J.C. Vuemba : Lettre ouverte à nos très chers disparus

Publié le par Cornelis Nlandu-Tsasa

Note de la Rédaction
Jeudi 17 janv 2008

La rédaction de "Le Signal du Continent" vient  de recevoir ce communiqué reprenant une "Lettre ouverte à nos très chers disparus" écrite en février 2007 par le député nationale Jean-Claude Vuemba, mais qui reste d'actualité. Elle avait été alors publiée par notre confrère "Afriqu'Echos". Nous reprenons le communiqué dans son intégralité, en nous limitant à y ajouter une photo. Cornelis Nlandu, Rédacteur en chef.



RDCongo :Lettre ouverte à nos très chers disparus
 
Jean-Claude Vuemba, Député national, élu de Kasangulu, Bas-Congo
"Excusez-moi si je vous dérange dans votre repos éternel ! Mais ce qui se passe dans notre province chérie, dans ce Congo que vous avez tant aimé et qui voudrait bien accéder à la démocratie, mérite ce dérangement. Je vous adresse à tous cette lettre collective, tout en prenant soin de m'adresser à chacun de vous en particulier. À tout Seigneur tout honneur, dit-on, et c'est avec raison que je voudrais d'abord m'adresser à Papa Simon Kimbangu.
Papa, certaines de tes prophéties se sont réalisées et tu es toujours honoré ici : l'homme blanc est effectivement parti depuis 1960 et l'homme noir a pris toutes les places occupées par les Blancs. Mais tes petits-fils, les enfants de tes enfants, ont divisé les fidèles que tes enfants avaient rassemblés dans une Eglise dynamique, authentiquement africaine et qui s'est installée dans beaucoup de pays. Je prendrai le temps de t'en parler dans une autre correspondance.
Mais aujourd'hui, je voudrais surtout te parler de nos frères Bakongo qui ont perdu toutes les vertus que tu t'es époumoné à enseigner à tes compatriotes. L'un d'entre eux, qui est du même coin que toi - dans cette contrée bénie de Dieu qui va de Mbanza-Ngungu à Mpioka - s'est illustré par des actes qui ont jeté l'anathème sur le peuple Ne Kongo. Cet homme qui avait été béni par les ancêtres, devint l'un des plus riches de la province à l'époque de feu Mobutu. Mais comme ses affaires n'ont pas pu résister devant tant d'épreuves qu'a subi l'économie de notre pays, surtout avec la fin annoncée du régime Mobutu, ce Monsieur s'est alors lancé dans la politique où il vient de faire éclater sa véritable face : celle d'un homme indécis, irréfléchi dans sa prise de décisions, un homme qui place facilement sa dignité dans le fond de sa poche pour de l'argent. Il vient de le prouver avec les dernières élections du gouverneur et du vice-gouverneur qui viennent d'avoir lieu. Par sa trahison, ce sont plus de 200 personnes qui viennent de perdre leurs vies à Matadi, à Boma et à Moanda, alors que des fidèles de Bundu dia Kongo manifestaient pour exprimer leur ras-le-bol de la corruption.
Les forces de l'ordre ont tiré sans retenue sur les foules et la répression continue (enlèvement de jeunes gens et de jeunes filles qui font partie du BDK). Par ailleurs, près de 500 personnes auraient déjà disparu.
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Photo : J.C. Vuemba (au milieu), à sa droite: Ne Muanda Nsemi.
Il y a un natif de Luozi (que beaucoup qualifient d'illuminé, comme ce fut le cas pour toi par les missionnaires et les colonisateurs de l'époque) qui mobilise beaucoup de gens et qui est porteur de beaucoup d'espoir pour le peuple Kongo. Comme il veut lutter contre la corruption qui asservit nos frères et nos soeurs, on l'accuse d'être un agitateur et un intégriste. Comme toi autrefois, cet homme voulait être gouverneur de la province pour redonner au peuple Kongo sa dignité, sa vertu et son intégrité... mais quelles embûches sur son chemin ! Le mukongo, qui est devenu porteur de mallettes des autres gens, est le tout premier à barrer la route à ce compatriote. Et notre frère de l'environ de Nkamba est en première position.
A Joseph Kasa-Vubu, notre estimé premier Président de la République, je dois affirmer que depuis que vous vous reposez pour l'éternité, le peuple Kongo ne s'est plus trouvé un vrai leader. Les vertus que vous avez prônées sont sans cesse bafouées. Eh oui ! La corruption a tellement rongé la nation que notre pays est l'un des plus pauvres de toute l'Afrique. Votre nom a été utilisé pour des raisons de propagande. On a construit un mausolée en votre honneur dans votre village, à Singini... mais cela a donné lieu à des divisions incroyables dans votre propre famille...
L'ABAKO pour laquelle vous vous êtes battu avec Edmond NZEZA NLANDU, Gaston DIOMI, Emmanuel KINI, Antoine KINGOTOLO, Pierre LUZOLO et les autres, ne mobilise plus personne, à part quelques rares opportunistes en mal de placement. D'ailleurs, comme je le disais à Papa Simon Kimbangu, il n'y a plus d'hommes politiques en RDC dignes de ce nom. Les élus sont à vendre. Ils se battent pour leur ventre, pour leurs propres intérêts, et ils se fichent pas mal du peuple. Votre vice-Premier ministre que vous aviez chassé est aujourd'hui le Premier ministre de notre troisième République. Le gouvernement qu'il vient de former montre à quel point nous ne sommes pas prêts de sortir de la république bananière.
Enfin, à vous, les trente-deux Membres Fondateurs du Kongo Central, je voudrais vous signaler que parmi ceux qui vous ont succédé, beaucoup ont vendu leur dignité. L'espoir que vous aviez placé dans notre Province dès le 4 janvier 1959 ne s'est pas réalisé. Pourtant le Kongo-Central ne manque pas d'atouts pour se développer. Malheureusement, une trop grande partie des recettes publiques atterrit dans la poche des fonctionnaires et des élus corrompus. Votre belle province est à l'image de notre pays : des querelles intestines pour le pouvoir pendant que le peuple crève. Tandis que l'unité est la seule voie vers le progrès, nous venons d'assister à la désunion de vos successeurs. J'ai bien peur qu'il soit très difficile dans ces conditions de travailler ensemble à la construction de la province, pour sortir le peuple Ne Kongo de sa misère.
Il y a quelques temps déjà, j'en appelais à la responsabilité de tous. Au-delà du Kongo-Central, c'est l'ensemble du pays qui souffre le martyre. Ce qui se passe ici se passe aussi là-bas. Mais nous, les élus Bakongo, avons le devoir de montrer l'exemple au reste du pays. Et cela veut dire que quelles que soient nos différences nous devons travailler ensemble pour le progrès économique et social. C'est le sens de l'autonomie des provinces consacrée par le référendum fédéraliste de 1964 ! Moi, je tends la main à tous ceux qui veulent faire avancer notre belle province. Nous avons besoin, je le redis, des infrastructures de base nécessaires au développement : des routes, de l'électricité et de l'eau potable. Nos enfants doivent aller à l'école. La population réclame des centres de soins et des hôpitaux. Et le peuple a faim. Alors, que chacun d'entre nous fasse des propositions pour le développement du Kongo-Central !
A vous tous, très chers disparus, je voudrais dire que le monde a bien changé autour de nous. Et pendant ce temps, le Kongo n'a pas beaucoup avancé. Il est temps que cela change ! Cela est possible si nous acceptons tous de mettre de côté nos rivalités et de travailler main dans la main.
Dignes fils du Kongo-Central endormis pour l'éternité, je voudrais vous dire que nous pourrions réaliser de beaux projets si nous acceptions de voir les choses en face et de retrousser nos manches plutôt que d'emplir nos poches des billets verts de la corruption. Si nous nous battons les uns contre les autres nous ne pourrons jamais progresser.
Avant de vous quitter et de vous laisser retourner à votre repos éternel, je voudrais vous demander de faire entendre raison à tous et surtout aux élus de notre province. De mon côté, je prends l'engagement, devant vous, de participer avec raison au développement tant attendu par notre peuple. Pour ce faire, je propose deux projets : la création d'une boulangerie industrielle à Kasangulu, le territoire dont je suis l'élu, et la production d'électricité dans le fleuve Kongo au moyen d'une nouvelle technologie respectueuse de l'environnement. Mais pour ces projets, nous avons besoin de l'aide extérieure. Et ceux qui sont prêts à nous aider ne le feront que lorsque les conditions de paix, de dialogue et de travail seront réunies. Alors j'en appelle une nouvelle fois à la raison et à la responsabilité de tous.
Avec Dieu nous sauverons le Congo !"
 
 
 
 
 

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