Sanctions et procès en cascade : Le régime Kabila prend l'eau de toutes parts

Publié le par Jean-Cornelis Nlandu-Tsasa

Bruxelles, 03/06 - Déjà fragilisé par une corruption assidue et une justice complaisante qui a laissé pourrir le pouvoir de Kabila, Kinshasa doit maintenant faire face à une avalanche de sanctions et de procès de toutes parts. L’Union européenne a décidé, le 29 mai, d’infliger des sanctions à neuf responsables de l’appareil sécuritaire et de l'Etat pour de « graves violations des droits de l’homme »,

Emboîtant le pas, Washington a annoncé jeudi qu’il ajoutait le général François Olenga Tete, chef de la Maison militaire de Joseph Kabila, à sa liste de personnes sanctionnées, ainsi qu’une entreprise qui lui appartient, le Safari Beach Club, un hôtel de luxe situé sur la route de la Nsele, acquis grâce à des fonds de provenance jugée suspecte.

Pour le Département du Trésor américain (ministère des Finances), le général Olenga est notamment sanctionné  pour avoir « harcelé des opposants politiques et procédé à des arrestations et exécutions arbitraires en empêchant l’action des observateurs de l’Onu », selon le communiqué américain. Les sanctions annoncées montrent que, contrairement à ce que pensait le régime Kabila, les républicains américains sont aussi prêts que les démocrates à sanctionner les sorties de route.

Washington avait déjà prononcé des sanctions en juin 2016, sous le démocrate Barack Obama, contre l'inspecteur général de police de Kinshasa, Célestin Kanyama, en raison de répressions puis, le 28 septembre, contre le général Gabriel Amisi « Tango Four », responsable des forces de sécurité de la Zone ouest, pour son implication dans la répression des manifestations de janvier 2015 contre le maintien au pouvoir de Joseph Kabila, qui avait fait 42 morts, ainsi que contre l’ex-chef de la police John Numbi pour avoir usé de violence afin d’assurer l’élection au poste de gouverneur de province des candidats pro-Kabila.

Des sanctions dictées par les violences au Kasai

Pour sa part, l'Union européenne a infligé des sanctions - gel des avoirs et interdiction de voyager dans l’Union - à l'encontre de trois ministres ainsi qu'un responsable des services de sécurité et des militaires de haut rang, pour de « graves violations des droits de l’homme », au moment où l’UE reste « gravement préoccupée par la détérioration de la situation en RDC » et que la « crise dans le Kasaï a atteint une ampleur exceptionnelle sur le plan à la fois sécuritaire, humanitaire et des droits de l’homme », selon le communiqué publié à Bruxelles.

Depuis septembre 2016, la région du Kasaï est secouée par la rébellion de Kamwina Nsapu, chef traditionnel tué en août 2016 lors d’une opération militaire à la suite de sa révolte contre Kinshasa. Selon des sources onusiennes, ces violences ont fait plus de 400 morts - plus de 3 000 morts d’après le député d’opposition Delly Sesanga - et causé le déplacement de 1,27 million de personnes, dont plus de 300.000 en Angola. Au moins 40 fosses communes ont été découvertes par des experts des Nations unies, dont deux avaient été assassinés en mission en mars. Peut-être la goutte d'eau qui fait déborder le vase.

Parmi les responsables dans le collimateur de l'Union Européenne figurent Lambert Mende, ministre de la Communication, Shadary Ramazani, ministre de l’Intérieur, Evarist Boshab, ancien ministre de l’Intérieur, Kalev Mutomb, directeur général de l’ANR, Alex Kande, gouverneur du Kasaï central, Jean-Claude Kazembe, gouverneur du Haut-Katanga, Erick Ruhorimbere, brigadier général et  le commandant Muhindo Akili Mundos mais aussi le cannibale et chef de milice Gideon Kyungu Mutanga, aujourd'hui passé dans le camp Kabila.

L'Union africaine, telle un syndicat des dictateurs, a décidé de son côté de convoquer une réunion des ministres des Affaires étrangères « pour analyser et prendre une position qui irait dans le sens de soutenir la RDC et s’opposer à ces sanctions», a dit le ministre angolais Georges Chikoti.

Moïse Katumbi dépose plainte contre l'Etat congolais

L’opposant Moïse Katumbi a, lui, déposé plainte, vendredi, auprès du Comité des droits de l’homme des Nations unies à Genève, contre l'Etat congolais, « suite à l’acharnement continu du pouvoir contre sa personne et ses proches », aux termes du communiqué diffusé après le dépôt de la plainte.

Pour Maître Dupond-Moretti, avocat de Moïse Katumbi, qui est intervenu  à l’hôtel intercontinental de Genève peu après : « Cette plainte part d’une série de violations du pacte international relatif aux droits civils et politiques qui garantit le droit à la sécurité et à l’intégrité physique dans son article 9, le droit au procès équitable (article 14), le droit au respect de la vie privée (article 17), le droit de la liberté d’expression (article 19), le droit de prendre part aux affaires publiques (article 25) et en particulier le droit de se présenter à une élection démocratique, quand, naturellement, elle est possible ».

Le clan Katumbi estime que le pouvoir congolais a mis en place, délibérément, des affaires bidons dans le but d'écarter l'ancien gouverneur du Katanga du processus démocratique dès qu'il s'est déclaré membre de l'opposition.

Si on y ajoute les différentes plaintes déjà déposée à la Cour pénal internationale (CPI) contre le président Kabila depuis octobre 2012 (plus de 3,5 kilos de documents), notamment par l’Association pour la promotion de la démocratie et le développement de la République démocratique du Congo (l’APRODEC asbl) pour crimes, on comprend mieux pourquoi on s'accroche au pouvoir, même avec un bilan calamiteux.

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