Moïse Katumbi à La Libre : "Joseph Kabila a encore le temps de partir par la grande porte"

Publié le par Jean-Cornelis Nlandu-Tsasa

Moïse Katumbi est, physiquement, le grand absent de la scène politique congolaise. En exil depuis plus de six mois en raison d’une condamnation à trois ans de prison pour une affaire de spoliation d’immeuble, l’un des principaux opposants de Joseph Kabila veut éviter le bain de sang en République démocratique du Congo, mais exige aussi le respect strict de la Constitution et donc le départ du Président, atteint par la limite de deux mandats.

Monsieur Katumbi, le mandat du président Kabila se termine ce mardi à minuit, appelez-vous la population congolaise à descendre dans la rue pour exiger son départ ? La seule chose que je demande, c’est que le président Kabila ne sème pas le chaos. Le souci, c’est le respect de la Constitution. Ce texte s’impose à tous. Au Président, aux militaires et au peuple. Le Président connaît parfaitement cette Constitution puisque c’est lui qui l’a promulguée en 2006 et le peuple a voté en faveur de ce texte à plus de 85 % lors d’un référendum. Aujourd’hui, le Président ne peut pas s’asseoir sur ce texte et ne peut se moquer du peuple.

Vous n’appelez donc pas aux manifestations ?
Je demande au président Kabila de quitter le pouvoir en respectant la Constitution. Il lui reste quelques heures pour le faire. S’il le fait, il entrera dans l’histoire de notre pays et du monde.
Vous pensez réellement qu’il peut encore quitter le pouvoir avant cette échéance ?
Le Rassemblement (opposition) ne voulait pas participer au dialogue, mais il l’a fait quand il a vu l’implication des chefs d’Etats de la sous-région et de la Cenco. On a même mis de côté, pour le salut de la nation, tous les préalables que nous avions édictés. Si nous l’avons fait, on peut espérer que le président Kabila agisse aussi pour le bien du pays et du peuple congolais.

Joseph Kabila subit aussi des pressions de son clan…
Cette pression n’existe que parce que le Président s’est parjuré en ne respectant pas la promesse qu’il avait faite sur la Bible de respecter la Constitution. S’il avait tenu son engagement au lieu de s’accrocher au pouvoir, nous n’en serions pas là. A entendre certains de ses conseillers, parler de la succession de Kabila ou du fait qu’il puisse désigner un dauphin serait une humiliation. Où va-t-on ? Regardez Mandela, il avait la possibilité de se présenter et d’emporter un second mandat. Il ne l’a pas fait et son départ n’a pas été synonyme de chaos pour son pays. Le départ du président Kabila ne sera pas non plus synonyme de chaos s’il part maintenant.

Les annonces de coupures de réseaux Internet, d’interdiction de manifester ou la mobilisation visible de très nombreux militaires dans les rues des grandes villes ne plaide pour un scénario pacifique…
Je m’adresserai aux militaires. Ce sont des Congolais qui sont payés par les impôts de la population congolaise. Je leur demande, si des manifestations devaient avoir lieu, de ne pas tirer sur leurs compatriotes. Ils doivent savoir qu’il y aura un après-Kabila et qu’ils devront demeurer au pays et rendre des comptes s’ils ouvrent le feu sur la population civile. Les militaires comme les policiers se sont battus pour défendre leur pays. Je les mets en garde solennellement, s’ils tirent sur la foule, ils seront jugés pour ces faits.

Vous craignez un bain de sang ?
Tout le monde sait que je suis un homme pacifique. Je déteste la violence. Qu’on laisse la population congolaise tranquille, elle a assez souffert. Je n’accepterai pas qu’on la maltraite, qu’on tue des gens dont le seul crime est d’appeler au respect de la Constitution. Il n’y a qu’un responsable à cette situation, c’est le président de la République qui risque d’être l’auteur d’un coup d’Etat constitutionnel dans les prochaines heures. Il faut aussi pouvoir dire les choses comme elles sont.

La Cenco a programmé une reprise du dialogue le 21 décembre…
Le dialogue va reprendre mais nous ne négocierons plus de la même manière. Nous ne serons plus face à un régime légitime. Ce lundi à 23h59, le président Kabila perdra cette légitimité. Nous ne pourrons pas retourner à la table des négociations comme si rien ne s’était passé. Nous serons dans un flou, voire un vide, juridique. Un vide qui a été créé par la volonté d’un seul homme de ne pas respecter la constitution. Je le répète, il n’est pas trop tard. Le président Kabila doit voir l’intérêt de la nation. Personnellement, j’aimerais voir un ancien chef de l’Etat rester au pays, circuler librement. C’est encore possible, si Joseph Kabila se ressaisit.

Vous avez plusieurs fois annoncé votre retour au pays ?
Je veux retourner au pays depuis longtemps, mais je ne veux pas qu’on me reproche de créer le chaos dans mon pays en rentrant. Mais je vais rentrer parce que le Congo, c’est mon pays.

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