Bana Congo ou La lutte de la Diaspora congolaise pour un Etat de droit : Devoir de mémoire

Publié le par Jean-Cornelis Nlandu-Tsasa

Bana Congo : D. Ramazani, S. Cipayi et H. Muke
Bana Congo : D. Ramazani, S. Cipayi et H. Muke

Par Arnaud-Chris Lukamba Niolo

Bruxelles, 30/08 - On ne l'a pas beaucoup souligné, la déclaration finale du Conclave de l'opposition, tenu en juin dernier à Genval, a fait la part belle à "l'ensemble de la lutte menée par la Diaspora congolaise en vue de l'instauration d'un État de droit en RDC". L'occasion nous est offerte pour rappeler ici les péripéties ayant marqué cette aventure, dont le début remonte à 2004.

En effet, la première fois que le monde découvre la lutte de la Diaspora, dans sa forme actuelle, est en décembre 2004 dans le Numéro Zéro du magazine Le Signal, qui paraissait à Bruxelles jusqu'en 2006. Le Signal Magazine accompagnera désormais la diaspora tout au long de son combat, le journal ayant été créé par son promoteur, Nathalis Bodo Malonda, principalement comme un organe de liaison des Congolais vivant à l'étranger. La rédaction comprenait alors M. Jean Cornelis Nlandu comme rédacteur en chef ainsi que Francis Luther Kalombo (pas le politicien) et Mlle Djia Mambu, journalistes.

La naissance de Bana Congo

Dans son numéro inaugural, le magazine s'est intéressé à un groupe de jeunes gens, les "Bana Congo", qui venaient d'inventer une nouvelle manière de s'opposer au pouvoir de Kinshasa : la violence. Pourquoi ? "La violence est l'unique langage que Kinshasa comprend", explique le groupe, qui est dirigé par un quatuor de choc : Henri Muke, président, Samson Cipayi Mukuta, Aubin Kikonka et Didier Ramazani, vice-présidents.

Alors que les concernés préfèrent que l'on parle d'eux comme "Bana Congo : Groupe de pression", Le Signal écrit : "Trouble-fête pour les uns, patriotes déterminés pour les autres, les 'Bana Congo' ne laissent plus indifférents sur leur passage. Ce petit noyau de jeunes Bruxellois, pour la plupart, a surgi du néant lors des manifestations qui ont ébranlé la diaspora à Bruxelles, après la chute de la ville congolaise de Bukavu, œuvre du général Nkundabatware et de son compère le colonel Jules Mutebusi" le mercredi 2 juin 2004.

"Le mouvement a pour objectif d’instaurer la démocratie, le progrès et le développement dans notre pays", écrit également fin 2004 le magazine C-RétroActuel de notre ami Tito Kanza, qui a connu le groupe au même moment. Mais le mouvement Bana Congo existait depuis avril 2004.

Les Bana Congo occupent l'ambassade du Congo à Bruxelles

Les Bana Congo réussiront leur plus grand coup d'éclat en juillet 2005 avec la prise de l'ambassade du Congo à Bruxelles, sous l'ambassadeur Jean-Pierre Mutamba. Ce jour-là, les Bana Congo assistés de l'APARECO Makolo Kotambola et quelques activistes, dont des femmes, séquestrant l'ambassadeur et quelques uns de ses collaborateurs, à la suite de la mort de 10 manifestants abattus à Kinshasa après l'annonce de la prolongation de la transition fin juin 2005. Ils rééditeront l'exploit sept ans plus tard, le mercredi 21 novembre 2012, sous Henri Mova Sakanyi, après l’occupation de Goma par les rebelles du M23.

La victime suivante sera M. Vital Kamerhe, le 22 juillet 2005 à Paris. Sous le titre "Kamerhe : Tout sur son lynchage à Paris", l'envoyée spéciale du magazine Le Signal relate : " Alors qu'il aborde le point sur les victimes de la manifestation du 30 juin 2005 à Kinshasa, Vital Kamerhe, secrétaire général du PPRD, minimise malencontreusement les faits.". C'est alors que Henri Muke, président de Bana Congo, bondit de son siège pour déverser sa colère sur le conférencier. Ses compagnons venus de Belgique se mettent en choeur à agresser verbalement le secrétaire général. Les opposants de Paris, plus agressifs encore, vont se montrer déterminés à ne plus laisser la parole à Kamerhe, qui n'aura la vie sauve que grâce à l’intervention des CRS français".

La résistance s'internationalise

Dans la foulée, la lutte va s'internationaliser et gagner pratiquement toutes les grandes métropoles d'Europe et d'Amérique, mais aussi l'Afrique du Sud. Si le lundi 28 novembre 2005 à Bruxelles, le président de la CENI d'alors, l'abbé Apollinaire Malu-Malu, va s'en tirer vivant grâce aux policiers venus en nombre, alors que les Bana Congo l'ont brutalisé et mis pratiquement à genoux, au moment où il débutait sa conférence sur le processus électoral alors en cours, She okitundu, lui, subira l'humiliation suprême à Londres, le 11 octobre 2006.

Au cours d'une conférence de presse sous haute surveillance policière, le 13 octobre 2006 à Bruxelles, les stigmates bien visibles avec une plaie ouverte au front, She Okitundu, alors directeur de cabinet du président Kabila, confesse : "Deux gars costauds se sont occupés de moi, d'autres ont choisi l'ancien ambassadeur et le représentant du PPRD à Londres avec lesquels j'étais.

Ces voyous étaient armés de barres de fer et de bâtons. Mon dos est complètement balafré. Ils nous ont complètement déshabillés. Je suis resté complètement à poil, sans aucun habit. J'ai été couché par terre, j'ai reçu toutes sortes de coups et cela a duré une bonne demi-heure".

Léon Kengo wa Dondo

Un autre dignitaire, Léon Kengo wa Dondo se fera massacrer le samedi 31 décembre 2011 à Paris. Lambert Mende explique : "Le président du Sénat a été agressé en gare du Nord par les bandes de ceux qui s'appellent les ‘combattants’ proches d’Étienne Tshisekedi".

Le journal français Le Monde rapporte pour sa part : "Léon Kengo wa Dondo, 76 ans, est arrivé samedi en train depuis Bruxelles à Paris, gare du Nord à 17h, où une voiture avec un chauffeur l'attendait. Alors qu'il pénétrait dans le véhicule, il a été frappé par des hommes pouvant être des compatriotes. La voiture, avec à bord M. Kengo, a pu démarrer, mais a été bloquée dans des embouteillages et à nouveau cernée. il a été hospitalisé près de la gare du Nord, dans le nord de Paris, dents arrachées après avoir été roulé à terre et piétiné".

D'autres cas de violence sur des personnes proches de Kinshasa seront signalés en Afrique du Sud notamment. Mais dorénavant, les dignitaires du régime ne voyageront plus que déguisés, comme ce dignitaire arrivé en Belgique où son épouse était décédée, et évitant au mieux toute proximité avec les milieux fréquentés par les compatriotes. L'ancien ministre de la Culture Christophe Muzungu, qui s'était aventuré au quartier Matonge de Bruxelles, a dû exceller au sprint pour échapper à ses poursuivants, qui l'avaient reconnu.

Embargo contre les musiciens congolais

Ce sont les combattants de Londres, qui prendront l'initiative de décréter, en 2006, un embargo total contre les productions scéniques des artistes congolais en Europe, au motif que " la république est en deuil et les Congolais n'ont pas à faire la fête". D'autres combattants estiment que "les musiciens ont fait preuve de complaisance vis-à-vis du régime. Ils n'ont rien à faire en Occident". L'interdiction court toujours plus de 10 années après.. Mais des scènes cocasses vont se dérouler chaque fois qu'un musicien tentera de braver l’interdiction.

Tshala Muana et Meje 30, avec leur groupe Dynastie Mutuashi, ont tenté de contourner l'interdit en allant se produire à Johannesburg en Afrique du Sud. Mal leur en a pris. Lors du premier concert à l’occasion d'un mariage, une somme de deux mille dollars américains a été payée pour amadouer les manifestants venus par centaines et déterminés de casser la figure à la "Reine de mutwashi", tandis qu'au deuxième, pour l'ouverture d'un dancing congolais, 500 dollars ont été suffisants.

Il s'agissait, selon la presse, de "manifestants instrumentalisés par les Combattants de Londres, une réplique des fameux Bana Congo de Belgique et de France. Cette corruption n'a pas empêché des accrochages entre combattants et une soixantaine de policiers sud-africains appelés à la rescousse pour escorter Tshala Muana et sa délégation jusqu’à l’aéroport pour son retour à Kinshasa.

JB Mpiana et Fally Ipupa dans le collimateur

A Paris, le bras de fer engagé par JB Mpiana pour son concert prévu au Zénith le samedi 21 décembre 2013 a aussi tourné en sa défaveur, les combattants de Belgique, de France et de Londres s'étant concertés pour faire la jonction dans la capitale française. C'est la direction de la célèbre salle qui annoncera l'annulation sur son site internet.

Toujours à Paris, les combattants ont passé toute une nuit de sit-in devant le Zénith de Paris où Fally Ipupa était annoncé en mars 2011. Il a finalement dû se produire devant des chaises vides.
Têtu comme une mule, il tentera de récidiver le 29 Mars 2013, mais unis comme un seul homme, les "patriotes de la Résistance congolaise" (PRC) communément appelés «Les Combattants», ont fait annuler le concert de l'artiste musicien à l'Alizé Club de Paris, dans une opération dénommée " Paris ne tombera jamais ".

L'héritage de Bana Congo

Si les Bana Congo sont aujourd'hui invisibles des radars comme groupe indépendant, ils se sont dissouts dans l'Internationale congolaise de la résistance, dont les acteurs sont généralement connus sous l'appellation de "combattants" ou de "résistants congolais", principalement basés à Bruxelles, Londres et Paris. Un phénomène sociologique difficilement contrôlable aujourd'hui, Kinshasa confondant d'ailleurs tout Congolais de la Diaspora comme étant un "combattant".

Plusieurs actions de récupération avaient déjà été enregistrées dans l'histoire de cette résistance, dont celle de Louis Michel pour le compte du MR pour la collecte des voix des nouveaux Belges, ou encore celle de Bob Kabamba pour le CdH, lesquelles avaient toutes échoué.

Mais nous apprenons des sources proches de Bana Congo que le plus coriace d'entre eux, Didier Ramazani, a été récupéré par Kinshasa où il œuvre dans les services, tandis que Henri Muke, la tête pensante du groupe, qui avait souvent fait l'objet de plusieurs soupçons de récupération et de corruption, a été aspiré par l'APARECO, avant de totalement disparaître du décor bruxellois.

L'APARECO Makolo Kotambola, qui n'était jamais loin de Bana Congo, a de son côté rejoint le camp de Kabila, où il excelle aujourd'hui dans la danse du ventre à la télévision comme dans les réseaux sociaux. Aux dernières nouvelles, nous apprenons qu'il vient d'être révoqué de son poste de conseiller au ministère de l'Intérieur pour "trahison et excès de zèle".

Aubin Kikonka (2è) - Dr Alongo, également actif à Bruxelles
Aubin Kikonka (2è) - Dr Alongo, également actif à Bruxelles

Aubin Kikonka (2è) - Dr Alongo, également actif à Bruxelles

Le numéro zéro du Magazine Le Signal
Le numéro zéro du Magazine Le Signal

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