Duel au couteau entre Muzito et le Ministre de la Santé

Publié le par Cornelis Nlandu-Tsasa

 

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Explosif

Programme national multisectoriel de Lutte contre le Sida (PNMLS)

Duel au couteau entre Muzito et le Ministre de la Santé

Les relations ont visiblement viré au vinaigre depuis mi-décembre 2010 entre le Premier ministre Adolphe Muzito et son ministre de la Santé Makwenge Kaput, depuis que le dernier a procédé, de façon anarchique, à des nominations intempestives à la tête de la Coordination nationale du Programme national multisectoriel de lutte contre le Sida (PNMLS), un projet grassement subventionné par le Banque mondiale et considéré, à ce titre, comme une vache à lait par certains responsables vereux du secteur de la santé.

Les torchons brûlent entre le Premier ministre qui s'est vu presque injurier par son ministre de la Santé, lequel a carrement passé outre les instructions de la Primature voulant privilégier la légalité dans le dossier des nominations au sein du PNMLS, surtout que les partenaires de la RDC qui financent ce projet avaient les yeux braqués sur ce dossier, afin de garantir l'orthodoxie qui a souvent fait défaut dans l'utilisation des fonds, énormes, engagés dans la lutte contre cette pandémie mondiale. C'était sans compter sur la cupidité de ces Congolais qui ne s'entourent d'aucun scrupule devant l'argent. De quoi s'agit-il au juste ?

Le PNMLS est une institution gérée par un Conseil national depuis sa restructuration initiée en janvier 2010 sous la direction du Premier ministre. Le conseil, placé sous la présidence du Chef de l'Etat et dirigé au quotidien par le Premier ministre, comprend ainsi des délégués de la Présidence, de la Primature, du Ministère de la Santé ainsi que des différentes institutions nationales intervenant dans la lutte contre le Sida.

Néanmoins, le Ministre de la Santé s'est arrogé les prérogatives de nommer unilatéralement les cadres nationaux du PNMLS, passant outre la procédure en vigueur, notamment le décret présidentiel créant le PNMLS qui stipule en son article 19 que « le personnel de la Coordination nationale est recruté de façon concurrentielle» et que « le Coordonnateur national et son Adjoint n'entrent en fonction qu'après signature des contrats avec le président du Conseil national ».

Photo-Victor-Makwenge.jpg M. Makwenge

Pour Makwenge Kaput, visiblement en terrain conquis, le Premier ministre et son Conseil national n'avaient qu’à se faire voir ailleurs. N'en faisant qu' à sa tête, il lance un appel de candidatures de façade début juin 2010. Immédiatement, le Premier ministre lui adresse une lettre officielle de rappel à l'ordre. Aux termes de la correspondance, sous référence RDC/GC/PM/0370/2010, Adolphe Muzito enjoint à  son Ministre de la Santé « d'annuler immédiatemenet l'appel à candidature qui est inopportun » compte tenu de « l'existence d'une commission ad hoc créée depuis janvier 2010 » et, donc, seule compétente en la matière.

Au contraire, le Ministre Makwenge, à la surprise générale et sans rire, va s'empresser de nommer respectivement coordonnateur national et adjoint non pas n'importe qui : deux de ses copains à savoir un ancien collègue de service alors médecin dans un hôpital de Lubumbashi ainsi que son propre conseiller médical.

La récompense de l'incompétence

Au delà de ces nominations empreintes d’irrégularités et marquées par une insubordination osée, sans la moindre crainte ni respect des lois du pays, il est intéressant de savoir que la personnalité des deux recipiendaires n'est pas non plus exempte de tout reproche. En effet, si l'adjoint, Bernard Bossiky Ngoy, ancien conseiller du ministre, est assez peu connu, le nouveau coordonnateur national, Lievin Kapend, nommé le 14 décembre 2010 par le ministre de la Santé, n'est autre que le coordonnateur provincial du Katanga, également originaire de cette province comme son copain le ministre. Le contraire aurait d’ailleurs relevé du miracle.

Connu de tous, agents et partenaires du PNMLS - Banque Mondiale, Pnud-Fonds mondial, Onusida, Unicef et OMS - pour son incompétence, Lievin Kapend a occupé le poste de coordonnateur provincial plus de 5 ans sans la moindre ambition, se montrant même incapable de rencontrer les autorités politiques et administratives de la province, ni de mobiliser 1 seul dollar auprès des entreprises de la province pour soutenir la lutte contre le Sida comme cela est de mise au PNMLS.

Une coordination de « personnes vivant grâce au VIH »

 Mr-Lievin-Kapend.JPG  M. Lievin Kapend

La coordination provinciale du Katanga, que M. Kapend a dirigée depuis la création du PNMLS en 2004, charie une sale réputation, celle d’être la plus médiocre de la RDC. Pour preuve s'il en faut, le dernier rapport d’inspection de la coordination nationale, datant de 2009 que nous nous sommes procuré et qui relève pas moins de 15 points de faiblesses à son encontre.

Le rapport pointe notamment un grave « déficit managérial dans le chef du Coordonnateur provincial », le sieur Lievin Kapend, l'existence dans cette coordination de projets financés mais sans preuve comptable des justifications des montants décaissés, un manque criant d’esprit d’équipe, la démotivation professionnelle et un mauvais climat de travail dus notammenet à des « rivalités » ainsi qu’à des « coteries malsaines et nuisibles », conflit d’intérêt dans le processus de financement des projets et existence de projets sans suite.

Pire, le rapport fait état de forts soupçons de rançonnement des bénéficiaires des subventions de la Banque mondiale et du Fonds Mondial par des cadres de la Coordination provinciale qui s'arrogent au moins 10% du montant financé, d'existence de projets signés par le Coordonnateur provincial sans l’autorisation préalable de Kinshasa et surtout d'opacité dans la gestion des fonds mobilisés.

Voilà résumés les hauts faits d’armes du nouveau promu. Aussi, le seul mérite de Lievin Kapend qui a poussé le Ministre Makwenge à le promouvoir semble donc être à l'opposé de l'objectivité. On parle dans les milieux du PNMLS de l'appartenance à la même province.

Faire du PNMLS une boutique privée sur base tribale

La chaîne de la médiocrité ne pouvait s’arrêter en si bon chemin. Le nouveau coordonnateur national, Lievin Kapend, a vite fait de singer son maître. Fin décembre 2010, il nomme à son tour coordonnateur provincial du Katanga un « petit » à lui : un certain Sonyi Masekwa, qu’il venait d’engager mi-novembre 2010 comme agent temporaire pour un contrat de trois mois allant jusqu'au 31 janvier 2011. Le sommet du ridicule, sinon de l’incompétence.

Poto-SONYI.JPG Le nouveau coordonnateur provincial du Katanga. Vous ne rêvez pas

Tenez : Le gars, selon le CV deposé à l’occasion de son recrutement, est détenteur d’un graduat laborieusement décroché en 2004 dans un obscur institut privé en Sciences et techniques de Développement, l’Institut supérieur interdiocésain Mgr Mulolwa au Katanga, lequel ne sera d’ailleurs agréé que deux années plus tard, soit en juin 2006.

Bref, pour être sûr de conserver la mainmise sur la coordination provinciale du Katanga et pouvoir, à l’occasion, « pomper » à son compte les plantureux subsides que la Banque mondiale lui octroie, Monsieur Lievin Kapend ne s’est pas gêné un seul instant. Il promeut un agent temporaire, ayant de surcroît à peine deux semaines d’ancienneté dans la boîte, alors même que la coordination provinciale regorge de cadres compétents en son sein, dont un docteur en Médecine et plusieurs licenciés ayant de deux à six années d’ancienneté. Du jamais vu en RDC et, ni plus ni moins qu’une injure non seulement vis-à-vis du Président Kabila, qui est le président du Conseil national du PNMLS, mais aussi à l’endroit du Ministre de la Santé qui s'est amusé à défier le Premier ministre Muzito en parachutant ce copain incapable à la tête du PNMLS.

Pour rappel, le PNMLS bénéficie depuis sa création en 2004, en termes de ressources financières, de l’apport quasi exclusif de la Banque mondiale à hauteur de 102 millions de dollars pour sa mise en œuvre en 5 ans. C'est cette manne appétissante qui a ôté la raison à certaines personnes du secteur de la Santé.

Mais il faut aussi savoir que le comportement voyou du ministre de la Santé dans cette affaire a provoqué l'indignation des partenaires du PNMLS, qui rechignent aujourd'hui à délier la bourse pour le prochain exercice. Dossier à suivre donc.

 

 

 

 

 

 

 

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