Journée du 4 janvier : Il ne faut pas travestir l’histoire, clame l’ABAKO

Publié le par Cornelis Nlandu-Tsasa


Polémique autour de la Journée du 4 janvier
 
Bruxelles - Le Président général de l’ABAKO (Alliance des Bâtisseurs du Kongo), M. François Kimasi Matuika Basaula, en séjour à Bruxelles, a tenu à apporter un démenti cinglant après les déclarations faites par un historien sur le plateau de Radio Okapi, prétendant que Patrice Lumumba a joué un certain rôle dans les événements du 4 janvier 1959 à Léopoldville, au cours d’un entretien, dimanche soir, avec l’ACP.
« Le Prof. Ndaywel è Nziem, pourtant historien de grand renom, vient de pécher contre l’histoire. Personne mieux que lui ne sait que l’histoire est écrite par les faits, et non pas par la réflexion », souligne le président de l’ABAKO qui ajoute : « En tant qu’homme de science, il lui est interdit par sa probité de mentir à l’histoire, et surtout à la jeunesse de notre pays. Dire à la génération montante que Lumumba a joué un rôle quelconque est faux. Non seulement c’est faux, mais il s’agit là de truander le cerveau des Congolais ». 
PICT0086.JPGDe l’avis de M. Kimasi, il ne faut pas seulement être de l’ABAKO pour parler du 4 janvier, car les Congolais âgés de 20 ans en 1959 sont encore en vie pour désillusionner ceux qui s’y aventurent. Ainsi, poursuit-il, lorsque le professeur fait allusion à la Conférence d’Accra, au Ghana, à laquelle Lumumba a pris part, il oublie non seulement de citer d’autres leaders congolais qui y ont également été associés, dont Gaston Diomi et Arthur Pinzi, mais également de relever que l’administration coloniale n’a pas accordé de passeport à Kasa-Vubu pour cette rencontre réunissant des progressistes, de peur qu’il en rajoute à la puissance qu’il avait déjà acquise.
Entre le retour d’Accra et la journée du 4 janvier, qui va sonner le gong pour la marche irréversible vers l’indépendance nationale, il s’est passé un bon nombre de jours. Et à cette date-là, il s’est agi d’un événement organisé par l’ABAKO pour permettre à ses leaders qui ont assisté à la Conférence d’Accra de rendre compte à la population congolaise de la quintessence des travaux. M. Kimasi croit qu’il est bon de souligner à ce stade que Patrice Lumumba n’a pas été à Kinshasa ce jour-là, parce qu’évacué de la ville pour des raisons que l’histoire connaît. « Et le professeur sait pourquoi », dit-il sans autre précision.
 
Le déroulement des événements, selon Kimasi
 
Le rendez-vous est pris pour le dimanche 4 janvier, à la Place de l’YMCA entre les milliers d’adhérents de l’ABAKO et leurs leaders venus d’Accra. Vers 14 heures, Kasa-Vubu, président du parti et habitant en face, apprend que l’administrateur provincial Jean Tordeur refuse la tenue de la réunion. Accompagné d’Arthur Pinzi, Antoine Kingotolo, Nzeza Nlandu et d’autres leaders, il décide d’inviter les adhérents abakistes de rentrer chez eux en attendant un autre jour où que l’autorisation sera accordée.
A l’annonce du report, les Abakistes réagissent en insultant les Blancs, principalement les Flamands, et en proférant des menaces à l’encontre de tout représentant de l’Etat. Homme de paix, Kasa Vubu prend son temps pour convaincre les partisans qu’il était convenable que le meeting n’eut pas lieu, sachant que l’autorité est prête à mâter toute manifestation. Il quitte YMCA vers 17 heures alors que la foule l’accompagne vers chez lui.
Au même moment, la masse de supporters sortait du stade où Vita Club venait de se faire battre contre Mikado. Les Vita-clubiens, pour la plupart des Bakongo et des Bazombo, fâchés, rencontrèrent leurs frères de l’ABAKO, également les nerfs à vif.
Un commissaire de police, voyant le grand attroupement sur Prince Baudouin, l’actuelle Avenue Kasa-Vubu, décide de disperser la foule en tirant en l’air. Surchauffés qu’ils étaient, les Abakistes, renfloués par les supporters, renversent sa jeep et y mettent le feu. Fait historique qu’on n’a jamais relevé, Kasa-Vubu fait demi-tour pour protéger le commissaire de police et l’évacuer. « Avec sa connaissance scientifique, le Prof Ndaywel aurait dû le dire, mais je ne sais pas s’il était au courant de ce détail important », commente M. Kimasi.
Le coup de feu et la jeep en feu dispersent la foule, qui s’oriente vers la ville et la cité de Foncobel, où habitent beaucoup de Blancs, qui commencent à tirer, croyant ainsi intimider les Congolais surexcités, qui sont passent alors au pillage. L’administration coloniale réagit en réquisitionnant la Force publique pour circonscrire les émeutes. Mais la situation est incontrôlable au cours des journées des 4, 5 et 6 janvier. Les leaders de l’ABAKO sont arrêtés et ce parti dissout.
Pour étayer ses propos, M. Kimasi sort un ouvrage rédigé à l’époque par un journaliste belge, M. Francis Monheim, et lit : « Dès le lendemain des émeutes du 4 janvier, l’Abako, le principal parti de Léopoldville où la majorité de la population est d’origine mukongo, est dissoute. Joseph Kasa-Vubu, Daniel Kanza et Simon Nzeza, les trois leaders historiques de l’Abako, sont arrêtés et mis en prison ». « Où voit-on l’ombre de Lumumba dans tout cela ? », questionne-t-il.
 
Le Prof. Ndaywel convié à un débat public
 
« Il est vrai que les Abakistes n’ont pas écrit sur le déroulement de cet événement, ce qui aurait permis aux historiens qui s’improvisent de vouloir trafiquer le cours de l’histoire. Ce qui est dangereux pour nos enfants », regrette le président général de l’ABAKO pour qui, lorsque le Prof Ndaywel essaie de travestir l’histoire, en conscience, il sait qu’il pèche contre la science qu’il prêche.
Ainsi, poursuit-il, il doit savoir qu’aucune personne autre que le Mukongo, leader comme adhérent, n’a été arrêtée L’histoire enseigne que même les balles perdues n’ont atteint que les Bakongo, sur la soixantaine de morts déclarés par l’administration coloniale, alors qu’il y en a eu une centaine en réalité.
M. Kimasi, qui quitte Bruxelles pour regagner Kinshasa d’ici avant la fin du mois, invite le professeur Ndaywel, qu’il présente comme un homme de science prêt à défendre ce qu’il avance, à un débat public sur le plateau d’une télévision congolaise, afin que la population puisse connaître la vérité car, souligne-t-il, elle doit savoir sur la Journée du 4 janvier qui l’a conduite à l’indépendance.
« Beaucoup d’autres que le professeur concerné tentent de travestir l’histoire de l’acquisition de l’indépendance du Congo. L’ABAKO promet de mettre rapidement à la disposition de la population congolaise des documents authentiques qui vont faire taire ceux qui confondent politique et histoire, parce qu’il est temps de mettre un terme à cette manie qui veut que chaque 4 janvier on convie des gens qui nous amènent leur vérité, alors que la vérité est une », conclut M. Kimasi.
Une mise au point qui, à la même occasion, lance la polémique chère à certains de nos confrères. Espérons tout de même qu’elle va contribuer à rétablir la vérité et à décourager une fois pour toutes ceux de nos hommes de sciences qui se laissent prostituer par les politiciens, croyant qu’ils peuvent impunément réécrire l’histoire en tirant du côté de la partie qui pourvoit les deniers.
 
Cornelis Nlandu
Le Signal du Continent
 

Il ne faut pas travestir l’histoire, clame l’ABAKO
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