Du rififi au dialogue politique inclusif : Vers l'impasse ?

Publié le par Jean-Cornelis Nlandu-Tsasa

Les participants au Dialogue
Les participants au Dialogue

Bruxelles, 02/08 - Si les travaux du dialogue politique ont bel et bien été lancés le jeudi 1er septembre 2016 à Kinshasa malgré les préalables de l'opposition non encore rencontrés et donc l'absence des poids lourds de l'opposition, ces assises sont déjà suspendus, pour cause d'insatisfaction généralisée et du malaise des délégués.

Les participants - près de deux cents délégués étiquetés de l’opposition, de la majorité et de la société civile - se sentent déjà à l'étroit, compte tenu de l'absence des autres, déterminés à demeurer à l'écart. En effet, alors que certains communicateurs de la Majorité, toujours excités, se délectaient de l'ouverture sans ressasser les faits, les premiers concernés, surtout ceux se réclamant de l'opposition - Kengo wa Dondo et Kamhere en tête - sont tourmentés dans leur conscience, accusés de cautionner le "glissement" du mandat de Joseph Kabila au-delà du 19 décembre 2016.

Un autre motif de l'absence de satisfaction de ces "opposants" se trouve dans l'une des dernières déclarations du Rassemblement où il est question d'appeler la population congolaise à ne pas reconnaître les résolutions de ces travaux. Comme qui dirait que les participants allaient travailler pour du beurre. Mis à part la joie de percevoir un "per diem" conséquent, à la hauteur des bons et loyaux services rendus à la Majorité.

Tous les intervenants à l'ouverture déçus de la composition des délégués

Pour le facilitateur Edem Kodjo, il faut « que toute la famille se réunisse au grand complet ». Ce qui n'est pas le cas et qui justifie sa « main tendue en direction des partis qui ne sont pas encore avec nous dans la salle ». Même son de cloche pour le commissaire de l’Union africaine (UA) pour la paix et la sécurité, Smail Chergui, et le chef de la MONUSCO, Maman Sidikou, qui ont souhaité un dialogue « le plus inclusif et crédible possible » et regretté « l’absence d’une partie de la classe politique nécessitant de poursuivre nos efforts pour les amener à se joindre à ce processus en leur demandant de faire preuve de plus de flexibilité ».

Bref, hormis la MP qui se frottait déjà les mains pour avoir réussi son coup fourré, tous ceux qui raisonnent encore sont d'avis que le dialogue ne pouvait se poursuivre sous ce format, qui amènerait à l'impasse, lorsque l'on sait que l'ordonnance le convoquant faisait allusion à "l'ensemble de la classe politique" pour des "élections apaisées et crédibles". Le dialogue dans ce format n'était donc pas conforme à l'ordonnance du président congolais.

L'UDPS propose un nouveau format du Dialogue

Mais l'ouverture des travaux préparatoires et des travaux proprement dits a donné de nouvelles ailes à l'opposition réunie dans le Rassemblement autour du président de son Conseil des sages, Etienne Tshisekedi, aux termes d'une lettre transmise le 31 août 2016 aux missions diplomatiques.

Le Rassemblement dit continuer d'accepter le dialogue proposé par Kabila, mais entre d'un côté tous ceux qui sont présents à l'hôtel Béatrice, qu'il étiquette comme étant "la Mouvance kabiliste élargie et restructurée" et, de l'autre, "le Rassemblement des forces politiques et sociales et tous ceux avec qui il partage la vision", à raison de 50 délégués par camp et pas d'invité de la facilitation, parce que partie non prenante au dialogue.

En clair, le Rassemblement estime avoir mieux compris aujourd'hui la "vraie configuration" de la classe politique congolaise actuelle, qui ne renferme ni Kengo wa Dondo ni Vital Kamerhe dans les rangs de l'opposition, mais du pouvoir restructuré. Exit aussi des gars comme Bruno Mavungu et Azarias Ruberwa, injectés par Kodjo dans les rangs de "personnalités", sans justification.

Dans la correspondance, le président de l’UDPS réitère les conditions posées pour la participation de la plus grande plateforme de l’Opposition, à savoir la libération de tous les prisonniers politiques, la réouverture des médias fermés et l’arrêt des poursuites judiciaires et fiscales contre Moïse Katumbi.

Parler des élections, rien que des élections

Etienne Tshisekedi rejoint le discours de Kodjo, pour souligner que le dialogue dont question devrait débattre des matières limitées aux questions électorales: le fichier électoral, le calendrier et l'ordre de priorité des élections, la neutralité, l'impartialité et l'indépendance des services publics impliqués dans le processus, notamment la CENI, la Cour constitutionnelle, le Conseil supérieur de l'audiovisuel et de la communication (CSAC) comme l'armée et la police.

C'est dans le sens du malaire qui habite les participants qui se sont précipités au dialogue qu'il faut comprendre la suspension demandée par Vital Kamerhe pour prendre langue avec ceux qui sont dehors. Sera-t-il entendu, ou même reçu ? C'est une autre paire de manche.

Un nouveau coup de théâtre à relever est celui de l'Opposition républicaine de Léon Kengo wa Dondo, qui a menacé de susprendre sa participation au Dialogue, après la désignation "unilatérale" et sans justification de Vital Kamerhe à la co-modération pour le compte de l’opposition, regrettant au passage « l’ineffectivité du caractère inclusif du dialogue». Ceux qui sablaient déjà le champagne pour avoir réussi à ouvrir le dialogue, même sans la grande opposition, doivent se mordre les doigts. Alors que même pour Kodjo, pour l’Union africaine et pour la MONUSCO, "le vrai dialogue inclusif n'a pas encore commencé", pour paraphraser le Rassemblement.

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