A Kinshasa, la chronique d'une colère annoncée, écrit La Libre Belgique

Publié le par Jean-Cornelis Nlandu-Tsasa

Scènes de guerre à Kinshasa depuis lundi
Scènes de guerre à Kinshasa depuis lundi

Bruxelles, 21/09 - Alors que les armes se sont tues à Kinshasa selon les informations glanées au téléphone, la vie commence timidement à reprendre son cours en RDC, après deux jours d'intenses violences meurtrières entre manifestants réclamant le départ de Kabila après avoir échoué à organiser les élections dans les délais impartis par la Constitution et les forces de l'ordre.

Sous le titre "A Kinshasa, la chronique d'une colère annoncée", La Libre Belgique souligne que depuis des mois, la date du 19 septembre était cerclée de rouge sur les calendriers de la classe politique congolaise, faisait remarquer que depuis des mois, tout ce monde savait aussi qu le scrutin n'aurait pas lieu à la date prescrite.

Le 19 septembre était dès lors devenu la date à laquelle on allait savoir si le président Joseph Kabila pourrait espérer se maintenir au pouvoir sans passer par la case élection ou si la rue et l'opposition seraient assez fortes pour l'amener à modifier ses plans.

Et contrairement au mensonge que l'on a fait croire à Kabila, à savoir qu'"il ne se passera rien le 19 septembre, parce qu'ils sont peureux (les Congolais)", tel que l'a faussement déclaré Ramazani Shadari, secrétaire adjoint du PPRD, toujours excité dans ses déclarations à l'emporte pièce comme également celle sur la "confirmation d'un troisième mandat pour Kabila" sur la Rtnc, la rue est parvenue à se faire entendre et à paralyser Kinshasa le lundi 19 septembre, malgré un fort déploiement policier et militaire.

A Kinshasa mais aussi en provinces

Pour Hubert Leclercq, le mouvement de contestation a aussi connu des "excroissances" dans d'autres villes comme Goma, Bukavu ou Kisangani. Mais c'est surtout la capitale qui a focalisé toutes les attentions et toute la violence, signale notre confrère qui explique que la ville frondeuse avait promis que le mandat de Kabila ne dépasserait pas "d'un jour, d'une heure, d'une seconde" les prescrits de la Constitution.

Et de relever qu'il y a dix jours, lors d'un match de football des Léopards, le stade des Martyrs s'était mis à trembler quand ne chanson, reprise à l'unisson, a scandé la fin de règne de l'actuel président, atteint par la limite constitutionnelle de deux mandats. La Libre ajoute que les affrontements à Kinshasa se sont soldés par 17 morts selon le pouvoir, une cinquantaine selon l'opposition qui annonçait que le mouvement de grogne populaire se poursuivait jusqu'au 19 décembre.

Pendant la nuit, raconte le journal, trois explosions avaient retenti et les QG du MLP, Fonus et Udps partaient en fumée, avec deux corps calcinés retrouvés au siège du parti d'Etienne Tshisekedi. Assez pour que les affrontements reprennent mardi dans les quartiers populaires, où des tirs nourris ont été entendus, les policiers, dépassés ayant été souvent suppléées par des hommes de la garde républicaine ou des soldats, faisant une cinquantaine de morts.

"Il faut envisager un nouveau dialogue vraiment inclusif"

La majorité présidentielle n’a pas cédé un iota, acceptant tout au plus du bout des lèvres de relâcher quelques prisonniers d’opinion. Face à ce refus de "décrisper" la situation, une large franche de l’opposition, emmenée par le duo Etienne Tshisekedi-Moïse Katumbi, a tourné le dos au dialogue qui n’avait plus rien de national ni d’inclusif, de l'avis de notre confrère, qui ajoute que face à ce blocage, certains, Vatican en tête, ont commencé à mettre la pression sur le président Kabila.

Le nonce apostolique présent à Kinshasa a été le plus virulent dans sa critique à l’égard du président et de son régime, selon le quotidien belge qui précise que Luis Mariano Montemayor a ouvertement accusé le gouvernement de ne rien faire pour assurer la sécurité des civils dans l’est du pays, notamment dans la ville de Beni, annonçant l’envoi d’émissaires à l’Onu pour provoquer le débat à New York.

"Je sors justement d’une nouvelle réunion sur l’Afrique centrale", déclare Didier Reynders, ministre belge des Affaires étrangères, présent à New York pour l’Assemblée générale des Nations unies. "La RDC est au centre de bien des réunions. Nous sommes tous terriblement préoccupés par la violence qui sévit dans ce pays ces dernières heures. Nous appelons tous les protagonistes à la retenue.

"Moïse Katumbi est un acteur majeur"

Il est évident que, dans un scénario comme celui-ci, nous insistons d’abord auprès des responsables de l’Etat pour qu’ils évitent toute violence disproportionnée". Des sanctions sont-elles envisagées contre le pouvoir de Joseph Kabila ? Je veux croire au dialogue, répond Reynders. "Il faut que tous les Congolais puissent se mettre autour de la table.

Les opposants ont aussi leurs obligations. Il ne faut pas qu’ils refusent systématiquement les opportunités qui se présentent", poursuit-il en ciblant sans le dire Etienne Tshisekedi. Le nom de Moïse Katumbi revient dans la discussion. "C’est un acteur majeur. Il doit être autour de la table."
Mais le dialogue actuel, sous la houlette du facilitateur Edem Kodjo, désigné par l’Union africaine, a clairement montré ses limites et les opposants n’en veulent plus…

"On peut imaginer que Kodjo termine son dialogue et qu’il ouvre ensuite la voie à un autre facilitateur qui pourrait, lui, réunir vraiment tous les acteurs de la crise congolaise. Saïd Djinnit, l’envoyé spécial des Nations unies, pourrait être cet homme", estime le ministre belge des Affaires étrangères.

Et donc, cela risque de repartir à Kinshasa. Mais avec quels acteurs politiques, quel objectif et quel esprit ? Surtout devant un État voyou qui commandite la destruction de biens privés tels que des sièges de partis, alors qu'il est responsable, comme partout à travers le monde, de la "protection des biens et des personnes".

Mais aussi après plus de 200 arrestations de civils, la plupart à Kinshasa et détenus au Camp Kokolo, "l'usage excessif de la force par des agents étatiques, notamment l'usage d'armes létales, et l'instrumentalisation de jeunes sportifs", aux termes du rapport de Human Rigjhts diffusé mercredi.

Des dizaines de morts et des centaines de blessés. A droite, Martin Fayulu touché à la têteDes dizaines de morts et des centaines de blessés. A droite, Martin Fayulu touché à la tête

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