Evasion spectaculaire à la Prison de Makala : De 1000 à 3000 prisonniers dont des officiers de Bemba en cavale, selon divers témoignages

Publié le par Jean-Cornelis Nlandu-Tsasa

Bruxelles, 17/05 - Selon les dernières nouvelles, plusieurs dizaines d'officiers et militaires fidèles à Jean-Pierre Bemba, incarcérés depuis 2006, ainsi que certains condamnés dans le procès controversé de l'assassinat de Laurent-Désiré Kabila, le 16 janvier en 2001, se sont fait la belle au cours de la spectaculaire évasion intervenue tôt ce matin à la Prison centrale de Makala, qui abritait près de 10 000 détenus.

Eddy Kapend, joint par une belle-soeur au téléphone, a confirmé que son aile, le Pavillon 1, où sont logés les prisonniers « importants », n'a pas été "libérée" et donc reste en prison, comme le très médiatique député de l'opposition Franck Diongo, arrêté le 19 décembre et amené à Makala sur une chaise roulante et sous perfusion, après avoir été "massacré" jusqu'au sang par les services de sécurité.

Ne Muanda Nsemi, la seule exception du pavillon, a lui été exfiltré. " Il a d’abord refusé de fuir et puis les détenus ont commencé à piller ses biens", renseigne une source pénitentiaire citée par politico.cd. C'est alors que ses hommes l’ont amené vers l'extérieur et la liberté. Aux derniers échos, le leader de Bundu dia Mayala, dont les fidèles sont accusés d'avoir fomenté l'attaque, court toujours.

Le décompte rapide du nombre de prisonniers qui sont en fuite fait état de plusieurs centaines d'évadés. Les habitants des communes environnantes qui ont vu passer des évadés parfois par groupes de 20 parlent plutôt de la quasi-totalité de la prison en cavale, soit plus de 1.000 évadés. La 2ème plus grande évasion au monde dans l'histoire des services pénitentiaires.
Le pavillon 9, où sont gardées les femmes, ne compte plus qu’une dizaine de détenues alors que le nombre habituel dépassait les 250. De même, la partie supérieure du pavillon 10 qui abritait 560 personnes s'est aussi vidée.

Une partie du pavillon 11 où étaient détenus près de 500 personnes en a aussi perdu les trois quarts. Politico.cd épingle, parmi les prisonniers politiques en fuite, un nommé Silva, cité dans le dossier de l'assassinat de Mzee Kabila et qui dirigeait l’orchestre des prisonniers.
Tous les autres prisonniers politiques des pavillons 1 et 8 sont encore dans leurs cellules, notamment Firmin Yangambi, Éric Kikunda ou Franck Diongo, tout comme le généraux Jérôme Kakwavu et Germain Katanga, ainsi que Thomas Lubanga, alors que Diomi Ndongala et Jean-Claude Muyambo sont quant à eux soignés à l’hôpital.

Les dégâts matériels sont considérables, dont des portails complètement fracassés, mais aussi plusieurs cas de pillages de biens personnels des prisonniers par les évadés pendant leur fuite. On fait état de plusieurs assaillants tués par la police et l’armée au cours de la fusillade qui a suivi. Le périmètre de la prison est encore bouclé.

La situation est redevenue calme

Selon le témoignage d'un prêtre, le Père Prosper, curé de la Prison et de la paroisse Christ Sauveur voisine, le.calme semble revenir mais "nous sommes toujours bouclés, aux alentours de la paroisse Christ Sauveur". Il précise : "Je reviens de la prison pour tenter de récupérer le Saint Sacrément et le Tabernacle, mais pas moyen d'y accéder".

Voici le décompte qu'il établit, lui qui est habitué des lieux, faisant de son récit un témoignage de première main. "151 femmes sur 155 se.sont évadées. Sur 302 mineurs, il.en reste 165. Le.premier comptage fait état de plus 3000 prisonniers sur les 8000 adultes hommes qui se.sont évadés".

Il poursuit : "Ils ont incendié des parties importantes de la prison, le.bureau de la police, le.bureau du directeur de la.prison, les.véhicules de la prison et.ceux des.civils. Beaucoup de  dégâts matériels et humains surtout parmi les policiers qui gardent la prison". Un autre témoin a affirmé que tous les policiers commis à la surveillance ont été tués par les assaillants en bandeau rouge et armés de machettes.

Parmi les dix évasions les plus célèbres au monde

Pour rappel, les évasions de cette ampleur sont à compter du bout des doigts dans l'histoire. Parmi les top 10 des évasions, la plus importante est celle survenue le 12 janvier 2010 à Haïti et sa capitale Port-au-Prince et qui a marqué l’histoire. Profitant du séisme qui a secoué l'île et qui a lézardé les murs de la prison, quelque 4000 détenus de la prison de la capitale se sont évadés et plusieurs d’entre eux n’ont jamais été repris. Il s’agit de la plus importante évasion de masse de l’histoire.

En 2ème rang figure .... la République démocratique du Congo, où  301 détenus de la prison de Bukavu ont pris la clé des champs. le 5 juin 2014, après avoir désarmé les gardiens avant de récupérer leurs armes et d’ouvrir, clés en main, la porte principale de la prison. Au moins quatre personnes ont été tuées lors de cette évasion de masse.

Bukavu est suivi, en 3ème position par l'attaque d'une prison dans le sud des Philippines le 4 janvier 2017 et qui a provoqué l'évasion spectaculaire de plus de 150 détenus. Elle est suivie par la Papouasie-Nouvelle-Guinée où, le lundi 15 mai 2017, 77 prisonniers se sont volatilisés, alors que 17 détenus étaient tués par balle lors de l'évasion de masse dans cette prison de Lae.

Avec son millier (ou ses milliers) de prisonniers dans la nature depuis ce mercredi 17 mai 2017, la Prison de Makala, si le chiffre est confirmé, se placerait donc en 2ème position des évasions les plus célèbres, avant Bukavu et la Papouasie-Nouvelle-Guinée.
 

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