J'ai honte de moi et je pleure : Le cri de coeur d'un journaliste congolais

Publié le par Jean-Cornelis Nlandu-Tsasa

Bruxelles, 08/12 - Il n'y a pas si longtemps, des journalistes bien connus - ils se reconnaîtront - soutenaient ici et là que le Dialogue de la Cité de l'OUA et du Camp Tshatshi était inclusif. Je leur disais plutôt qu'il violait l'ordonnance le convoquant. Je suis moi-même journaliste. Et donc ceux dont je parle sont mes confrères. C'est pourquoi j'ai honte. J'ai honte pour moi, parce que j'ai honte pour eux.

Si la profession ne doit aujourd'hui se limiter qu'à l'art de savoir danser la danse du ventre, en abandonnant son cerveau au vestiaire, alors je préfère déchirer ma carte de presse. Pire, mes confrères croyaient que Kabila croyaient en leur mensonge. Que nenni. Il vient d'accepter aujourd'hui "le dialogue inclusif", qui a d'ailleurs débuté ce jeudi, sans contre-temps de dernière minute, entre les dialoguistes du Camp Tshtshi et le Rassemblement et sous l'égide des évêques catholiques. Sûrement que Kabila à fait plus d'études que mes confrères. Le contraire serait plus idiot encore.

Mais alors, quel gâchis, en terme de temps perdu et de deniers publics dilapidés. Alors même qu'un tout petit peu de jugeote suffisait à reconnaître que le vieux dialogue était illégal, car non conforme à l'ordonnance le convoquant. Mais dans ce pays, l'intelligence semble ne plus appartenir qu'aux génies. Edem Kodjo, lui, s'en est envolé vers son pays, après un cinema qui lui a rapporté un joli pactole, nous laissant seuls avec nos seuls yeux pour pleurer.

Ils ont - mes confrères - poussé le ridicule encore plus loin. Ils ont applaudi la nomination de Samy Badibanga à deux mains et au prix d'éloges inédits dans leurs écrits - pour l'unique fois dans leur carrière qu'ils encensaient un "opposant". Si le ridicule pouvait tuer, ils allaient se demander pourquoi son gouvernement n'était jamais constitué. Il n'y a plus que Kabila qui comprend. Mes confrères ne comprendront jamais rien.

Ils criaient aussi "wumela. Mandat eza nanu". Alors que même le président Kabila sait que son mandat prend fin le 19 décembre 2016 et qu'il faut maintenant rechercher les moyens pour un "glissement pacifique".

Un pouvoir totalement défaillant glorifié à souhait par les danseurs du ventre

Mes confrères, quelle honte à nous ! Qu'est-ce que je dis ? Moi je n'ai pas honte, parce que je vois avec les deux yeux. Quand il n'y a pas d'électricité, quand les routes sont boueuses et accidentées, quand il n'y a pas d'emplois, quand la justice n'est pas équitable, quand on arrête un opposant pour ses idées, alors que les gouverneurs, ministres et hauts fonctionnaires de l'Etat accusés par le président Kabila de corruption et détournements de deniers publics n'ont eu droit à aucun procès, ni ouverture d'une enquête. Ils n'ont d'ailleurs subi aucune remontrance.

Quand les agents de l'ordre livrent un match de football d'une durée de 11 heures du temps sur le terrain de la manifestation, battant tous les records mondiaux, avec sept arbitres qui se sont relayés, plus d’une cinquante de changements de joueurs dans chacune de deux équipes et plus de 73 buts marqués à 59 buts pour un seul derby ; quand on distribue l'argent de l'État aux handicapés pour assister à un meeting, quand Matata Ponyo nomme ses protégés, dont un du nom de Kabila et un autre du nom de Matata, aux régies financières avant de quitter ses fonctions de Premier ministre, quand un dignitaire du régime subtilise l'argent de la SNEL au vu et au su de sa hiérarchie sans que le célèbre PGR ne puisse broncher.

Le même PGR n'a pas non plus levé le petit doigt lorsque deux membres de la Majorité se sont permis, en plein aéroport international, d'agresser l'envoyé spécial d'Obama. Une première d'ailleurs dans les annales de la RDC. Comment voulez-vous, dans ces conditions que She Okitundu et Kikaya n'essuient pas les injures des Congresmen américains, avant d'être chassés comme des malpropres ? Les centaines de milliers de dollars que Mende a fait décaisser en urgence du Trésor public pour un lobbying inexistant version McKinley n'auront pas suffi, alors que Mobutu utilisait avec brio l'AZAP (aujourd'hui Agence congolaise de Presse) pour cette fin.

Des avions achetés à la boutique du coin en plein 21ème siècle

Ou encore: quand on modernise l'aéroport de N'Djili aux normes d'un aéroport de brousse, quand on achète des avions à la boutique du coin qui volent une seule fois avant de rendre l'âme, quand on vend la cour de recréation et des salles de gymnastique de plus de 150 écoles de Kinshasa ainsi qu'une partie des jardins zoologique et botanique à des commerçants véreux, alors que l'espace ne manque pas à Kinkole, Maluku ou Mitendi. Même dans une jungle, les animaux ont leurs sites propre selon les genres. Et ça, c'est notre pays, la RDC, le seul que nous avons. Quand... quand. ... 

Tout cela, moi je le vois, et je n'applaudis pas. Au contraire, je pleure. Parce que je sais que mon pays la RDC a la vocation d'une grande nation. Je n'ai pas honte. Je suis fier de moi. Et fier d'être Congolais. Parce que je sais que ce pays redeviendra normal. Et l'heure vient, et elle est déjà venue. Honte à vous !

Un siècle plus tôt, en 1907, Herbert Speyer avait prévenu : "L'absence d'une opinion publique éclairée et d'une presse indépendante et bien renseignée constitue toujours un danger pour une administration, parce que c'est dans les critiques dont elle est constamment l'objet qu' elle puise le mieux la force nécessaire pour se réformer, ou pour s'imposer une discipline capable dis ce la tenir indemne de toute pratique abusive". Et pas dans la danse du ventre.

Plusieurs personnes ont réagi à l'article. Morceaux choisis :

- Bruno Kasonga (journaliste) : Pleurons et ayons tous honte au nom de la confrérie.
- Ntalaja Kahuongo : Je comprend que tu aies honte. Moi ce sont les hommes politiques congolais qui me font honte. Sans idéal ni honneur.
- Monica Phanzu : Pleure et prie pour tes confrères, cher oncle, ou mieux pour l'intellectuel congolais, qui n'a plus de cerveau. Cette gangrène est à tous les niveaux. C'est triste de voir les journalistes danser le sakayonsa en plein 21ème siècle.

- Raymond-Camille Inwen Langan : Tu es digne dans ton indignation. Ces larmes seront séchées un jour. Il ne faut pas un tsunami pour abattre cette meute de voyous et de voleurs, hommes dans foi ni loi. Le ruisseau que constituent nos larmes les emportera aux enfers où leurs illustres prédécesseurs les attendent.
- JM Dauchot (journaliste) : La presse congolaise est à l'image du pays. Société sinistrée, économie sinistrée, élite sinistrée, moralité à zéro. C'est le "struggle for life" à tous crins. On ne vit pas, on survit.

- Serge Gontcho (ancien journaliste)  : Je fus aussi quado, comme on dit chez nous, et je suis fier qu'il y en a encore qui savent faire la distance entre le ventre et la tête. Les faits sont sacrés, m'enseigniez-vous quand je faisais mes premières armes sous votre direction à l'AZaP, avec le Vieux Sumaili, paix à son âme. Les commentaires sont libres, ajoutiez-vous ! Mais, pas la danse du ventre.

- Don Richard Nkundo (comptable) :Tes mots, cher Jean-Cornelis, me réchauffent l'esprit et je reprends courage et espoir pour ce pays. La constance continue de faire défaut à plusieurs de nos compatriotes. La lucidité est quasi inexistante dans leur façon de diagnostiquer la situation qui prévaut au pays. Oui, l'avenir du Congo est beau, à condition que TOUS nous ayons à l'esprit: le respect de la loi fondamentale, la compétence pour bien gérer, la transparence pour être comptable et le contrôle.

- Martin-Godefroid Bodisa :L'intellectuel congolais est à la base de tout ce qui arrive à ce pays. Tous veulent des postes pour servir leurs intérêts propres.
- Agnong Holenn : Sachez, chers amis journalistes, que vous contribuez massivement à l'abrutissement des masses. Heureusement que beaucoup d'entre vous commencent a comprendre cela, car un semi-lettré est plus dangereux qu'un illettré, selon Trump, car la presse passe son temps a déformer ses propos.

- Pelé Nany Lutonda Mingiele (Amicale Lipopo) : Bravo mon frère Cornelis. Nos parents nous ont bien éduqués. Sois en fier.
- Billy Ga Madimba :Tu as toutes les raisons de dire que tu es fier, si vraiment ce que tu as écrit est le produit de ton raisonnement et de ton sens de responsabilité que te confère ta noble profession. Moi, aussi je suis fier de toi. Désolé pour tes confrères au pays. C'est évidemment le cas de le dire : "Science sans conscience n'est que ruine de l'âme"
- Tory Nlandu (ma fille) :Tout est dit

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IKOLO 11/12/2016 22:28

J'ai fait un rêve. Celui d'une classe politique qui sillonne écoles et université, et qui tient ce discours à sa jeunesse. "Notre pays est riche. Il a un potentiel unique au regard des intérêts preésents et avenirs de la planète. Mais nous vos ainés avons échoué à fournir de l'eau potable à la population. Nous avons échoué à leur fournir de l'électricité. Nous avons échoué à mettre à leur disposition un cadre sanitaire digne du 20ème siècle,que dire du 21ème. Avons échoué à organiser l'intérêt général, alors même que nous avons été élus pour cela et payés à grands frais. Avons échoué à éduquer cette jeunesse. Tout cela est un défis pour votre génération. Donnez à ce pays la grandeur qu'il mérite. Et, s'il vous arrive d'échouer vous aussi, ayez la grandeur de le reconnaitre, ainsi les générations qui vous suivront sauront qu'elle défis ils auront à relever. J'ai fait un rêve. Celui d'un Congo solidaire et grand.

IKOLO 11/12/2016 22:28

J'ai fait un rêve. Celui d'une classe politique qui sillonne écoles et université, et qui tient ce discours à sa jeunesse. "Notre pays est riche. Il a un potentiel unique au regard des intérêts preésents et avenirs de la planète. Mais nous vos ainés avons échoué à fournir de l'eau potable à la population. Nous avons échoué à leur fournir de l'électricité. Nous avons échoué à mettre à leur disposition un cadre sanitaire digne du 20ème siècle,que dire du 21ème. Avons échoué à organiser l'intérêt général, alors même que nous avons été élus pour cela et payés à grands frais. Avons échoué à éduquer cette jeunesse. Tout cela est un défis pour votre génération. Donnez à ce pays la grandeur qu'il mérite. Et, s'il vous arrive d'échouer vous aussi, ayez la grandeur de le reconnaitre, ainsi les générations qui vous suivront sauront qu'elle défis ils auront à relever. J'ai fait un rêve. Celui d'un Congo solidaire et grand.