UDPS : Un secrétaire général de combat dans la perspective de l'expiration du « préavis » à Kabila

Publié le par Jean-Cornelis Nlandu-Tsasa

Le jeune nouveau secrétaire général de 35 ans (en béret)
Le jeune nouveau secrétaire général de 35 ans (en béret)

Bruxelles, 14/08 - M. Étienne Tshisekedi, président de l'UDPS et du Conseil des sages du Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement, vient de limoger le secrétaire général de son parti, Bruno Mavungu, qui et remplacé par Jean-Marc Kabund-a-Kabund, jusque là président de la Fédération de la province du Haut-Lomami, avec résidence à Kamina, jugé plus proche de la ligne radicale défendue par Étienne Tshisekedi par rapport au dialogue politique convoqué par le président congolais Joseph Kabila

Même si la décision révoquant Mavungu est lapidaire, des milieux proches de l’UDPS estiment que l'ancien secrétaire général était l’objet de contestations de la part de plusieurs structures de base, en raison de son manque d’anticipation face aux événements et du déficit d’initiatives, notamment pendant les deux années d’absence d’Étienne Tshisekedi du pays.

La même source reproche au secrétaire général limogé une attitude jugée trop complaisante vis-à-vis du camp du président Kabila et sa distance fce aux "actions communes" à engager au niveau de l’Opposition pour dénoncer les velléités de « glissement » du pouvoir en place. Aussi, lors des manifestations de janvier 2015, il avait déclaré la veille que son parti n’était pas concerné, forçant Étienne Tshisekedi d'intervenir personnellement à partir de Bruxelles, en janvier 2015, pour recadrer et saluer le courage du peuple congolais qui avait dénoncé le tripatouillage de la loi électorale et les velléités de « glissement » du pouvoir en place.

Un quotidien kinois signale par ailleurs plusieurs cadres et combattants avaient déserté la permanence du parti au profit de la résidence du président national, alors même que ce dernier était absent de Kinshasa. Ils réagissaient ainsi contre l'« indépendance » et l'« autonomie » qu'avait pris Bruno Mavungu dans ses déclarations, souvent en contradiction avec la ligne dure du parti.

Kabund-a-Kabund pour son expérience dans le combat

« Il nous faut maintenant un secrétaire général de combat », a expliqué à Jeune Afrique une source, confirmant ainsi la radicalisation d’Étienne Tshisekedi par rapport au dialogue, qu'il considère comme une manœuvre dilatoire visant à faire avaliser un report de l’élection présidentielle.

Jean-Marc Kabund-a-Kabund, jeune cadre du parti âgé de 35 ans, remplit parfaitement ce critère, à croire un cadre de l'UDPS. Décrit comme un grand activiste, il aligne à son palmarès plusieurs actions de protestation contre Kinshasa, ponctuées d'arrestations à répétition et des détentions prolongées dans les geôles des services spéciaux. Sa dernière arrestation remonte au 23 janvier 2015, à l’occasion des manifestations contre la tentative de révision de la Loi électorale par la Majorité présidentielle, signale-t-on.

Sans nul doute que Jean-Marc Kabund-a-Kabund débarque à Kinshasa fort de son expérience des combats menés au Katanga, alors pieds et mains liés acquis à Joseph Kabila, en vue de grandes manœuvres que projette le Rassemblement de l'opposition, coaché par l'UDPS, dans la perspective d'actions de pression sur le pouvoir pour d'obtenir l'élection présidentielle dans les délais constitutionnels - le "préavis" accordé au "locataire du palais présidentiel" courant du 19 septembre au 19 décembre 2016.

Bien que le nouveau secrétaire général ait donc été choisi pour ses aptitudes au combat, des observateurs croient plutôt savoir que le rapprochement du parti avec Moïse Katumbi, également du Katanga et candidat proclamé à la présidentielle, a milité pour l'éviction de Mavungu et l'arrivée de Kabund. Certains autres vont jusqu'à conclure que ce remue-ménage est la conséquence du "hold up" de l'ancien gouverneur du Katanga sur l'UDPS comme rampe de lancement pour la magistrature suprême.

L'UDPS se ressaisit après plus de 30 ans de disette

C'est depuis plus de 30 ans que l'UDPS a toujours navigué dans l'opposition, avec des fortunes diverses mais surtout beaucoup de bas. En effet, tous les co-fondateurs de ce parti sans exception ont déserté la case, considérant Étienne Tshisekedi, étroitement encadré par un puissant lobby luba, comme trop ombrageux. Certains d'entre eux sont d'ailleurs morts dans le dénuement général, alors que le Sphinx de Limete, lui, était à l’abri du besoin.

Au moment où l'autre pendant de la vieille opposition, le PALU d'Antoine Gizenga, a préféré s'allier au pouvoir de Kabila, question d'amasser une fortune suffisante pour les vieux jours de ses cadres - le parti ayant acquis la Primature a effectué une véritable razzia des postes gouvernementaux et dans les entreprises publiques - les militants de l'UDPS ont, eux, continué à broyer du noir dans une opposition que la prise du pouvoir fuyait depuis 1990 et même avant. Plusieurs d'entre se sont progressivement désolidarisés.

Pas plus tard que l'année dernière, le parti s'était séparé de 27 cadres grincheux qui ne voyaient plus d'avenir avec le vieil opposant. Aussi, le deal conclu avec Moïse Katumbi semble sûrement participer de la "real politik" visant à maximiser les chances de l'UDPS d'enfin goûter au pouvoir, après des dizaines d'années de galère meurtrière. C'est vrai qu'on ne fait pas de politique dans la misère. La riche province minière, jadis acquise au camp présidentiel et qui est en train de basculer dans l’opposition grâce à Moïse Katumbi, devient ainsi un enjeu de taille pour l’UDPS, jusque-là implantée dans les Kasaï et à Kinshasa.

Mais, même démis de ses fonctions, Bruno Mavungu n’a pas tardé à réagir, dénonçant, dans une déclaration, l’existence de prédateurs qui prennent en otage le parti. Parmi eux, il cite Félix Tshisekedi Tshilombo, fils d’Étienne, qu’il désigne comme étant le vrai problème. Mavungu dit ne pas baisser les bras, promettant de vouloir continuer sa lutte dans l’objectif de "libérer l’âme du parti" en la débarrassant de ce qu’il qualifie d’"insectes qui rongent la structure". Avec quels moyens néanmoins ?

Bruno Mavungu, le secrétaire général limogé

Bruno Mavungu, le secrétaire général limogé

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article