L'IRC chiffre à 5,4 millions de morts le bilan de la crise du Congo

Publié le par Cornelis Nlandu-Tsasa


Un camouflet pour deux chercheurs belges


L'IRC chiffre à 5,4 millions de morts le bilan de la crise du Congo

 

Alors que deux démographes belges de la maison Adrass évaluaient, de manière fantaisiste, à 183.000 morts le nombre de victimes de la guerre qui secoue la République démocratique du Congo depuis 1996 (Lire notre commentaire

La guerre en RDC : La Belgique se lance dans un négationnisme dangereux), une importante enquête de mortalité vient d'être publiée par International Rescue Committee (IRC), laquelle estime que le conflit et la crise humanitaire dans ce pays ont coûté la vie à 5,4 millions de personnes et continuent de tuer 45.000 personnes chaque mois. Des chiffres proches des estimations généralement établies au sujet de cette catastrophe, la plus grande qu'ait connue l'humanité depuis la seconde guerre mondiale.

"Le conflit et ses conséquences, en termes de victimes, surpassent tout autre conflit depuis la Deuxième Guerre mondiale," explique George Rupp, le président de l’organisation humanitaire. "Les pertes au Congo sont équivalentes à la mort au cours d’une décennie de la population entière du Danemark. Bien que la guerre du Congo se soit formellement achevée il y a cinq ans, les luttes en cours et la pauvreté qu'elles ont engendrée continuent à se traduire par un bilan stupéfiant", peut-on encore lire dans cette étude.

L'enquête a été conduite l'année dernière par l’International Rescue Committee et par l'Institut Burnet et couvre la période allant de janvier 2006 à avril 2007. Les chercheurs ont rendu visite à 14.000 ménages dans 35 zones des 11 provinces du Congo. Les conclusions finales combinent les données de quatre précédentes enquêtes de mortalité menées par l’IRC avec celles de cette dernière étude. L'enquête constate que la mortalité reste fortement élevée à travers le pays.

"Depuis notre dernière étude en 2004, il n'y a eu aucun changement du taux de mortalité national, qui dépasse de près de 60% la moyenne subsaharienne, " déclare le Docteur Richard Brennan, qui dirige les programmes de santé internationaux de l'IRC et est également l’un des auteurs de l'enquête.

L’étude s’est clôturée peu de temps après que la violence ne s’intensifie en décembre 2006 dans l’est du Nord-Kivu. Elle ne prend en compte qu’une fraction de l'agitation récente. Le Dr Brennan indique qu'avant l’escalade de la violence, on avait en fait pu observer une diminution modeste de la mortalité dans les régions de l’Est. "Ce déclin modeste mais statistiquement important a coïncidé avec des améliorations de la sécurité, un effort plus robuste de maintien de la paix et une augmentation de l'aide humanitaire, " note-t-il avant de déplorer que "Malheureusement la détérioration de la situation dans le Nord Kivu menace les progrès réalisés dans l’Est."

On constate, pendant la période couverte par la dernière enquête, environ 727.000 décès excédentaires par rapport à la mortalité normale. Presque la moitié des morts étaient des enfants âgés de moins de cinq ans, bien qu'ils ne constituent que 19% de la population totale.

Comme pour les enquêtes précédentes, l’énorme majorité des victimes est morte de causes non violentes telles que paludisme, diarrhée, pneumonie et malnutrition - des conditions facilement évitables et traitables quand la population a accès aux services médicaux et à une alimentation nutritive.

Selon le Docteur Brennan, les conclusions confirment que pour se rétablir d'un conflit aussi dévastateur, le processus est long, particulièrement quand il fait suite à des années de déclin économique et politique. "Quand la guerre détruit l'économie et l’infrastructure d'un pays, il n'y a aucune amélioration rapide possible". L'amélioration significative de la santé et de la mortalité au Congo exigera des années d'engagement inébranlable de la part du gouvernement et de la communauté internationale, ainsi qu’un investissement financier substantiel. Malheureusement, la crise humanitaire au Congo reste négligée et le financement, disproportionné face à l'immensité des besoins avérés."

L'IRC travaille en République Démocratique du Congo depuis 1996 et y entretient un des plus grands programmes d'aide humanitaires du pays. Il dirige des programmes vastes qui fournissent des services médicaux à 3,6 millions de personnes, un secours d’urgence aux populations déplacées, une aide médicale et des services de soutien aux victimes de violences sexuelles, ainsi que le développement communautaire et un meilleur accès à l'éducation et la formation.

Alors que des acteurs du terrain arrivent à de telles constatations, deux chercheurs belges s'amusaient à un négationnisme dangereux, chiffrant, quant à eux, les victimes à 183.000 morts, sur la base de prémisses totalement erronées et pourtant facilement vérifiables, qui fait croire qu'il s'agit là d'un mensogne délibéré dans la simple 'intention de nuire aux Congolais et de servir une cause aujourd'hui définitivement perdue.

Ainsi, l'étude de l'IRC sonne comme un cinglant camouflet pour ces deux Belges. Une preuve de plus que les intellectuels congolais devraient écrire, et encore écrire, sinon d'autres, les soit-disant "spécialistes" mal informés, écriront à leur place, avec des visées que l'on connaît.


Visitez

www.theIRC.org/ congocrisis pour accéder au rapport complet.

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