Fin mandat Kabila : 20 morts parmi les manifestants rien qu'à Kinshasa

Publié le par Jean-Cornelis Nlandu-Tsasa

Bruxelles, 21/12 - La population congolaise n'a pas relâché la pression pour réclamer le départ de Joseph Kabila, dont le mandat s'est terminé depuis lundi minuit. Des manifestations ont été poursuivies mardi dans plusieurs villes de la RDC, réprimées parfois à balles réelles, occasionnant 20 morts rien qu'à Kinshasa.

Ce mercredi matin encore, si certains quartiers de Kinshasa sont calmes, comme à Bandalungwa, la situation est toujours hors contrôle dans les coins chauds comme N'Djili, Kingasani et Masina où on signale des pillages.

Lundi, peu avant minuit, des concerts de sifflets et des casseroles avaient retenti à l'unisson pour marquer la fin de l'ère Kabila dans les quartiers populaires de Kinshasa et Lubumbashi principalement. Plusieurs manifestants ont été arrêtés par les forces de l'ordre.
Si le nouveau Premier ministre, dont le gouvernement a été publié à la sauvette lundi à minuit, a tenté d'appeler la population mardi "au calme" et les agents de l'ordre "à la retenue", il n'a été entendu ni par les uns ni par les autres.

Mardi, les jeunes avaient constamment harcelé les policiers déployés en nombre sur toute la ville, essayant de les pousser à bout, surtout que ceux-ci ne disposaient ni d'eau ni de ration. À chaque tir de gaz lacrymogènes, les jeunes répondaient: "Bonne Année". A Kingabwa, la population est descendue dans la rue sous l'escorte de la MONUC, comme à Kintambo. On a signalé un début d'affrontements entre manifestants et forces de l'ordre sur la grande avenue Poids lourds à Kingabwa, à Selembao, Makala, Bandalungwa, Yolo, Matete (où la maison communale et le siège du PPRD ont été brûlés), N'Djili et Tshangu. Aucun commerce n'a ouvert et seuls quelques bus Transco ont circulé mais pratiquement vides.

L'ONU s'inquiète

Mardi, en effet, selon La Libre Belgique de ce mercredi, le bureau des droits de l'homme de l'ONU signalait à Reuters au moins "20 civils tués lors de manifestations avec les forces de sécurité". Des tirs nourris ont été entendus, mardi, sur l'avenue Route Matadi, non loin du Palais de marbre à Ngaliema. Par ailleurs, un habitant de Barumbu a indiqué au quotidien belge avoir entendu des coups de feu "presque continuellement de 8h30 à 11h" mardi. Ce qui nous a également été confirmé par une dame habitant Lingwala et une autre de Bandalungwa.

L'ONG Human Rights Watch rapporte aussi des rafles de jeunes par la Garde présidentielle.
Pour sa part, la mission de l'ONU en RD Congo (Monusco) a fait part de "sa profonde inquiétude" face à une "vague d'arrestations et de détentions au cours des trois derniers jours dans toute l'étendue" du pays. Depuis le 16 décembre, l'ONU "a recensé 113 arrestations dans le pays, dont des dirigeants et des sympathisants de l'opposition, des activistes de la société civile, des défenseurs des droits de l'Homme et des professionnels des médias".

Selon le communiqué de la Monusco, "la plupart" des arrestations recensées par l'ONU ont été effectuées par la police nationale congolaise (PNC), l'Agence nationale de renseignement (ANR) et la Garde républicaine, et ont eu lieu à Goma (est), Kinshasa et Bukavu (est)". Aucun signe de décrispation décelée donc auprès des autorités congolaises. Au contraire.

Des morts et des arrestations aussi en provinces

La répression ne s'est pas arrêtée à Kinshasa. En provinces également, des tirs nourris ont été entendus toute la matinée de mardi à Lubumbashi, au Katanga, occasionnant des morts, dont le nombre n'est pas communiqué. Dans la même province, malgré un imposant déploiement de forces de sécurité, des manifestants pro-Katumbi ont incendié des bureaux officiels dans les quartiers de Katia et Matshipisha, comme à Katuba et à Kenya, où l'école de Baba Zive, le commissariat et des véhicules de police ont été brûlés.

Deux entreprises chinoises situées sur la route Kipushi, à 15 km de Lubumbashi, ont été saccagées. La Caisse d'épargne "Tujenge" à Ndalamumba a été Incendiée. La veille, le grand tunnel reliant le centre-ville au Quartier Bel Air était déjà en feu. Des barrages de pneus en feu étaient visibles partout à la Kenya et Kisanga, alors que des effigies de Joseph Kabila étaient détruites, notamment boulevard M'Siri, signale le quotidien belge.

A Goma, au Nord-Kivu, onze opposants ont été arrêtés au moment de leur marche vers le centre-ville. Dans le Kongo Central, des affrontements ont eu lieu à Boma, où la situation est restée longtemps tendue et où on signale la mort de 5 civils. La même atmosphère d'apocalypse est également signalé à Matadi, notamment aux quartiers Bruxelles Sud et Baobab, où une personne a été tuée par balles.

A Kananga, théâtre d'affrontements quotidiens en révolte contre le régime, une nouvelle attaque des miliciens du désormais célèbre chef Kamwina Nsapu a provoqué la panique auprès de la population.

Pour sa part, le gouvernement belge compte réexaminer les relations entre Bruxelles et Kinshasa. Les ministres des Affaires étrangères et de la Coopération, Didier Reynders et Alexander De Croo, préviennent qu'"en absence d'un accord inclusif; les relations entre la Belgique et le RDC seront dès à présent réexaminées. La plus grande circonspection sera de mise pour tout nouvel engagement avec les autorités en place". Véritable climat de fin de règne.

Mais, malgré la poursuite de la traque aux opposants - Frank Diongo, arrêté et bien que libéré doit passer devant les juges, alors que la célèbre militante de LUCHA, Gloria Sengha, enlevée depuis vendredi avec son collègue Musasa Tshibanda,  reste introuvable - les évêques de la CENCO ont maintenu le rendez-vous de ce mercredi 21 décembre au Centre Interdiocésain, à la Gombe. Le face-à-face Rassemblement et Majorité va reprendre afin de mettre fin au suspens sur deux choses : Comment gérer l’après 19 décembre 2016 et en combien de temps devra-t-on organiser les élections.

La militante Gloria de la LUCHA, enlevée

Pour satisfaire les appétits de ceux qui ont accepté le maintien de Joseph Kabila

Le nouveau gouvernement présidé par Samy Badibanga et publié lundi à minuit compte 67 membres, afin de "satisfaire les appétits de tous ceux qui ont accepté le maintien de Joseph Kabila", estime La Libre Belgique qui relance le débat sur la nationalité du nouveau Premier ministre.

Samy Badibanga, transfuge de l'UDPS et en délicatesse avec le régime il y a peu, est belge. Pour le quotidien bruxellois, il a été naturalisé en 2002, mais a fait annoncer par Kinshasa qu'il a renoncé à sa nationalité belge le 24 novembre 2016 devant le ministre sortant de la Justice, Alexis Thambwe Mwamba.

La loi fondamentale congolaise stipule que "la nationalité congolaise est une et exclusive". En d'autres termes, qui en détient une autre perd la nationalité congolaise. Or, soutient La Libre, la renonciation de M. Badibanga devant une autorité congolaise n'a aucune valeur légale. Selon le site du Service fédéral belge des Affaires étrangères, la renonciation se fait "à la commune de résidence en Belgique ou auprès du poste consulaire à l'étranger", relève le quotidien.

En clair, le nouveau Premier ministre a multiplié les "faux et usage de faux". Comme quoi, cette sale histoire risque de lui coller longtemps à la peau.

1 et 2. Kinshasa marci 20 déc, 3. Des militaires étrangers (Rond-point Ngaba) 4. Matadi mardi1 et 2. Kinshasa marci 20 déc, 3. Des militaires étrangers (Rond-point Ngaba) 4. Matadi mardi
1 et 2. Kinshasa marci 20 déc, 3. Des militaires étrangers (Rond-point Ngaba) 4. Matadi mardi1 et 2. Kinshasa marci 20 déc, 3. Des militaires étrangers (Rond-point Ngaba) 4. Matadi mardi

1 et 2. Kinshasa marci 20 déc, 3. Des militaires étrangers (Rond-point Ngaba) 4. Matadi mardi

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