Le rapatriement à Kinshasa de la dépouille d'Etienne Tshisekedi prévu le 17 février ?

Publié le par Jean-Cornelis Nlandu-Tsasa

Bruxelles, 12/02 - Selon différents éléments en notre possession, le corps de l'opposant historique Etienne Tshisekedi, président de l'UDPS et du Comité des sages du Rassemblement, décédé à l’âge de 84 ans, le mercredi 1er février 2017 à Bruxelles, devrait être rapatrié sauf imprévu le 17 février 2017 vers Kinshasa.

Aucune source familiale ne confirme encore cette information reçue de différentes sources, mais tout porte à croire que l'on n'est plus loin du départ du corps pour Kinshasa. Son dauphin, Félix Tshisekedi, qui séjourne dans la capitale belge à l'occasion du deuil, devrait d'ailleurs rentrer à Kinshasa au début de cette semaine pour précéder l'événement, révèle-t-on. 

Le parti et la famille de l'illustre disparu avaient posé comme préalable la mise en pratique de l'Accord du 31 décembre et surtout la nomination d'un Premier ministre issu du Rassemblement de l'opposition, tel que stipulé par le deal signé avec la Majorité présidentielle sous l'auspice des évêques catholiques.

« Il est hors de question qu’ Etienne Tshisekedi soit enterré par le gouvernement Samy Badibanga. La plupart de ses membres, transfuges de l’UDPS, sont considérés comme des 'traitres' », a-t-on entendu des combattants qui avaient convergé par milliers vers la résidence du célèbre opposant à Limete, à l'annonce de son décès.

Après que la MP eut gravement retardé la désignation du chef de l'Exécutif, en soulevant une polémique inutile sur les modalités de sa désignation - le Rassemblement devait présenter trois voire jusqu'à cinq noms au président, contrairement à l'Accord - une source à Kinshasa a annoncé samedi, tard dans la nuit, que le nom du Premier ministre sera connu « probablement sauf changement de dernière minute, au courant de la semaine prochaine », vraisemblablement mercredi ou jeudi au plus tard. « Et c’est lui qui pourra s’occuper des obsèques du Sphinx de Limete », avant l'investissement de son gouvernement le 22 février, après l’enterrement.

Félix proposé Premier ministre par son père avant sa mort ?

Alors que plusieurs voix s'étaient élevées pour que le poste revienne à l'une ou l'autre personnalité du Rassemblement qui a fait preuve d'une longue expérience managériale - on avait alors cité Matungulu ou Martin Fayulu - le décès du père semble plutôt avoir déblayé le terrain pour le fils.

Depuis la disparition de l'opposant légendaire, qui devait chapeauter le Conseil de suivi de l'Accord du 31 décembre en sa qualité de président du Comité des sages du Rassemblement, faisant ainsi cabrer certains qui voyaient mal le poste de Premier ministre revenir à Félix,  l'unanimité semble se réunir autour de celui-ci pour arracher le fauteuil et ainsi présider officiellement les obsèques de son illustre père. « Il n’est pas question de plusieurs candidats pour la primature », a par ailleurs déclaré l'intéressé à RFI dans une interview qui laisse paraître qu’avant de s'en aller, « le Vieux » aurait proposé le nom de son fils Félix à la CENCO pour le poste de Premier ministre.

On a aussi aperçu à Bruxelles l'ombre du ministre congolais des Affaires étrangères, She Okitundu. Il devait être reçu par son homologue belge Didier Reynders, le même qui a également reçu Félix Tshisekedi et Moïse Katumbi. S'agit-il de bons offices devant faciliter le rapatriement du corps vers Kinshasa ? Même si rien n'a filtré des entretiens, tout porte à croire qu'il s'est agi de trouver une solution au bras de fer que se livrent le pouvoir et l'opposition autour de l'organisation des funérailles dans la capitale congolaise.

Moïse Katumbi annonce qu'il accompagnera la dépouille à Kinshasa

A l'issue de la messe de requiem organisée le jeudi 9 février à la Basilique de Koekelberg, à Bruxelles, en l'honneur d'Etienne Tshisekedi, l'ancien gouverneur du Katanga Moïse Katumbi, candidat déclaré à la présidentielle prévue en décembre 2017, a annoncé urbi et orbi qu'il rentrerait à Kinshasa avec la dépouille d'Etienne Tshisekedi.

Mais, lorsque l'on connaît les habitudes en vigueur dans la capitale congolaise, l'opposant politique, sous le coup de poursuites judiciaires à son encontre, prendrait là un risque inconsidéré. Je puis sans aucune réserve miser sur le fait qu'à la seconde près où il foulera le sol à l'aéroport de N'Djili, les services vont se saisir de lui et l'expédier sans ménagement à Makala.

En tout cas rien, alors rien, ne va empêcher le pouvoir à l'emprisonner et de le garder pendant de longues années en prison, comme c'est d'ailleurs le cas pour ses compères Eugène Diomi Ndongala, Jean-Claude Muyambo ou, plus récemment encore, Franck Diongo. Ce serait une occasion rêvée pour le ministre Lambert Mende d'user une fois de plus de sa funeste rhétorique pour justifier une fois de plus le bien fondé de cette arrestation.

Dans une "Pensée libre" qu'il nous a fait parvenir ce dimanche, le coordonnateur du Bureau technique du Rassemblement-France, M. Camille Inwen Langan, déconseille d'ailleurs vivement à Moïse Katumbi de se rendre à Kinshasa dans ces conditions.

« Tshisekedi appartient à l'histoire glorieuse de notre pays et , de ce fait, il est intouchable et immortel. Katumbi appartient au présent de notre pays, qu'il va reconstruire. Il est, de ce fait, atteignable et mortel. Il est sorti miraculeusement d'un mystérieux traquenard de pénible mémoire. Katumbi doit continuer à bouger, à penser, à consulter et à inspirer », suggère le coordonnateur du Rassemblement-France.

« Le pays n'est pas encore prêt pour lui, car son nom fait peur, son ombre terrorise les pilleurs du pays. Tout sera imaginé pour l'effacer de ce monde », prévient encore Camille Inwen, qui a également été professeur d'anglais, d’Éducation civique et d’Éducation physique de Moïse Katumbi à l’Institut Kyangalele de Kapolowe/Mission, au Katanga, de septembre 1979 à mars 1982.
 

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