La nouvelle guerre à l'est : Quels enjeux ?

Publié le par Cornelis Nlandu-Tsasa

RDC

La nouvelle guerre à l'est : Quels enjeux ?

 

Un commentaire de Cornelis Nlandu-Tsasa

 

"Les politiciens africains sont des personnes qui ne comprennent rien à la politique", avait affirmé une célèbre cantatrice africaine. La guerre qui vient une fois de plus d'endeuiller l'est de la RD Congo par le fait de Laurent Nkundabatware, un officier de l'armée congolaise pourtant déchu par Kinshasa, sans que la sentence ne soit suivie d'effet - certains crieront à la complaisance sinon à la complicité - n'est qu'une suite logique de cette assertion.

Il faut remonter dans l'histoire immédiate pour en saisir les aboutissants. En 1996, Kigali veut en finir avec les camps des réfugiés hutus installés à la lisière de Goma. Une véritable boucherie s'en suivra, que des spécialistes qualifieront à juste titre de "contre-génocide", dont le journaliste rwandais Sibomana, qui en paiera de sa vie, le pouvoir monoethnique rompu dans l'art du mensonge ne lui ayant jamais pardonné d'avoir relaté une vérité que même la Commissaire européenne Emma Bonino avait en vain voulu dénoncer.

L'opération musclée de l'armée rwandaise sur les camps des réfugiés, menée d'une facilité déconcertante donnera des idées au dictateur de Kigali pour régler ses comptes à Mobutu. C'est le volet politique de l'aventure. mais il fallait remplacer l'homme fort de Kinshasa par qui ?

Devant le retour massif des hutus venus des camps, Kigali développe l'idée de déverser son trop plein de population sur les plateaux du Kivu. Il fallait néanmoins maquiller l'aventure, en poussant un Congolais au-devant de la scène. C'est l'apparition de Laurent-Désiré Kabila. Mais en réalité, ce sont des Rwandophones qui piloteront l'opération, avec à leur tête pas moins que James Kabarebe lui-même, le stratège militaire de Kagame.

Dans un document publié par la Présidence congolaise au lendemain de la guerre qu’initie le RCD d’Azarias Ruberwa et que nous avons publié dans Joseph Kabila peut-il réussir (Editions L’Harmattan, 2005), Laurent-Désiré Kabila reconnaît qu’il ne contrôlait rien, même pas son propre bureau, qui était entièrement entre les mains des Rwandais – ou Rwandophones, c’est selon. Alors que lui-même, une année auparavant faisait croire qu’il n’y avait aucun Rwandais dans son entourage. La vérité est têtue.

 

La Conférence sur la paix pour rire …

 

Aujourd’hui, et à coups de millions, Kinshasa organise une « Conférence sur la paix, la sécurité et le développement pour les provinces du Kivu », du 6 au 23 janvier 2008 à Goma, suivie de la création d’une structure, le Programme Amani, chargé du suivi des recommandations, le tout pour caresser Nkundabatware dans le sens du poil alors même que, pour de faits largement moins graves dans le Bas-Congo, chars de combats sont majestueusement déployés, appuyés par des lance-flammes et tout l’arsenal de la guerre de cent ans. On inventera aussi une expression comme les Congolais en ont le secret : Il faut « rétablir l’autorité de l’Etat », dont on est incapable, sinon pas pressé, dans le Kivu.

Au sujet des adeptes de BDK, il faut également reconnaître que le chef de l’Exécutif du Bas-Congo, Mbatshi Batshia, plus militant PPRD que gouverneur, facilitera la tâche à ses patrons de Kinshasa pour accomplir la sale besogne chez ces paisibles Bakongo, question de conserver son poste et de plaire à celui qui détient les prérogatives de nommer les cadres.

Pendant ce temps à Kinshasa, les (ir)responsables continuent à danser au « ndombolo », au moment où Nkundabatware gonfle ses muscles, au même moment qu’il amasse tantôt le matériel que Kagame lui pourvoit contre coltan et or, tantôt les armes abandonnées par l’armée régulière en débandade et que le responsable de la Logistique à l’état-major général, un ressortissant tutsi, envoie au Kivu. Comment voulez-vous gagner une guerre dans des conditions maximales de traîtrise et d’irresponsabilité frisant la complicité !

 

Irresponsabilité maximale à Kinshasa

 

Une armée se prépare avec de solides moyens financiers. La RD Congo n’est pas pauvre. Il n’y a que les naïfs qui croient le contraire, et qui prient pieusement pour que ce pays soit reconnu parmi les pays les plus pauvres. Alors que les ministres, les députés et les sénateurs s’attribuent souverainement des salaires frisant l’indécence, face aux fonctionnaires aux rétributions de misères et impayées.

En définitive, la RD Congo a besoin de stratèges pour lui définir la voie pour sa reconstruction. Et il ne faut pas se leurrer : la solution ne viendra jamais de l’extérieur mais de ses propres fils. Il n’y a qu’à lire la Constitution congolaise, truffée d’insuffisances à la pelle. Elle a été élaborée dans la petite université de Liège en Belgique par des professeurs à peine formés, alors que l’Université de Kinshasa est outillée à le faire, avec ses constitutionnalistes dont la renommée dépasse les frontières nationales.

Il faut un sursaut de nationaliste, totalement absent de nos (ir)responsables, qui gonflent la composition du gouvernement en pleine crise planétaire, qui détournent les recettes de la SNEL en toute impunité, alors qu’elles pouvaient aider à résoudre le problème de délestage – en plein 21ème siècle et pour un pays au scandale hydraulique – qui piochent dans les caisses publiques en abandonnant les soldats à leur triste sort – pourquoi s’étonner qu’ils pillent avant de se replier – qui organisent des missions bidon à l’extérieur avec sorties intempestives de devises A l’occasion d’un colloque de femmes à New York, on a même vu débarquer 80 jeunes filles congolaises incapables de parler correctement ni le français ni l’anglais et incapables de prononcer un mot ni lors d’une commission ni d’une plénière – certainement recrutées parmi les passe-temps de quelques jouisseurs au pouvoir à Kinshasa.

On a faussement dit que l’armée de Mobutu n’a gagné aucune guerre, alors qu’elle en a remporté à N’Djamena avec le général Mahele, comme à Kigali face aux FPR de Kagame alors qu’Habyarimana était au pouvoir. Dans les conditions décrites ci-haut, comment s’étonner que l’armée de Laurent-Désiré Kabila, savamment démantelée par les Rwandais dès le 17 mai 1997, ainsi que celle de Joseph Kabila, issue d’un dangereux brassage et torpillée de l’intérieur, puissent ne remporter aucune victoire ?

Mais même, alors que les Congolais ont applaudi l’arrivée de LD Kabila pour succéder à Mobutu – du moins ceux qui ne savent pas lire entre les lignes –  ils se compteront sur le petit bout du doigt ceux qui supporteront Nkundabatware pour remplacer Joseph Kabila. Il n’y a que les aveugles politiques et les opportunistes maladroits qui courent dans les bras du général rebelle sous mandat d’arrêt pour crimes de guerre. Basile Diatezua, qui est aujourd’hui à Goma, sourd comme une carpe, devra bien méditer.

 

 

 

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