RDC : Décompte macabre des violences multiformes à travers un pays à la dérive

Publié le par Jean-Cornelis Nlandu-Tsasa

Scènes de violences à Kinshasa le 19 septembre
Scènes de violences à Kinshasa le 19 septembre

Bruxelles, 25/09 - Depuis les émeutes ces dernières semaines à Kasumbalesa et à Kolwezi au Katanga pour protester contre le laxisme policier face aux tracasseries et à l'insécurité nocturne, faisant respectivement trois et deux morts, les observateurs n'ont plus eu le moindre doute sur l'état de la République démocratique du Congo, un pays à la dérive et voguant au gré des vagues, sans boussole.

Déjà, ce constat s'était imposé devant l'insécurité permanente à l'est, où l'on déplore chaque jour des victimes civiles, souvent charcutées à la machette, depuis près d'une vingtaine d'années. La population, elle aussi, en est aujourd'hui convaincue au vu de l'impressionnant arsenal militaire sorti pour traquer les civils à Kinshasa au lendemain des violences des 19 et 20 septembre. que lors les jours qui ont suivi.

"Si on avait envoyé tous ces lance-roquettes à l'est, la guerre serait déjà finie", s'est exclamé un habitant du quartier GB à Kinshasa face à un véhicule bondé de militaires lourdement armés venus encercler cette partie de la capitale.

Mais où va la République démocratique du Congo ?

C'est le titre évocateur de Le Point L'Afrique face à la recrudescence des violences meurtrières mettant en cause les agents de l'ordre pourtant chargés de la sécurité publique. Aussi, si pour La Libre Belgique de samedi, l'orage semble s’éloigner à Kinshasa, et s'est déplacée en provinces, alors que le "Dialogue" devant permettre au président Joseph Kabila de rester en place au-delà de la fin de son second mandat constitutionnel, le 19 décembre prochain, s'enlise, et que plusieurs ambassadeurs se sont rendus jeudi chez Étienne Tshisekedi pour en discuter.

Après la répression à balles réelles d’une manifestation autorisée de l’opposition qui a fait au moins 50 morts, selon l’Onu, la situation dans le reste du pays ne cesse pas d’inquiéter. Les explosions de violence populaire s’y multiplient, souvent liées à l’inaction de la police contre des bandits ou aux exactions de la police ou de l’armée contre la population. Comme s’il y avait un "ras-le-bol" face aux manquements et abus des autorités, dispensatrices de trop peu de services pour que cela compense leurs faillites, constate le quotidien belge.

L’aéroport de Kananga attaqué : Bilan officiel de 19 morts et 200 morts selon des notables

Ainsi, une attaque attribuée à la "milice" du grand chef Kamwina Nsapu a eu lieu jeudi vers 11h contre l’aéroport de Kananga. Dix-neuf personnes auraient été tuées et d’autres blessées, dont le commandant local de la police nationale. Trois élèves qui s’étaient jetés par la fenêtre dans un mouvement de a panique sont parmi les morts, alors que trois femmes ont été mutilées, dont une hôtesse de la compagnie aérienne nationale Congo Airways . Parmi ces morts, on compte aussi huit membres des forces de l’ordre et quatorze miliciens du chef coutumier Kamwina Nsapu.

La "milice" incriminée, composée de jeunes et d’enfants, a été formée il y a peu par Kamwina Nsapu, grand chef de Bashila Kasanga, près de Tshimbulu (à 17 km de Kananga), pour "débarrasser le Kasaï central de tous les services d’ordre", auteurs "de tracasseries en tous genres" envers la population. Il a été tué le 12 août dernier, lors d’une opération militaire à Tshimbulu.

Pour leur part, des "notables, personnalités politiques et civiles du Grand Kasaï" réunis à Bruxelles le 25 août font état de 150 morts, et jusqu’à 200 morts lorsque la répression orchestrée par des renforts dépêchés par Kinshasa a frappé les localités voisines, dont la mission catholique de Tshikula.

Lynchages et émeutes à Bukavu et Lubumbashi

Dimanche dernier, la population de Kavumu à 30 km de Bukavu, au Sud-Kivu, manifestait contre l’insécurité face au banditisme ayant occasionné 17 tués en trois mois, a incendié le parquet de grande instance, un cachot de la ville et le bureau d’une autorité administrative. Un civil a été tué par balles durant l’émeute ayant suivi deux journées "ville morte" de protestation, alors que deux bandits ont été lynchés et un nouvel assassinat de nuit a eu lieu.

Le vendredi 16, une autre émeute a eu lieu à Lubumbashi dans le Haut-Katanga, après que la police eut dispersé des jeunes de l'UDPS scandant le nom de l’ex-gouverneur Moïse Katumbi. Dans les heurts avec la police qui ont duré jusqu’au petit matin, avec pillage de grands magasins, 63 manifestants ont été arrêtés.

Treize morts dans un mouvement de panique à Beni

A Beni, où règne une psychose des tueries attribuées aux rebelles ougandais des Forces démocratiques alliées (ADF), treize personnes ont été tuées dans un mouvement de panique provoqué par des coups de feu tirés par un militaire ivre en tenue civile. Depuis octobre 2014, la ville et le territoire de Beni sont le théâtre d’une série de massacres ayant causé la mort de plus de 700 personnes.

Comme pour enfoncer le clou, la dame nature est venue apporter de sa touche. Dans la soirée de vendredi, les populations de Bukavu au Sud-Kivu ont été réveillés par plusieurs tremblements de terre qui ont coûté la vie à 6 personnes et blessé plusieurs autres, selon un bilan provisoire.

Dans cette déliquescence, tant l'Union africaine, les Nations unies, l'Union européenne que l'Organisation internationale de la francophonie, sans oublier les États partenaires comme la Belgique, tous ont lancent désormais un appel commun au calme, à un nouveau dialogue cette fois-ci "inclusif" et à la tenue rapide d'élections "crédibles" en RDC. Mais la recrudescence de manœuvres d'intimidations des leaders de l'opposition et d'arrestations massives de civils n'augurent rien de bon.

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Psychose généralisée en RDC

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