Kinshasa en état de siège depuis le samedi en prévision du 19 décembre

Publié le par Jean-Cornelis Nlandu-Tsasa

Bruxelles, 18/12 - La capitale de la RDC, Kinshasa, est en état de siège, depuis les premières heures de samedi, à la veille du jour fatidique du 19 décembre 2016, marquant la fin du deuxième et dernier mandat du chef de l'Etat congolais, décidé de s'accrocher au pouvoir.

Selon les informations glanées ça et là, les activités se déroulent normalement, alors que l'opposition a "appelé la population à s'assumer", en occupant les rues pour signifier à Joseph Kabila qu'il cessait d'être le président de la RDC à cette date, le dialogue de la dernière chance coaché par la CENCO ayant échoppé sur les principaux points.

Une dame résidant non loin nous a confié au téléphone que la station d'essence du Rond-Point Ngaba, dans la commune du même nom, est occupée par une dizaine de véhicules bondés de militaires qui, à en croire les habitants, ne sont visiblement pas Congolais, sans autre précision. Par ailleurs, tôt le matin du même samedi, des tirs à l'arme lourde ont été entendus du côté de l'Université de Kinshasa, provoquant une belle panique dans la population.

Un autre Kinois, habitant la commune de N'Djili, étiquetée "zone rouge", nous a précisé que depuis le lever du jour, l'on remarque des patrouilles de soldats à travers les rues de la commune, située sur la route de l'aéroport international portant le nom de cette localité. Comme quoi, le pouvoir est déterminé à étouffer dans l'oeuf toute velléité de révolte, tel qu'il l'avait réussi le 5 décembre lorsque le Rassemblement de l'opposition avait voulu faire converger la population vers le boulevard Triomphal.

Le général Kanyama annonce l'utilisation des balles réelles

Dans une interview reçue vendredi, le général Kanyama, inspecteur provincial de la police pour la ville de Kinshasa, menaçait déjà la population, annonçant à demi-mots que les policiers utiliseraient des balles réelles le 19 décembre pour mater les possibles troubles. "Nous demandons aux parents de retenir leurs enfants, parce que s'ils sortent et qu'ils rencontrent un policier, il n'est pas sûr qu'ils s'en sortiront vivants". Ce qui signifie clairement que les ordres ont été donnés pour utiliser des armes létales.

Il a également conseillé aux Congolais de l'étranger de rentrer au pays en vue de trouver des emplois, au lieu de verser dans "l'appel à la désobéissance". Sûrement que le général Kanyama ne comprend pas ce qu'il dit, lorsque l'on sait que les Congolais vivant en RDC n'ont déjà pas d'emplois.

Sachant que les Congolais de la Diaspora nourrissent d'ailleurs une grande partie de leurs familles et apportent une richesse appréciable au pays grâce à leurs envois quotidiens d'argent, oser leur demander de regagner un pays où le chômage est endémique est simplement irresponsable et relève d'une ignorance flagrante.

La RDC à la 176ème place sur 188 pays en matière d'emploi

En effet, selon un rapport du PNUD, "le travail en général, et en particulier celui ses jeunes et des femmes, se pose avec acuité". La RDC est parmi les pays qui ont le taux de chômage le plus élevé au monde et aussi le taux de sous-emploi global le plus élevé", occupant d'ailleurs la 176ème place sur 188 pays. Et donc, le général Kanyama devait se documenter avant de commencer à débiter des âneries.

Par ailleurs, Kinshasa voudrait effectuer ses massacres de civils en vase clos, c'est-à-dire sans témoins gênants. Internet devrait être officiellement coupé le dimanche à minuit, aux termes d'une note émise à cet effet par les autorités congolaises.

Dans le même cadre, un C310 de l'armée belge venu en position pour assurer la sécurité des Belges a été interdit d'atterrissage à Kinshasa et a donc été obligé de faire demi-tour. Même les journalistes de la chaîne belge VRT arrivés en reportage pour la journée du 19 décembre ont reçu une note d'"indésirabilité" des autorités congolaises et ont été refoulés illico presto, créant un froid dans les relations entre Bruxelles et Kinshasa.

Tout semble indiquer que rien ne se passera au cours de la journée du 19 décembre, contrairement au souhait de l'opposition. Aux dernières nouvelles, nous apprenons que la commune de Limete, qui abrite le siège de l'UDPS et la résidence d'Etienne Tshisekedi, président du comité des sages du Rassemblement, a été entièrement bouclée depuis samedi matin. Les autres communes de la capitale congolaise n'échappent pas non plus à ce régime de terreur. Joseph Kabila persévère donc dans sa logique consistant à "diriger par défi".

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