Election surprise de Trump : Kinshasa table sur la baisse de la pression diplomatique

Publié le par Jean-Cornelis Nlandu-Tsasa

Bruxelles, 10/11 - Joseph Kabila a été parmi les premiers chefs d’État africains à se précipiter pou féliciter Trump « pour sa brillante élection », via un message délivré par son directeur de cabinet. Dans l’entourage présidentiel, on pense en effet qu’avec le républicain à la Maison Blanche, les États-Unis seront moins interventionnistes sur le continent et moins « à cheval » sur le maintien au pouvoir « hors Constitution » de certains présidents. En d’autres mots, le président congolais estime avoir désormais les coudées franches pour contourner la modification de la Constitution à travers son « dialogue » et réaliser son « glissement ».

 

D'autres présidents autoritaires de la région comptent aussi sur une baisse de la pression diplomatique américaine pour poursuivre la répression de leurs opposants en parfaite impunité. C'est le cas du Burundais Pierre Nkurunziza, auteur d'un 3ème mandat contesté avec violences et des morts, et qui s'est également empressé à saluer la victoire de Trump, toute honte bue.

 

Selon les observateurs à Kinshasa, « c’était l’effervescence du côté des hommes au pouvoir à Kinshasa à l’annonce, le mercredi 9 novembre 2016, de la victoire surprise de Donald Trump sur Hillary Clinton, convaincus de la perspective d’un changement radical de la politique étrangère américaine à l’égard de l’Afrique en général et de la République démocratique du Congo en particulier.

 

Les politiciens de la Majorité sont convaincus que Trump va «effacer le tableau » du contentieux préélectoral, dont la non tenue de l’élection présidentielle en 2016, et des sanctions financières ciblées contre des dignitaires du régime fichés comme responsables du blocage du processus électoral et d’atteintes graves aux droits de l’homme.

 

Prudence du côté de l'opposition

 

L’opposition congolaise risque-t-elle de perdre un allié de poids dans sa lutte pour l’alternance politique ? Pas si sûr en tout cas, avec un Donald Trump qui, sans nul doute, est incapable de situer la RDC sur une carte, à moins de penser ce pays se trouve du côté du Vietnam, un pays que les Américains connaissent tous pour y avoir vécu un cauchemar militaire. Mais l’opposition, très prudente, s'est aussi prêtée, de manière tout aussi diplomatique, à l'exercice : elle a également félicité le nouveau président, via des messages de Moïse Katumbi, Martin Fayulu et Olivier Kamitatu notamment.

 

Parallèlement, sur les réseaux sociaux, certains fervents pourfendeurs du président Kabila sont allés jusqu'à festoyer à l'annonce de la défaite d’Hillary Clinton qui, selon eux, marque "la fin de l’axe du mal Clinton-Kagame-Kabila" pouvant ouvrir la voie à l’alternance politique. En effet, depuis le génocide rwandais en 1994 et les deux guerres congolaises (1996-1997 et 1998-2001), les opposants à Kabila voient derrière leurs malheurs la main rwandaise, tenue par les Clinton mari et femme.

 

Pas de changement de politique américaine selon les spécialistes

 

Pour leur part, les spécialistes de la politique africaine des États-Unis sont d’avis que celle-ci ne va changer d’un iota. D’autant que c’est à la demande du Congrès que l’administration Obama est passée à l’exécution des sanctions financières contre des « Kabilistes » jugés extrémistes. Comme d’ailleurs l’élargissement du cercle des « Kabilistes » à sanctionner pour leurs velléités de « glissement » du calendrier électoral pour maintenir leur poulain au pouvoir.

 

Aussi, étant donné que ce sont les Républicains qui ont la majorité au sein du Congrès, également le soubassement de la politique de l’Exécutif américain, Kinshasa se fait beaucoup d’illusions à espérer un changement de cap.

 

A contrario - on l'a remarqué dans les réseaux sociaux - le peuple congolais avait des raisons de redouter une victoire d’Hillary pour la forte proximité entre le clan Clinton et les maîtres de Kampala et Kigali, véritables créateurs de l’AFDL (Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo), d’où proviennent tous les malheurs.

 

En effet, c’est ce conglomérat d'aventuriers, selon les termes de Laurent-Désiré Kabila, qui excelle depuis bientôt vingt ans dans le pillage des ressources naturelles et financières du pays, qui est taxé de complicité dans la poursuite du génocide congolais, d'être l'auteur de l’insécurité récurrente, de la mauvaise gouvernance et la dilapidation de la richesse nationale dans des projets-slogans ou des projets au rabais du genre "Contrats chinois", "Cinq chantiers" et "Révolution de la modernité" sans la moindre retombée pour le social, d’une justice sélective et complaisante, plus friande de la traque des opposants mais allergique à la poursuite des cas de corruption et de détournements des deniers publics même avérés et dénoncés.

 

Le même conglomérat d'aventuriers est aussi reconnu responsable de tentatives d'effacement de la mémoire collective en corrompant à coup de milliers de dollars des historiens et des écrivains pour propager des mensonges, et surtout en omettant volontairement d'honorer les morts congolais, notamment Mgr Christophe Munzihirwa, les millions de morts à l'est, les 1 000 morts et 3 000 blessés congolais de la guerre Ouganda-Rwanda à Kisangani ou "Guerre des Six Jours", du 5 au 10 juin 2000, avec plus de 6 600 obus tirés.

 

Des élections « techniquement possibles en 2017 »

Le diplomate BrownPour preuve que la politique américaine risque de demeurer intacte, à peine le nouveau président élu, le chargé d’affaires de l’Ambassade américaine en RDC, David Brown, nargue la Majorité présidentielle, en estimant qu’il est "possible de raccourcir la période transitoire" et organiser le scrutin en 2017 et non en 2018. Il précise : « Nous croyons qu’il est à la fois techniquement possible et important pour la RDC d’organiser les élections présidentielle et législatives crédibles en 2017 ».

Les noms des futurs animateurs de l'Administration Trump commencent aussi à filtrer. A ce sujet, deux proches de Donald Trump sont pressentis pour hériter du dossier Afrique : Riva Levinson, mais surtout son directeur de campagne, le lobbyiste Paul Manafort, qui a déjà joué les conseillers en Afrique. Auprès d’Ellen Johnson Sirleaf du Liberia, mais aussi de Jonas Savimbi en Angola, Mohamed Siad Barre en Somalie,Teodoro Obiang Nguema en Guinée équatoriale, mais aussi Mobutu Sese Seko.

 

Chez les gens civilisés : "Pas de changement de la constitution ni manœuvres dilatoires pour un glissement"

Pendant que les dictateurs africains s'emploient à s’éterniser au pouvoir, le pays de l’Oncle Sam vient d’élire en toute transparence et démocratiquement son 45ème président à qui, la perdante Hillary Clinton a même présenté ses félicitations. Le deuxième et dernier mandat d'Obama arrive ainsi à son terme le 19 janvier 2017 conformément à la Constitution américaine. Le Président Barack Obama n’a pas cherché à changer les règles : changement de constitution, loi électorale taillée sur mesure, clientélisme avec les institutions en charge de la tenue et du contrôle des élections, chasse aux journalistes et aux défenseurs de droits de l’homme, bâillonnement de médias privés, isolement des opposants dont certains sont en prison ou contraints à l'exil, etc. !

Dans l’entre-temps, Donald Trump s'est rendu jeudi au Capitole avec la future première dame, pour admirer la place où il prêtera serment en tant que 45ème président des États-Unis. Il a ensuite pris ses marques à Washington, où il a été reçu par Barak Obama à la Maison Blanche, en toute décontraction pour des gens civilisés et respectueux des règles démocratiques. Pendant ce temps, l'ancienne et la nouvelle premières dames s'entretenaient à côté. Belle leçon d’alternance, seule gage de développement d'un pays, une notion contenue pourtant dans la Constitution de tous les pays.

 

 

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