Le quotidien kinois La Cité africaine : « Pouvoir au peuple ? »

Publié le par Jean-Cornelis Nlandu-Tsasa

Au siège de l'UDPS : "Le peuple d'abord"
Au siège de l'UDPS : "Le peuple d'abord"

Rien ne montre que la tragédie vécue ait eu prise sur le dialogue

Nous vous livrons ici l'éclairage fourni vendredi dernier par le journal La Cité africaine sur les violences meurtrières des 19 et 20 septembre et leur implication sur le dialogue :

« Alors que sont encore fumantes les cendres des sièges des partis de la majorité et de l’opposition incendiés lors des événements sanglants de lundi et mardi, c’est dans une atmosphère surréaliste que le dialogue politique national inclusif risquait de reprendre ses travaux vendredi, apparemment là où il les avait suspendus le week-end dernier. Jusque-là, rien ne montre que la tragédie vécue ait eu prise sur le dialogue.

Car, à suivre le facilitateur Edem Kodjo, les travaux n’avaient été arrêtés momentanément que pour ‘’une raison de décence et de convenance’’ face aux événements survenus. Tandis que pour le co-modérateur côté majorité, les événements de lundi et mardi n’avaient aucune raison d’être, vu qu’il se tenait un dialogue national. Et, pour celui issu de "l’opposition", les manifestations du début de semaine relevaient d’une simple manipulation du peuple dont les auteurs devront être sévèrement sanctionnés.

Vital Kamerhe renie son combat

Voilà un homme qui renie et invalide du coup ce qui avait été son combat lorsqu’il avait appelé le même peuple, aujourd’hui ‘’manipulé’’, à se prendre en charge pour défendre sa constitution. C'était les 19, 20 et 21 janvier 2015 ! A aucun moment donc l’on n’a perçu chez les principaux animateurs du dialogue du Mont Ngaliema des interrogations du genre : Quel est le message envoyé au dialogue par ces manifestations ? Dans quelle mesure le peuple croit-il que ce dialogue puisse apporter les solutions qu’il attend ? Si le peuple était en phase avec les dialogueurs, comment justifier qu’il soit descendu si massivement dans la rue ? Et comment expliquer ces actes sauvages, barbares et haineux contre les symboles du pouvoir et ceux qui s’y apparentent ?

Étrange et déroutante population congolaise que d’aucuns croiraient taillable et corvéable à merci, mais qui, quand on s’y attend le moins, est capable d’aller d’un excès à un autre sans crier gare ! Les enquêtes objectives diront sans doute ce qui s’est passé réellement, et pourquoi, lundi, une marche annoncée comme pacifique par ses organisateurs et acceptée par l’autorité compétente, a brusquement viré à la tragédie, avec des actes de vandalisme d’une brutalité inouïe, des dégâts matériels énormes et des pertes en vies humaines allant de 32, à 44,voire 100 morts, suivant les sources.

Les enquêtes objectives diront, pourquoi et dans quelles circonstances, mardi, à l’aube, des attaques ciblées ont été perpétrées contre les sièges de certains partis politiques, avec des incendies ayant carbonisé des êtres humains, tenus prisonniers dans les locaux et pris au piège des flammes.

Deux accords importants au dialogue

Entretemps, sauf donc remise en question de dernière minute, les lampions du dialogue de la Cité de l’Union Africaine devraient s’éteindre, avec à son crédit deux acquis importants. Premièrement, la conclusion d’un accord électoral. Les dialogueurs ont convenu d’une refonte totale du fichier électoral.

Majorité et Opposition au dialogue s’écharpaient toujours sur la question du chronogramme fixant la durée concrète des opérations d’enrôlement des électeurs et sur la date limite à ne pas dépasser pour la tenue de la présidentielle couplée aux législatives nationales et provinciales. La préoccupation de l’Opposition au dialogue est d’organiser la présidentielle dans les délais les plus proches possibles de ceux prévus par la Constitution, de manière à abréger le mieux qui puisse être le glissement.

Deuxième acquis du dialogue, la signature d’un compromis politique qui permettra une gestion consensuelle de la période allant de la fin du mandat constitutionnel du président Joseph Kabila à l’installation de son successeur élu. Un nouveau gouvernement impliquant les acteurs de la Majorité, de l’Opposition et de la Société civile présentes au dialogue sera mis en place.

On le sait d’ores et déjà, ce dialogue du Mont Ngaliema n’a rien à voir avec le dialogue de Sun City. Ce dernier fut une véritable constituante qui déboucha sur un accord global et inclusif et l’adoption d’une constitution de la Transition, ouvrant une nouvelle ère politique pour la RDC, avec des nouvelles institutions.

Là, l’on est dans un dialogue fortement encadré, dont les conclusions doivent formellement être prises en charge par les institutions existantes. Ce n’est au demeurant pas le moindre signe que la CENI doive recourir à la Cour constitutionnelle pour obtenir l’aval du glissement tel que décidé par ce forum.

Des décisions non exécutoires et non opposables à tous

C’est ici que se pose la question de la vraie nature juridique et de la force politique de ce dialogue. Car force est de noter que ses décisions ne sont pas exécutoires et opposables à tous. Il s’agit d’arrangements politiques entre groupes d’intérêts. Et si l’on peut s’autoriser à ne pas respecter les dispositions de la loi suprême du pays, qu’est-ce qui garantit que les conclusions du dialogue obligeront réellement à bonne fin ?

En outre, l’on sait que de larges franges de l’Opposition, la plus représentative politiquement et sociologiquement, de la Société civile et de la Diaspora, se sont mises en dehors de ce dialogue et ne se sentent ni concernées ni liées par ses cogitations. De plus, les émeutes survenues pour dénoncer la CENI de n’avoir pas convoqué le corps électoral pour la tenue de l’élection présidentielle dans le respect des délais prescrits par l’article 73 de la Constitution montrent clairement que le compromis politique conclu entre Majorité "Opposition" au dialogue n’a pas ramené l’apaisement souhaité.

Pendant ce temps, chaque camp dit se battre pour le peuple qu’il invite à user de son pouvoir. Comment ce peuple va-t-il user de la parole qui lui revient ? En suivant les conclusions du dialogue qui l’invite à attendre les élections le moment venu pour faire parler les urnes? Ou en s’alignant derrière l’Opposition radicale qui l’appelle à la révolution de la rue ?

Une chose est certaine : l’on n’a pas fini de regretter de n’avoir pas organisé les élections dans les délais. Plaise au Ciel que le sang des Congolaises et Congolais qui a coulé lundi et mardi éclaire l’atterrissage ce week-end du dialogue, pour un nouvel espoir! »
(Les sou-titres et les illustrations sont de Le Signal du Continent)

Des images mémorables de la colère de la rue les 19 et 20 septembreDes images mémorables de la colère de la rue les 19 et 20 septembreDes images mémorables de la colère de la rue les 19 et 20 septembre

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