d'une justice sous sa botte, l'opposition se targuant se son côté d'une "rue" acquise à sa cause, de surcroît chauffée à vif par la misère noire et un salaire de pacotille, si elle n'est carrément assujettie à un chômage de longue durée.

Pire, l'opposition s'est fixé une ligne rouge, que lui autorise une Constitution votée par les deux chambres, sanctionnée par l'ensemble de la population par référendum et promulguée par le président Joseph Kabila, plaçant au 19 décembre la fin de règne de ce dernier et lui interdisant par de briguer un nouveau mandat. Elle l'a baptisée "le préavis" expirant à cette date. Elle se targue par ailleurs de la Résolution 2277 du Conseil de sécurité de l'ONU enjoignant Kinshasa de respecter la Constitution, donc constatant le départ de M. Kabila en décembre.

La MONUSCO est du même avis. Son porte-parole Félix-Prosper Basse a affirmé, le mercredi 24 août à la conférence hebdomadaire des agences de l'Onu en RDC, que son organisation "se bat bec et ongles pour que le Dialogue national en chantier soit inclusif, afin d'asseoir sa crédibilité". Paraphrasant, à cet effet, le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, le lieutenant-colonel Basse a rappelé que dans sa résolution 2277 (2016), le Conseil de sécurité des Nations Unies souligne l'importance de l'organisation d'élections présidentielle et législatives "qui respectent les délais prévus, conformément à la Constitution". Là, le piège se referme sur Kinshasa.

Pas d'élection avant 2017 pour la CENI

Le pouvoir, de son côté, continue de bomber le torse, fort de l'arrêt de la Cour constitutionnelle prolongeant le règne de son mentor à l'absence d'élections. Mais aussi revigoré par la dernière sortie médiatique du président de la Commission nationale électorale (CENI), Corneille Nangaa, qui a annoncé urbi et orbi que la présidentielle ne pouvait avoir lieu avant, au mieux, juillet 2017. Le piège semble être déjoué. Même si le pouvoir est totalement responsable du manquement, de l'avis général - ce n'est pas à moins d'une année de l'échéance que l'on peut enfin commencer à songer aux élections dans un pays immense, dont les dimensions sont enseignées depuis l'école primaire.

Kinshasa, en dehors de son armada militaire et policière, peut également compter sur l'imagination de deux ou trois talentueux communicateurs (ou manipulateurs, c'est selon) : le ministre Lambert Mende et le secrétaire général du PPRD Henri Mova, mais aussi le ministre de la Justice Alexis Thambwe Mwamba, capables de sortir de leurs casquettes des tours de prestidigitation du genre " respect de la souveraineté nationale", "non à l'intrusion étrangère", ou réchauffer des termes désuets du temps des Bolchevik tels "impérialistes occidentaux".

Et pourquoi pas rééditer les derniers exploits du genre "mercenaires étrangers" comme au Katanga lorsqu'il fallait chercher à disqualifier un adversaire gênant, en l'occurrence Moïse Katumbi, ou encore la der des ders : "des islamistes et des djihadistes à l'est", pour justifier l'injustifiable. N'a-t-on d'ailleurs pas lu un tweet de Mova, annonçant sans rire que "même aux États-Unis il n'y a pas de ville morte", comme si dans ce pays il y a violation de la constitution, des arrestations pour délit d'opinion ou des fermetures de médias proches de l'opposition.

Et après ?

Le décor ainsi planté, l'on est en droit d’affirmer, sans le moindre risque de se gourer, que les Congolais sont mal barrés. Et la RDC loin d'échapper au spectre d'incertitude qui l'a hantée autour des années '90 sous Mobutu, c'est-à-dire un État échappant à tout contrôle, où les tenants du pouvoir vont se délecter à piocher dans les caisses publiques pour assurer leurs arrières, alors que la population s'enfoncera dans la misère la plus noire, sans espoir du lendemain et avec tous les risques de révoltes populaires d'envergure.

Mais, n'aurait-il pas été plus constructif de la part de l'opposition, pour paraphraser La Libre Belgique, "de participer au Dialogue et d'en obtenir un ordre du jour conforme à la résolution 2277, quitte à se retirer si ce n'est pas le cas" ? La question reste posée.

Notre rédacteur en chef : Avec Mr et Mme l'ambassadeur en Belgique - Avec deux jumelles candiates Miss Belgique Notre rédacteur en chef : Avec Mr et Mme l'ambassadeur en Belgique - Avec deux jumelles candiates Miss Belgique

Notre rédacteur en chef : Avec Mr et Mme l'ambassadeur en Belgique - Avec deux jumelles candiates Miss Belgique

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article